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<title>Last posts on bibliobled</title>
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<name>MCSJuan</name>
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<title>BiblioBled ou Vous êtes un livre !  Récit de Lucrèce Luciani</title>
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<updated>2026-07-10T02:08:00+02:00</updated>
<published>2026-07-10T02:08:00+02:00</published>
<summary>                   En exergue, Montaigne : « Je suis moi-même la matière de...</summary>
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&lt;img src=&quot;http://tramesnomades.hautetfort.com/media/00/01/1196191303.jpg&quot; id=&quot;media-6688978&quot; title=&quot;&quot; alt=&quot;bibliobled,lucrèce luciani,algérie,livres,lecture,écriture,citations&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En exergue, Montaigne : « Je suis moi-même la matière de mon livre ». Celle qui écrit,&lt;u&gt; Lucrèce Luciani&lt;/u&gt;, psychanalyste et écrivaine, nomme L. la narratrice de son livre, &lt;em&gt;BiblioBled&lt;/em&gt; (éditions Frantz Fanon, 2018). Deuxième affirmation, elle est bien la matière de son ouvrage. Mais partagée avec l’Algérie, qui la fascine tant qu’elle se confond avec elle, et parlant du pays, décrivant paysages et scènes de vie elle se révèle autant que l’univers qui l’entoure. Elle n’est pas native du pays, comme l’explique la 4ème de couverture, c’est l’histoire d’une découverte et d’un coup de foudre. Le livre date de 2018, je l’ai lu bien après. Les réalités ont-elles beaucoup changé depuis dans le lieu de son récit ? Ces huit années enlèvent-elles de la force au témoignage ? Je ne crois pas. D’autant plus que son regard n’est pas d’un amour aveugle : elle voit la magie et les failles, peut-être des signes annonciateurs de modifications. On pense qu’elle pourrait poursuivre en racontant l’évolution du village des montagnes de Kabylie où elle vit pendant le temps de ce vécu, quotidien tissé avec des proches. Lisant, j'entends aussi en moi des phrases de livres de la littérature algérienne contemporaine, des femmes notamment. J’écoute l’écho des romans de Malika Mokeddem, des pages de récits de Maïssa Bey ou du &lt;em&gt;Blanc de l’Algérie&lt;/em&gt; d’Assia Djebar. Parce qu’il y a la même proximité avec la nature et des questionnements qui se rejoignent.La deuxième partie du titre, &lt;em&gt;Vous êtes un livre !&lt;/em&gt;, est venue d’une remarque d’un serveur. Scène dans un café en Corse, étrange lieu qui vend aussi des cartes postales, mais, surtout, est riche de livres offerts à qui veut les prendre. Une variante des boîtes à livres (on donne, on prend). Et on rencontre alors l’autre « matière » du récit. Les livres, la passion pour les livres, en fusion avec le Je. Le deuxième lieu est en Algérie, village kabyle, et c’est sa bibliothèque, un hangar dans la maison, livres entassés qu’elle découvre partout où elle peut. Elle indique, tout en découvrant ce lieu occupé par des ouvrages, qu’elle « parle ici de l’Algérie et ne parlera pas de la guerre d’Algérie ». Mais elle évoque cependant « quelques nostalgiques de l’Algérie française », croisés peut-être en Corse, dont elle retient seulement « qu’ils ne parlaient jamais du peuple algérien ou alors bien mal ». C’est dommage de n’évoquer les Pieds-Noirs que par quelques personnes qui ont peut-être plus la nostalge de leur pays natal que du statut d’avant 62, et même les plus fermés le sont souvent pour n’être pas délivrés de traumatismes dont ils ne parlent pas. (C’est vrai aussi en Algérie). Parce que la réalité est complexe. Dans les faits, à part les extrémistes politisés, insupportables mais minoritaires, les Pieds-Noirs vont en Algérie, où ils sont d’ailleurs très bien accueillis, et cherchent le contact avec les gens, pas seulement avec les lieux, et, de ce que je peux connaître des natifs, dont je suis, je sais que ceux qui lisent suivent les publications de la littérature algérienne, sur les deux rives. Car, comme le disait Mouloud Feraoun à Albert Camus, ils s’étaient mis à ressembler de plus en plus aux autochtones d’Algérie (il regrettait qu’ils ne s’en rendent pas compte vraiment), et ils en ont souvent pris conscience avec l’exil. De plus le métissage que les identités religieuses ont fait rater se réalise bien plus chez les descendants... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L., la narratrice, est donc en Algérie, Kabylie. Elle aime les paysages, les saisons, les arbres, le ciel, la terre, le ciel... Coquelicots, mésanges, ou ânes, tout est occasion de regard et de charme. Et bien sûr les gens. Femmes occupées à des tâches diverses, aux courses dans des échoppes, enfants jouant, courant, hommes discutant devant les cafés... &lt;br /&gt;Si elle achète des livres elle en emprunte en bibliothèque, à Tizi-Ouzou, et en trouve chez un bouquiniste à Alger, Mouloud Mechkour. Rencontre d’une lectrice, Malika, qui dit lire « pour ne pas oublier », la langue apprise et la mémoire de l’école (le contraire, est-il noté, de ce que dit Pessoa, «pour oublier »). Petit à petit vient l’idée de transformer son hangar personnel de livres en bibliothèque artisanale. Voici la &lt;em&gt;BiblioBled&lt;/em&gt;. Avant de lire le livre j’avais inventé un autre sens à ce titre. Pour avoir constaté (en suivant des pages Facebook, des sites culturels ou de libraires, en lisant des articles) l’importance de la lecture en Algérie, une faim de lecture. Et donc j’imaginais un portrait du pays comme univers-bibliothèque. On ne cesse de dire, en France, que les gens (dont les jeunes, effet smartphone) lisent de moins en moins, et on le dit aussi en Algérie. Mais de ce sens inventé je garde quelque chose : je peux voir dans la bibliothèque locale qu’elle crée une sorte de métaphore qui dit aussi quelque chose de l’Algérie.  En miroir, les oliviers. Elle en fait des personnages, des arbres mystères qui ne sont pas seulement des éléments du paysage, mais acquièrent un pouvoir particulier, « d’ordre littéraire », devenus lecteurs pour avoir été écrits par Mouloud Feraoun, notamment. La littérature est, elle, comme un espace où entrer. Dans la nature la marche compte, pas toujours facile dans les chemins caillouteux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je copie un paragraphe, sur la bibliothèque créée par elle, qui traduit une synthèse de la démarche : « C’est toute l’Algérie qui s’éploie dans ce lieu à travers son petit rien de bibliothèque. Pas même une tête d’épingle dans l’univers. Elle a voulu sa bibliothèque dans ce pays et nulle part ailleurs. Par amour, par folie, par elle ne sait quoi. Un chas d’aiguille où passent un par un les livres de sa bibliothèque algérienne. »&lt;br /&gt;Peu de références sont notées, c’est plutôt une atmosphère. Les livres sont une sorte de matière abstraite représentant la lecture, et, à la fois, des êtres personnalisés. C’est un univers littéraire où elle dit ne chercher aucune transcendance ou spiritualité, mais y trouver, en Algérie, un lien spécifique avec la nature : « C’est ici, précisément là, dans le &lt;em&gt;dedans&lt;/em&gt; de ce pays, juteux comme un fruit, qu’elle réalise enfin l’&lt;em&gt;otium litteratum&lt;/em&gt; cicéronien. Cette suave conjugaison entre jardin et bibliothèque, entre nature et lecture. »&lt;br /&gt;Dans son rejet du spirituel elle va loin : « Un livre religieux est une injure au monde parce qu’en réalité il n’aime pas le monde, seulement Dieu. ». Pourtant, selon moi, ces livres font partie du patrimoine culturel de l’humanité (en distinguant les livres-racines, textes sources, et les ouvrages évoquant la spiritualité, très divers, médiocres ou sublimes). Et même les athées peuvent y trouver de l’intérêt. Mais c’est son choix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aimer ce pays... Elle liste ce qu’elle aime ou déteste. Mais introduisant tout sous l’appel « Aimer le bled c’est »... Donc aimer c’est autant « aimer les gens, leur foule, leurs sourires ou leur indifférence » et « adorer les enfants et leurs yeux vifs et curieux » que... « détester les tas d’ordures » ou « les formalités administratives ». Un passage me fait penser à Aziz Chouaki, l’auteur du merveilleux &lt;em&gt;Les oranges&lt;/em&gt; (ou toute l’histoire de l’Algérie en un livre...). Car elle cite dans ce qu’elle n’aime pas, une capacité qu’elle a acquise : « C’est repérer au premier coup d’œil ceux du FLN, ces horribles oiseaux de malheur [...] ». Car Aziz Chouaki, dans un entretien avec Marie Virolle, disait être devenu « un immense détecteur de pensée FLN », la sentant « même chez ceux qui critiquent le système... avec des arguments de type FLN » (&lt;em&gt;Page&lt;/em&gt;, dossier &lt;em&gt;L’Algérie et ses littératures&lt;/em&gt;,  novembre 2003). Une réflexion qui n’est pas du tout refus de l’Indépendance mais crainte ou constat d’une confiscation et questionnement idéologique. Ce qui demeure, dans ce livre, c’est ceci : « On ne pourra pas clôturer son amour de ce pays. Cet amour est infini comme le monde et toutes ses comètes et tient tout entier dans la tête d’épingle de son minuscule univers ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme elle rejette les livres parlant de spiritualité elle avoue une autre aversion datant de l’enfance, et qui peut déplaire aux historiens (ou même à ceux qui font de la recherche d’informations sur l’actualité du monde un des axes de leurs lectures...). Elle dit ne pas supporter les ouvrages sur les faits terribles de l’histoire humaine, et elle qualifie cela de « littérature absolument ravageuse ». Les écartant, supprimant, elle annule les faits qui lui donnent la « nausée » : une fois évacués de son univers, « ça n’a jamais existé »... « ça n’existe pas ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La dernière page est une sorte de rêve fantastique où ses cheveux poussent le toit et son corps se métamorphose, enlacé par écorce et feuillages. Dans cette représentation elle rejoint un mythe grec. L’histoire des Héliades, filles d’Helios, qui se transforment en arbres par tristesse. Mais là c’est l’inverse d’un renoncement triste ; c’est au contraire un accès renforcé à soi-même. On repense alors, aussi, à l’image d’une femme qu’elle avait croisée, non voilée (rare en ce lieu villageois), chevelure ruisselant sur son dos, belle comme une apparition, mais jamais revue. Comme si les cheveux des femmes étaient des pages à lire autant que celles des livres. Ce lien entre l’écrit et le concret de la nature ou du corps, elle l’avait marqué en racontant comment elle avait pu poser parfois un poème au pied d’un arbre, comme si le papier et les mots pouvaient imprégner la terre et nourrir les racines du partage de pensée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’essentiel du message de ce livre est que tout est lecture et que toute lecture est amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour définir le style deux passages donnent des clés. L’eau devient ce qui émerge de l’univers des livres et du féminin. Et la pluie, qui « ne tombe pas » mais « est passage », fait onduler ce qu’elle entraîne. L’écriture, là, est aussi ce flux de phrases qui ondulent, parfois longues, comme si les mots entraînaient les mots, en vagues. Et les métaphores se tissent : la bibliothèque, lieu sacré, les arbres, les cheveux, l’eau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je viens de découvrir que le livre a été réédité en 2023 par Marsa.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie-Claude San Juan&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
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