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    <title>Last posts on stratÃ©gie</title>
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    <updated>2008-07-07T02:11:33+02:00</updated>
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        <title>Rudolf Kjellen (1864-1922)</title>
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        <updated>2008-07-05T00:21:00+02:00</updated>
        <published>2008-07-05T00:21:00+02:00</published>
        <summary>        Robert Steuckers     RUDOLF&amp;nbsp;&amp;nbsp; KJELLEN&amp;nbsp;   1864-1922...</summary>
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           &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;http://euro-synergies.hautetfort.com/media/02/00/2028078932.jpg&quot; alt=&quot;1399207389.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1049062&quot; /&gt;&lt;/h3&gt; &lt;h3&gt;Robert Steuckers&lt;/h3&gt; &lt;/div&gt; &lt;h1 align=&quot;center&quot;&gt;RUDOLF&amp;nbsp;&amp;nbsp; KJELLEN&amp;nbsp;&lt;/h1&gt; &lt;h3 align=&quot;center&quot;&gt;1864-1922&lt;/h3&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;NÃ© le 13 juin 1864 dans la petite Ã®le de Torsoe au milieu du grand lac suÃ©dois de Voenern, Kjellen grandit dans une atmosphÃ¨re tout empreinte de luthÃ©risme. Il s'inscrit Ã  l'UniversitÃ© d'Uppsala, ou le marque l'influence du Professeur Oscar Alin, une des tÃªtes pensantes du mouvement conservateur suÃ©dois. En mai 1891, Kjellen est diplÃ´mÃ© de sciences politiques et reÃ§oit un poste de professeur Ã  la nouvelle universitÃ© de Goeteborg.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus tard, outre les sciences politiques, il y enseigne la gÃ©ographie. Cette circonstance a permis l'Ã©closion, chez lui, de cette synthÃ¨se entre les sciences politiques et la gÃ©ographie qu'est la gÃ©opolitique. InfluencÃ© par le gÃ©ographe allemand Friedrich Ratzel, il applique ses thÃ©ories Ã  la rÃ©alitÃ© suÃ©doise (cf. Inledning till Sveriges geografi, 1900) et inflÃ©chit ses cours de sciences politiques Ã  Goeteborg dans un sens gÃ©opolitique. En 1904, il visite les Etats-Unis avec ses Ã©tudiants et y est frappÃ© par la qualitÃ© de l'espace nord-amÃ©ricain, diffÃ©rent et plus dÃ©mesurÃ© que l'espace europÃ©en. En 1905, Kjellen est Ã©lu au parlement de Stockholm. DÃ©sormais, Ã  sa carriÃ¨re de chercheur et de professeur, s'ajoute une carriÃ¨re parallÃ¨le d'homme politique. Kjellen lutte pour que l'Union qui unit depuis 1814 la NorvÃ¨ge Ã  la SuÃ¨de ne se disloque pas. En vain. Le reste de sa carriÃ¨re politique, il la consacre Ã  lutter contre la bureaucratie et le socialisme et Ã  faire passer des lois sur la dÃ©mographie, la politique Ã©conomico-sociale et la dÃ©fense. De 1909 Ã  1917, il quitte la Chambre pour siÃ©ger au SÃ©nat.&lt;/strong&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son intÃ©rÃªt pour le Japon ne fait que croÃ®tre au cours de ces annÃ©es; il le visite en mÃªme temps que la Chine en 1909. Empruntant le transsibÃ©rien, il se rend physiquement compte de l'immensitÃ© territoriale sibÃ©rienne et centre-asiatique. A PÃ©kin, il constate que les jours de la domination europÃ©enne en Chine sont comptÃ©s. Comparant ensuite les mentalitÃ©s chinoise et japonaise, Kjellen Ã©crit dans son journal de voyage: &quot;L'ame du Japon est romantique tandis que celle de la Chine est rÃ©aliste-classique; l'ame du Japon est progressiste tandis que celle de la Chine est bureaucratique-conservatrice&quot;. De mÃªme, le rÃ´le croissant de l'Etat au Japon induit Kjellen Ã  le juger &quot;socialiste&quot; tandis que l'Etat chinois, peu interventionniste dans le domaine social, gÃ©nÃ¨re une sociÃ©tÃ© qui, en fin de compte, est libÃ©rale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1913, alors que s'annonce la premiÃ¨re guerre mondiale, Kjellen dresse un bilan des puissances qui entourent la SuÃ¨de. Conclusion: l'Allemagne est l'alliÃ©e naturelle des SuÃ©dois, tandis que la Russie est leur adversaire depuis des siÃ¨cles. Dans les dÃ©bats qui vont suivre, Kjellen opte pour l'Allemagne. Avec bon nombre de professeurs et de philosophes allemands, il affirme que les idÃ©es de solidaritÃ© nationale, nÃ©es en 1914, refouleront les idÃ©es libÃ©rales/individualistes/universalistes de 1789. Au slogan rÃ©volutionnaire de &quot;libertÃ©, Ã©galitÃ©, fraternitÃ©&quot;, Kjellen et ses homologues allemands opposent une autre triade, nationaliste et patriotique: &quot;ordre, justice, fraternitÃ©&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1916, il est nommÃ© professeur Ã  Uppsala, Ã  la chaire triplement centenaire de Johan Skytte. Au mÃªme moment, ses thÃ¨ses gÃ©opolitiques et ses commentaires de l'actualitÃ© connaissent un succÃ¨s croissant en Allemagne. A Uppsala, Kjellen rÃ©dige son Å“uvre majeure Staten som livsform (L'Etat comme forme de vie) qui paraÃ®t en langue allemande en avril 1917 et connaÃ®t immÃ©diatement un grand succÃ¨s. C'est dans ce livre qu'il forge le terme de &quot;gÃ©opolitique&quot;. Avant, on parlait, Ã  la suite de Ratzel, de &quot;gÃ©ographie politique&quot;. Quand la guerre prend fin en 1918, Kjellen voit l'Ã©mergence de deux puissances planÃ©taires: l'Angleterre et la Russie, &quot;dÃ©sormais gouvernÃ©e par une aristocratie de forme dÃ©gÃ©nÃ©rÃ©e, soit une oligarchie&quot; et par une idÃ©ologie batarde, hÃ©gÃ©lienne dans sa forme et rousseauiste dans son contenu. A la mÃªme Ã©poque paraÃ®t un second ouvrage thÃ©orique majeur de Kjellen: Undersoekningar till politikens system&amp;nbsp; (Recherches sur le systÃ¨me de la politique), rÃ©capitulatif complet de ses idÃ©es en gÃ©opolitique. Pendant les quatre derniÃ¨res annÃ©es de sa vie, Kjellen visite plusieurs universitÃ©s allemandes. Souffrant d'une angine de poitrine, il meurt le 14 novembre 1922 Ã  Uppsala. Ses thÃ©ories ont connu un impact trÃ¨s important en Allemagne, notamment dans l'Ã©cole de Haushofer, d'Otto Maull, etc. En SuÃ¨de, son principal disciple a Ã©tÃ© Edvard Thermaenius et, en Finlande, Ragnar Numelin (1890-1972).&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Les idÃ©es de 1914. Une perspective sur l'histoire mondiale(Die Ideen von 1914. Eine weltgeschichtlicher Perspektive), 1915&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Cette brochure importante ne nous dÃ©voile pas Kjellen en tant que thÃ©oricien de la gÃ©opolitique ou des sciences politiques, mais une rÃ©flexion gÃ©nÃ©rale sur les Ã©vÃ©nements de 1914, que reprendront Ã  leur compte les thÃ©oriciens de la gÃ©opolitique allemande des annÃ©es 20 et 30 et les protagonistes de la &quot;RÃ©volution conservatrice&quot;. Kjellen base sa dÃ©monstration sur deux ouvrages: l'un de Werner Sombart (H?ndler und Helden;&amp;nbsp; &quot;Les marchands et les hÃ©ros&quot;), l'autre de Johann Plenge (Der Krieg und die Volkswirtschaft;&amp;nbsp; &quot;La guerre et l'Ã©conomie politique&quot;). Avec Sombart, il critique la triade de 1789, &quot;LibertÃ©, Ã©galitÃ©, fraternitÃ©&quot;, instrument idÃ©ologique de la &quot;bourgeoisie dÃ©gÃ©nÃ©rÃ©e par le commerce&quot;. La guerre en cours est davantage qu'une guerre entre puissances antagonistes: elle rÃ©vÃ¨le l'affrontement de deux Weltanschauungen,&amp;nbsp; celle de 1789 contre celle, nouvelle et innovatrice, de 1914. La France et la Grande-Bretagne dÃ©fendent par leurs armes les principes politiques (ou plutÃ´t, anti-politiques) de la modernitÃ© libÃ©rale; l'Allemagne dÃ©fend les idÃ©es nouvelles, nÃ©es en 1914 du refus de cette modernitÃ© libÃ©rale. Pour Kjellen, en 1914 commence le crÃ©puscule des vieilles valeurs. Affirmation qu'il reprend du Danois Fredrik Weis (in Idealernes Sammenbrud;&amp;nbsp; &quot;L'effondrement des idÃ©aux&quot;), pour qui les carnages du front signalent le crÃ©puscule de l'idÃ©alisme, l'effondrement de toutes les valeurs que la civilisation europÃ©enne avait portÃ©es au pinacle. Kjellen et Weis constatent l'effondrement de cinq jeux de valeurs fondamentales:&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 1) l'idÃ©e de paix universelle;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 2) l'idÃ©al humaniste de culture;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 3) l'amour de la patrie, qui, de valeur positive, s'est transformÃ© en haine de la patrie des autres;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 4) l'idÃ©e de fraternitÃ© internationale portÃ©e par la sociale-dÃ©mocratie;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 5) l'amour chrÃ©tien du prochain.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; Ce quintuple effondrement scelle la banqueroute de la civilisation chrÃ©tienne, transformÃ©e par les apports de 1789. Mais le premier idÃ©ologÃ¨me ruinÃ© par la conflagration de 1914 est en fait le dÃ©nominateur commun de tous ces idÃ©aux: le cosmopolitisme, contraint de s'effacer au profit des faits nationaux. Les nationalismes prouvent par la guerre qu'ils sont des rÃ©alitÃ©s incontournables. Leur existence peut provoquer la guerre mais aussi la coopÃ©ration internationale. L'internationalisme n'exclut pas, aux yeux de Kjellen, l'existence des nations, contrairement au cosmopolitisme. L'internationalisme est une coopÃ©ration entre entitÃ©s nationales organiques, tandis que le cosmopolitisme est inorganique, de mÃªme que son corollaire, l'individualisme. Ce dernier connaÃ®t Ã©galement la faillite depuis que les hostilitÃ©s se sont dÃ©clenchÃ©es. 1914 inaugure l'Ã¨re de l'organisation et termine celle de l'anarchie individualiste, commencÃ©e en 1789. DÃ©sormais, l'individu n'a plus seulement des intÃ©rÃªts privÃ©s, il doit servir. Son orgueil stÃ©rile est terrassÃ©, ce qui ne veut pas dire que les qualitÃ©s personnelles/individuelles doivent cesser d'agir: celles qui servent bien l'ordre ou la collectivitÃ© demeureront et seront appelÃ©es Ã  se renforcer. Romain Rolland a dit, signale Kjellen, que la guerre a dÃ©voilÃ© les faiblesses du socialisme et du christianisme. En effet, les soldats de toutes les puissances belligÃ©rantes se rÃ©clament de Dieu et non du Christ. Ce Dieu invoquÃ© par les nouveaux guerriers est nationalisÃ©; il est totÃ©mique comme JÃ©hovah aux dÃ©buts de l'histoire juive ou comme les dieux paiens (Thor/Wotan). Ce Dieu nationalisÃ© n'est plus le NazarÃ©en avec son message d'amour. Ce panthÃ©on de dieux uniques nationalisÃ©s et antagonistes remplace donc le messie universel. En dÃ©pit de cet Ã©clatement du divin, il en reste nÃ©anmoins quelque chose de puissant. La paix avait Ã©tÃ© dangereuse pour Dieu: des hommes politiques avaient inscrit l'irreligion dans les programmes qu'ils s'efforÃ§aient d'appliquer. Et si la guerre suscite l'apparition de dieux nationaux qui sÃ¨ment la haine entre les peuples, elle dÃ©construit simultanÃ©ment les haines intÃ©rieures qui opposent les diverses composantes sociales des nations. La guerre a transplantÃ© la haine de l'intÃ©rieur vers l'extÃ©rieur. La paix sociale, la fraternitÃ©, l'entraide, les valeurs fraternelles du christianisme progressent, d'ou l'on peut dire que la guerre a accru dans toute l'Europe l'amour du prochain. En consÃ©quence, ce qui s'effondre, ce sont de pseudo-idÃ©aux, c'est l'armature d'une Ã©poque riche en formes mais pauvre en substance, d'une Ã©poque qui a voulu Ã©vacuer le mystÃ¨re de l'existence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effondrement qui annonce une nouvelle aurore. La guerre est pÃ©riode d'effervescence, de devenir, ou se (re)composent de nouvelles valeurs. La triade de 1789, &quot;LibertÃ©, Ã©galitÃ©, fraternitÃ©&quot;, est solidement ancrÃ©e dans le mental des anciennes gÃ©nÃ©rations. Il sera difficile de l'en dÃ©loger. Les jeunes, en revanche, doivent adhÃ©rer Ã  d'autres valeurs et ne plus intÃ©rioriser celles de 1789, ce qui interdirait d'apprÃ©hender les nouvelles rÃ©alitÃ©s du monde. La libertÃ©, selon l'idÃ©ologie de 1789, est l'absence/refus de liens (l'Ungebundenheit, le Fehlen von Fesseln).&amp;nbsp; Donc la nÃ©gation la plus pure qui empÃªche de distinguer le bien et le mal. Certes, explique Kjellen, 1789 a dÃ©barrassÃ© l'humanitÃ© europÃ©enne des liens anachroniques de l'ancien rÃ©gime (Etat absolu, Ã©tiquette sociale, Ã©glise stÃ©rile). Mais aprÃ¨s les Ã©vÃ©nements rÃ©volutionnaires, l'idÃ©e quatre-vingt-neuvarde de libertÃ© s'est figÃ©e dans l'abstraction et le dogme. Le processus de dissolution qu'elle a amorcÃ© a fini par tout dissoudre, par devenir synonyme d'anarchie, de libertinisme et de permissivitÃ© (Gesetzlosigkeit, Sittenlosigkeit, Zoegellosigkeit).&amp;nbsp; Il faut mÃ©diter l'adage qui veut que la &quot;libertÃ© soit la meilleure des choses pour ceux qui savent s'en servir&quot;. La libertÃ©, malheureusement, est laissÃ©e aux mains de gens qui ne savent pas s'en servir. D'ou l'impÃ©ratif de l'heure, c'est l'ordre. C'est empÃªcher les sociÃ©tÃ©s de basculer dans l'anarchie permissive et dissolvante. Kjellen est conscient que l'idÃ©e d'ordre peut Ãªtre mal utilisÃ©e, tout autant que l'idÃ©e de libertÃ©. L'histoire est faite d'un jeu de systole et diastole, d'un rythme sinusoidal ou jouent la libertÃ© et l'ordre. L'idÃ©al suggÃ©rÃ© par Kjellen est celui d'un Ã©quilibre entre ces deux pÃ´les. Mais l'ordre qui est en train de naÃ®tre dans les tranchÃ©es n'est pas un ordre figÃ©, raide et formel. Il n'est pas un corset extÃ©rieur et n'exige pas une obÃ©issance absolue et inconditionnelle. Il est un ordre intÃ©rieur qui demande aux hommes de doser leurs passions au bÃ©nÃ©fice d'un tout. Kjellen ne nie donc pas le travail positif de l'idÃ©e de libertÃ© au XVIIIiÃ¨me siÃ¨cle mais il en critique la dÃ©gÃ©nÃ©rescence et le dÃ©sÃ©quilibre. L'idÃ©e d'ordre, nÃ©e en 1914, doit travailler Ã  corriger le dÃ©sÃ©quilibre provoquÃ© par la libertÃ© devenue permissive au fil des dÃ©cennies. L'idÃ©e d'Ã©galitÃ© a menÃ© un combat juste contre les privilÃ¨ges de l'ancien rÃ©gime, issus du Moyen Age. Mais son hypertrophie a conduit Ã  un autre dÃ©sÃ©quilibre: celui qui confine l'humanitÃ© dans une moyenne, ou les petits sont agrandis et les grands amoindris par dÃ©cret. En fait, seuls les grands sont diminuÃ©s et les petits restent tels quels. L'Ã©galitÃ© est donc la &quot;dÃ©collation de l'humanitÃ©&quot;. Kjellen dÃ©fend l'idÃ©e nietzschÃ©enne de surhumanitÃ© non parce qu'elle est orgueil mais plutÃ´t parce qu'elle est humilitÃ©: elle procÃ¨de du constat que le type humain moyen actuel est incapable d'accomplir toutes les vertus. Or ces vertus doivent Ãªtre revivifiÃ©es et rÃ©incarnÃ©es: telle est la marque de la surhumanitÃ© qui s'Ã©lÃ¨ve au-dessus des moyennes imposÃ©es. Kjellen accepte le troisiÃ¨me terme de la triade de 1789, la fraternitÃ©, et estime qu'elle sera renforcÃ©e par la camaraderie entre soldats. Kjellen soumet ensuite la dÃ©claration des droits de l'homme Ã  une critique sÃ©vÃ¨re: elle conduit au pur subjectivisme, Ã©crit-il, et entrevoit les rapports humains depuis la &quot;perspective de la grenouille&quot;. Il s'explique: l'homme quatre-vingt-neuvard, comme l'a dÃ©montrÃ© Sombart, veut recevoir de la vie et non lui donner ses efforts. Cette envie de recevoir, consignÃ©e in nuce&amp;nbsp; dans la dÃ©claration des droits de l'homme, transforme l'agir humain en vulgaire commercialisme (obtenir un profit d'ordre Ã©conomique) et en eudÃ©monisme (avoir des satisfactions sensuelles). Depuis le dÃ©but du XIXiÃ¨me siÃ¨cle, la France et la Grande-Bretagne vÃ©hiculent cette idÃ©ologie commercialiste/eudÃ©moniste, enclenchant ainsi le processus d'&quot;anarchicisation&quot; et de permissivitÃ©, tandis que la Prusse, puis l'Allemagne, ajoutent Ã  l'idÃ©e des droits de l'homme l'idÃ©e des devoirs de l'homme, mettant l'accent sur la Pflicht&amp;nbsp; et l'&quot;impÃ©ratif catÃ©gorique&quot; (Kant). Le mixte germanique de droits et de devoirs hisse l'humanitÃ© au-dessus de la &quot;perspective subjectiviste de la grenouille&quot;, lui offrant une perspective supra-individuelle, assortie d'une stratÃ©gie du don, du sacrifice. L'idÃ©e de devoir implique aussitÃ´t la question: &quot;que puis-je donner Ã  la vie, Ã  mon peuple, Ã  mes frÃ¨res, etc.?&quot;. En conclusion, Kjellen explique que 1914 n'est pas la nÃ©gation pure et simple de 1789; 1914 impulse de nouvelles directions Ã  l'humanitÃ©, sans nier la justesse des contestations libertaires de 1789. Il n'est pas question, aux yeux de Kjellen et de Sombart, de rejeter sans plus les notions de libertÃ© et d'Ã©galitÃ© mais de refuser leurs avatars exagÃ©rÃ©s et pervertissants. Entre 1914 et 1789, il n'y a pas antinomie comme il y a antinomie entre l'ancien rÃ©gime et 1789. Ces deux mondes axiologiques s'excluent totalement. Si l'ancien rÃ©gime est la thÃ¨se, 1789 est son antithÃ¨se et la Weltanschauung&amp;nbsp; libÃ©rale qui en dÃ©coule garde en elle toutes les limites d'une antithÃ¨se. Ce libÃ©ralisme n'aura donc Ã©tÃ© qu'antithÃ¨se sans jamais Ãªtre synthÃ¨se. 1914 et l'Ã©thique germanique-prussienne du devoir sont, elles, synthÃ¨ses fructueuses. Or les mondes libÃ©ral et d'ancien rÃ©gime sont Ã©galement hostiles Ã  cette synthÃ¨se car elle les fait disparaÃ®tre tous deux, en soulignant leur caducitÃ©. C'est pourquoi les puissances libÃ©rales franÃ§aise et britannique s'allient avec la puissance russe d'ancien rÃ©gime pour abattre les puissances germaniques, porteuses de la synthÃ¨se. La thÃ¨se et l'antithÃ¨se unissent leurs efforts pour refuser la synthÃ¨se. Les partisans de l'oppression et ceux de l'anarchie s'opposent avec un zÃ¨le Ã©gal Ã  l'ordre, car l'ordre signifie leur fin. Les puissances libÃ©rales craignent moins l'absolutisme d'ancien rÃ©gime car celui-ci est susceptible de s'inverser brusquement en anarchie. A l'ancienne constellation de valeurs de 1789, succÃ©dera une nouvelle constellation, celle de 1914, &quot;devoir, ordre, justice&quot; (Pflicht, Ordnung, Gerechtigkeit).&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Les problÃ¨mes politiques de la guerre mondiale (Die politischen Probleme des Weltkrieges), 1916&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dans l'introduction Ã  cet ouvrage qui analyse l'Ã©tat du monde en pleine guerre, Kjellen nous soumet une rÃ©flexion sur les cartes gÃ©ographiques des atlas usuels: ces cartes nous montrent des entitÃ©s Ã©tatiques figÃ©es, saisies Ã  un moment prÃ©cis de leur devenir historique. Or toute puissance peut croÃ®tre et dÃ©border le cadre que lui assignent les atlas. Au mÃªme moment ou croÃ®t l'Etat A, l'Etat B peut, lui, dÃ©croÃ®tre et laisser de l'espace en jachÃ¨re, vide qui appelle les Ã©nergies dÃ©bordantes d'ailleurs. Kjellen en conclut que les proportions entre le sol et la population varient sans cesse. Les cartes politiques reflÃ¨tent donc des rÃ©alitÃ©s qui, souvent, ne sont plus. La guerre qui a Ã©clatÃ© en aout 1914 est un Ã©vÃ©nement bouleversant, un sÃ©isme qui saisit l'individu d'effroi. Cet effroi de l'individu vient du fait que la guerre est une collision entre Etats, c'est-Ã -dire entre entitÃ©s qui ont des dimensions quantitatives dÃ©passant la perspective forcÃ©ment rÃ©duite de l'individu. La guerre est un phÃ©nomÃ¨ne spÃ©cifiquement Ã©tatique/politique qui nous force a concevoir l'Etat comme un organisme vivant. La guerre rÃ©vÃ¨le brutalement les vÃ©ritables intentions, les pulsions vitales, les instincts de l'organisme Etat, alors que la paix les occulte gÃ©nÃ©ralement derriÃ¨re toutes sortes de conventions. Dans la ligne de l'ouvrage qu'il est en train de prÃ©parer depuis de longues annÃ©es (Staten som livsform)&amp;nbsp; et qui sortira en 1917, Kjellen rÃ©pÃ¨te son credo vitaliste: l'Etat n'est pas un schÃ©ma constitutionnel variable au grÃ© des Ã©lections et des humeurs sociales ni un simple sujet de droit mais un Ãªtre vivant, une personnalitÃ© supra-individuelle, historique et politique. Dans ses commentaires sur les Ã©vÃ©nements de la guerre, Kjellen ne cache pas sa sympathie pour l'Allemagne de Guillaume II, mais souhaite tout de mÃªme rester objectif (&quot;Amica Germania sed magis amica veritas&quot;).&amp;nbsp;&lt;br /&gt; Le livre aborde ensuite les grands problÃ¨mes gÃ©opolitiques de l'heure. Trois puissances majeures s'y affrontent, avec leur clientÃ¨le, des puissances de second ordre. Il y a l'Allemagne (avec ses clients: l'Autriche-Hongrie, la Turquie, la Bulgarie); ensuite l'Angleterre (avec la France, l'Italie, la Belgique et, dans une moindre mesure, le Japon); enfin, la Russie, avec deux minuscules clients, la Serbie et le MontÃ©nÃ©gro. Trois exigences gÃ©opolitiques majeures s'imposent aux Etats et Ã  leurs extensions coloniales: 1) l'Ã©tendue du territoire; 2) la libertÃ© de mouvement; 3) la meilleure cohÃ©sion territoriale possible. La Russie a extension et cohÃ©sion territoriale mais non libertÃ© de mouvement (pas d'accÃ¨s aux mers chaudes et aux grandes voies de communication ocÃ©anique). L'Angleterre a extension territoriale et libertÃ© de mouvement mais pas de cohÃ©sion territoriale (ses possessions sont Ã©parpillÃ©es sur l'ensemble du globe). L'Allemagne n'a ni extension ni libertÃ© de mouvement (la flotte anglaise verrouille l'accÃ¨s Ã  l'Atlantique dans la Mer du Nord); sa cohÃ©sion territoriale est un fait en Europe mais ses colonies ne sont pas soudÃ©es en Afrique. Reprenant les idÃ©es de son collÃ¨gue allemand Arthur Dix, Kjellen constate que les tendances de l'Ã©poque consistaient, pour les Etats, Ã  se refermer sur eux-mÃªmes et Ã  souder leur territoire de faÃ§on Ã  en faire un tout cohÃ©rent. L'Angleterre est ainsi passÃ©e d'une politique de la &quot;porte ouverte&quot; Ã  une politique visant l'Ã©mergence de zones d'influence fermÃ©es, aprÃ¨s avoir soudÃ© ses possessions africaines de l'Egypte Ã  l'Afrique du Sud (du Caire au Cap). Elle a tentÃ© ensuite de mettre toute la rÃ©gion sise entre l'Egypte et l'actuel Pakistan sous sa coupe, se heurtant aux projets germano-turcs en MÃ©sopotamie (chemin de fer Berlin-Bagdad-Golfe Persique). L'Allemagne qui n'a ni extension ni libertÃ© de mouvement ni cohÃ©sion territoriale sur le plan colonial (quatre colonies Ã©parpillÃ©es en Afrique plus la MicronÃ©sie dans le Pacifique). Elle a tentÃ©, avec l'Angleterre, de souder ses colonies africaines au dÃ©triment des colonies belges et portugaises: un projet qui ne s'est jamais concrÃ©tisÃ©. Pour Kjellen, le destin de l'Allemagne n'est ni en Afrique ni dans le Pacifique. Le Reich doit renforcer sa coopÃ©ration avec la Turquie selon l'axe Elbe-Euphrate, crÃ©ant une zone d'Ã©changes Ã©conomiques depuis la Mer du Nord jusqu'au Golfe Persique et Ã  l'OcÃ©an Indien, chasse gardÃ©e des Britanniques. Les projets germano-turcs en MÃ©sopotamie sont la principale pomme de discorde entre le Reich et l'Angleterre et, en fait, le vÃ©ritable enjeu de la guerre, menÃ©e par FranÃ§ais interposÃ©s. La politique anglaise vise Ã  fractionner la diagonale partant de la Mer du Nord pour aboutir au Golfe Persique, en jouant la Russie contre la Turquie et en lui promettant les Dardannelles qu'elle n'a de toute faÃ§on pas l'intention de lui donner car une prÃ©sence russe dans le Bosphore menacerait la route des Indes Ã  hauteur de la MÃ©diterranÃ©e orientale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A ces problÃ¨mes gÃ©opolitiques, s'ajoutent des problÃ¨mes ethnopolitiques: en gros, la question des nationalitÃ©s. Le but de guerre de l'Entente, c'est de refaire la carte de l'Europe sur base des nationalitÃ©s. L'Angleterre voit l? le moyen de fractionner la diagonale Mer du Nord-Golfe Persique entre Vienne et Istanboul. Les puissances centrales, elles, rÃ©Ã©valuent le rÃ´le de l'Etat agrÃ©gateur et annoncent, par la voix de Meinecke, que l'Ã¨re des spÃ©culations politiques racisantes est terminÃ©e et qu'il convient dÃ©sormais de faire la synthÃ¨se entre le cosmopolitisme du XVIIIiÃ¨me et le nationalisme du XIXiÃ¨me dans une nouvelle forme d'Etat qui serait supranationale et attentive aux nationalitÃ©s qu'elle englobe. Kjellen, pour sa part, fidÃ¨le Ã  ses principes vitalistes et biologisants, estime que tout Etat solide doit Ãªtre national donc ethniquement et linguistiquement homogÃ¨ne. Le principe des nationalitÃ©s, lancÃ© dans le dÃ©bat par l'Entente, fera surgir une &quot;zone critique&quot; entre la frontiÃ¨re linguistique allemande et la frontiÃ¨re de la Russie russe, ce qui englobe les Pays Baltes, la BiÃ©lorussie et l'Ukraine. Aux problÃ¨mes d'ordres gÃ©opolitique et ethnopolitique, il faut ajouter les problÃ¨mes socio-politiques. Kjellen aborde les problÃ¨mes Ã©conomiques de l'Allemagne (dÃ©veloppement de sa marine, programme du Levant, ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad) puis les problÃ¨mes de la Russie en matiÃ¨re de politique commerciale (la concurrence entre les paysannats allemand et russe qui empÃªche la Russie d'exporter ses produits agricoles vers l'Europe). La Russie veut faire sauter le verrou des Dardannelles pour pouvoir exporter sans entraves son blÃ© et ses cÃ©rÃ©ales d'Ukraine, seule maniÃ¨re d'assurer des boni Ã  sa balance commerciale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kjellen approuve la politique conservatrice du Ministre britannique Chamberlain qui, en 1903, a Ã©voquÃ© une Commercial Union&amp;nbsp; autarcisante, protÃ©gÃ©e par la puissance maritime anglaise. Trois grandes zones se partageraient ainsi le monde: 1) l'Angleterre, avec le Canada, l'Australie et l'Afrique du Sud; 2) l'Allemagne, avec l'Autriche-Hongrie, la FÃ©dÃ©ration balkanique et la Turquie; 3) la &quot;PanamÃ©rique&quot;. En Angleterre, la politique est portÃ©e par un paradoxe: ce sont les conservateurs qui dÃ©fendent cette idÃ©e de progrÃ¨s vers l'autarcie impÃ©riale qui implique aussi la non intervention dans les autres zones. La gauche, elle, est conservatrice: elle prÃ©fÃ¨re une politique interventionniste bellogÃ¨ne dans les zones des autres. Kjellen explique ce renversement: le projet d'autarcie est peu sÃ©duisant sur le plan Ã©lectoral tandis que celui de la pantarchie (du contrÃ´le total du globe par l'Angleterre) excite la dÃ©magogie jingoiste. Chamberlain, en suggÃ©rant ses plans d'autarcie impÃ©riale, a conscience des faiblesses de l'Empire et du cout Ã©norme de la machine militaire qu'il faut entretenir pour pouvoir dominer le globe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Viennent ensuite les problÃ¨mes d'ordres constitutionnel et culturel. La guerre en cours est Ã©galement l'affrontement entre deux modÃ¨les d'Etat, entre l'idÃ©al politique anglais et l'idÃ©al politique allemand. En Angleterre, l'individu prime l'Etat tandis qu'en Allemagne l'Etat prime l'individu. En Angleterre, l'objet de la culture, c'est de former des caractÃ¨res; en Allemagne, de produire du savoir. A cela, les Allemands rÃ©pondent que l'autonomie des caractÃ¨res forts erre, sur l'espace culturel anglais, dans un monde de conventions figÃ©es et figeantes. Anglais et FranÃ§ais prÃ©tendent que l'Allemagne est une nation trop jeune pour avoir un style. Les Allemands rÃ©torquent que leur masse de savoir permet un arraisonnement plus prÃ©cis du monde et que leur culture, en consÃ©quence, a plus de substance que de forme (de style). L'Angleterre forme des gentlemen alignÃ©s sur une moyenne, affirment les Allemands, tandis que leur systÃ¨me d'Ã©ducation forme des personnalitÃ©s extrÃªmement diffÃ©renciÃ©es se rÃ©fÃ©rant Ã  une quantitÃ© de paramÃ¨tres hÃ©tÃ©rogÃ¨nes. L'Allemagne Ã©tant le pays des particularismes persistants, il est normal, Ã©crit Kjellen, qu'elle prÃ´ne un fÃ©dÃ©ralisme dans des &quot;cercles&quot; d'Etats apparentÃ©s culturellement et liÃ©s par des intÃ©rÃªts communs (Schulze-Gaevernitz) ou des &quot;rassemblements organisÃ©s de forces ethniques homogÃ¨nes contre les sphÃ¨res de domination&quot; (Alfred Weber). L'idÃ©e allemande, poursuit Kjellen, c'est le respect de la spÃ©cificitÃ© des peuples, quelle que soit leur importance numÃ©rique. C'est l'Ã©galitÃ© en droit des nations Ã  l'intÃ©rieur d'une structure politique de niveau supÃ©rieur, organisÃ©e par une nationalitÃ© dominante (comme en Autriche-Hongrie). Kjellen relie cette idÃ©e soucieuse du sort des spÃ©cificitÃ©s Ã  l'idÃ©e protestante militante du roi suÃ©dois Gustave-Adolphe, champion du protestantisme, pour qui &quot;il fallait sauver la tolÃ©rance&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeu se joue donc Ã  trois: les Occidentaux, les Russes et les Centraux. Ou, comme il l'avait Ã©crit dans Les idÃ©es de 1914, entre l'antithÃ¨se, la thÃ¨se et la synthÃ¨se. La guerre est Ã©galement l'affrontement entre les idÃ©es de Jean-Jacques Rousseau et celles d'Immanuel Kant, entre l'insistance outranciÃ¨re sur les droits et le sens Ã©quilibrÃ© des droits et des devoirs. Aux idÃ©es de Rousseau s'allient celles de Herbert Spencer, &quot;commercialistes&quot; et &quot;eudÃ©monistes&quot;, et celles, rÃ©actionnaires de Pobiedonostsev, tuteur des Tsars Alexandre III et Nicolas II. Le pur individualisme et l'oppression du pur absolutisme font cause commune contre l'ordre Ã©quilibrÃ© des droits et des devoirs, postulÃ© par la philosophie de Kant et la praxis prussienne de l'Etat.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;L'Etat comme forme de vie (Staten som livsform), 1917&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Ouvrage principal de l'auteur, ou il utilise pour la premiÃ¨re fois le vocable de &quot;gÃ©opolitique&quot;. Kjellen travaille Ã  l'aide de deux concepts majeurs: la gÃ©opolitique proprement dite et la gÃ©opolitique spÃ©ciale. La gÃ©opolitique proprement dite est l'entitÃ© gÃ©ographique simple et naturelle, circonscrite dans des frontiÃ¨res prÃ©cises. Kjellen analyse les frontiÃ¨res naturelles montagneuses, fluviales, dÃ©sertiques, marÃ©cageuses, forestiÃ¨res, etc. et les frontiÃ¨res culturelles/politiques crÃ©Ã©es par l'action des hommes. Le territoire naturel des entitÃ©s politiques peut relever de types diffÃ©rents: types potamiques ou &quot;circonfluviaux&quot; ou &quot;circonmarins&quot;. L'une des principales constantes de la gÃ©opolitique pratique, c'est la volontÃ© des nations insulaires ou littorales de forger un pays similaire au leur en face de leurs cÃ´tes (exemple: la volontÃ© japonaise de crÃ©er un Etat mandchou Ã  sa dÃ©votion) et de s'approprier un ensemble de territoires insulaires, de caps ou de bandes territoriales comme relais sur les principales routes maritimes. Kjellen Ã©tudie le territoire naturel du point de vue de la production industrielle et agricole et l'organisation politique et administrative. Kjellen souligne l'interaction constante entre la nation, le peuple et le pouvoir politique, interaction qui confÃ¨re Ã  l'Etat une dimension rÃ©solument organique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre la gÃ©opolitique proprement dite, Kjellen se prÃ©occupe de la gÃ©opolitique spÃ©ciale, c'est-Ã -dire des qualitÃ©s particuliÃ¨res et circonstantielles de l'espace, qui induisent telle ou telle stratÃ©gie politique d'expansion. Kjellen examine ensuite la forme gÃ©ographique de l'Etat, son apparence territoriale. La forme idÃ©ale, pour un Etat, est la forme sphÃ©rique comme pour l'Islande ou la France. Les formes longitudinales, comme celles de la NorvÃ¨ge ou de l'Italie, impliquent l'allongement des lignes de communication. Les enclaves, les exclaves et les corridors ont une importance capitale en gÃ©opolitique: Kjellen les analyse en dÃ©tail. Mais de toutes les catÃ©gories de la gÃ©opolitique, la plus importante est celle de la position. Pour Kjellen, il s'agit non seulement de la position gÃ©ographique, du voisinage, mais aussi de la position culturelle, agissant sur le monde des communications.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le systÃ¨me de la gÃ©opolitique, selon Kjellen, peut Ãªtre subdivisÃ© comme suit:&amp;nbsp;&lt;br /&gt; I. La Nation: objet de la gÃ©opolitique&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 1. La position de la nation: objet de la topopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 2. La forme de la nation: objet de la&amp;nbsp; morphopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 3. Le territoire de la nation: objet de la&amp;nbsp; physiopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; II. L'Ã©tablissement national: objet de l'Ã©copolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 1. La sphÃ¨re de l'Ã©tablissement: objet de&amp;nbsp; l'emporopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 2. L'Ã©tablissement indÃ©pendant: objet de&amp;nbsp; l'autarchipolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 3. L'Ã©tablissement Ã©conomique: objet de&amp;nbsp; l'Ã©conomipolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; III. Le peuple porteur d'Etat: objet de la dÃ©mopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 1. Le peuple en tant que tel: objet de l'ethnopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 2. Le noyau de la population: objet de la&amp;nbsp; plÃ©thopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 3. L'ame du peuple: objet de la psychopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; IV. La sociÃ©tÃ© nationale: objet de la sociopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 1. La forme de la sociÃ©tÃ©: objet de la phylopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 2. La vie de la sociÃ©tÃ©: objet de la biopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; V. La forme de gouvernement: objet de la cratopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 1. La forme de l'Etat: objet de la nomopolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 2. La vie de l'Etat: objet de la praxipolitique.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; 3. La puissance de l'Etat: objet de l'archopolitique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mÃ©thode de classification choisie par Kjellen, est de subdiviser chaque objet d'investigation en trois catÃ©gories: 1. l'environnement; 2. la forme; 3. le contenu.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Les grandes puissances et la crise mondiale (Die Grossmaechte und die Weltkrise), 1921&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;DerniÃ¨re version de ses Ã©tudes successives sur les grandes puissances, cette Ã©dition de 1921 ajoute une rÃ©flexion sur les rÃ©sultats de la premiÃ¨re guerre mondiale. L'ouvrage commence par un panorama des grandes puissances: l'Autriche-Hongrie, l'Italie, la France, l'Allemagne, l'Angleterre, les Etats-Unis, la Russie et le Japon. Kjellen en analyse l'ascension, la structure Ã©tatique, la population, la sociÃ©tÃ©, le rÃ©gime politique, la politique Ã©trangÃ¨re et l'Ã©conomie. Ses analyses des politiques Ã©trangÃ¨res des grandes puissances, dÃ©gageant clairement les grandes lignes de force, gardent aujourd'hui encore une concision opÃ©rative tant pour l'historien que pour l'observateur de la scÃ¨ne internationale.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; A la fin de l'ouvrage, Kjellen nous explique quels sont les facteurs qui font qu'une puissance est grande. Ni la superficie ni la population ne sont nÃ©cessairement des facteurs multiplicateurs de puissance (BrÃ©sil, Chine, Inde). L'entrÃ©e du Japon dans le club des grandes puissances prouve par ailleurs que le statut de grand n'est plus rÃ©servÃ© aux nations de race blanche et de religion chrÃ©tienne. Ensuite, il n'y a aucune forme privilÃ©giÃ©e de constitution, de rÃ©gime politique, qui accorde automatiquement le statut de grande puissance. Il existe des grandes puissances de toutes sortes: cÃ©saristes (Russie), parlementaires (Angleterre), centralistes (France), fÃ©dÃ©ralistes (Etats-Unis), etc. La Grande Guerre a toutefois prouvÃ© qu'une grande puissance ne peut plus se dÃ©ployer et s'Ã©panouir dans des formes purement anti-dÃ©mocratiques. Le concept de grande puissance n'est pas un concept mathÃ©matique, ethnique ou culturel mais un concept dynamique et physiologique. Certes une grande puissance doit disposer d'une vaste territoire et de masses dÃ©mographiques importantes, d'un degrÃ© de culture Ã©levÃ© et d'une harmonie de son rÃ©gime politique, mais chacun de ces facteurs pris sÃ©parÃ©ment est insuffisant pour faire accÃ©der une puissance au statut de grand. Pour ce faire, c'est la volontÃ© qui est dÃ©terminante. Une grande puissance est donc une volontÃ© servie par des moyens importants. Une volontÃ© qui veut accroÃ®tre la puissance. Les grandes puissances sont par consÃ©quent des Etats extensifs (Lamprecht), qui se taillent des zones d'influence sur la planÃ¨te. Ces zones d'influence tÃ©moignent du statut de grand. Toutes les grandes puissances se situent dans la zone tempÃ©rÃ©e de l'hÃ©misphÃ¨re septentrional, seul climat propre Ã  l'Ã©closion de fortes volontÃ©s. Quand meurt la volontÃ© d'expansion, quand elle cesse de vouloir participer Ã  la compÃ©tition, la grande puissance dÃ©croÃ®t, recule et dÃ©cÃ¨de politiquement et culturellement. Elle rejoint en cela les Naturvoelker,&amp;nbsp; qui ne mettent pas le monde en forme. La Chine est l'exemple classique d'un Etat gigantesque situÃ© dans la zone tempÃ©rÃ©e, dotÃ© d'une population trÃ¨s importante et aux potentialitÃ©s industrielles immenses qui dÃ©choit au rang de petite puissance parce qu'il fait montre d'un dÃ©ficit de volontÃ©. Ce sort semble attendre l'Allemagne et la Russie depuis 1918.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe deux types de grandes puissances: les Ã©conomiques et les militaires. L'Angleterre et les Etats-Unis sont des grandes puissances plutÃ´t Ã©conomiques, tandis que la Russie et le Japon sont des grandes puissances plutÃ´t militaires. La France et l'Allemagne prÃ©sentent un mixage des deux catÃ©gories. La mer privilÃ©gie le commerce et la terre le dÃ©ploiement de la puissance militaire, crÃ©ant l'opposition entre nations maritimes et nations continentales. L'Angleterre est purement maritime et la Russie purement continentale, tandis que la France et l'Allemagne sont un mÃ©lange de thalassocratie et de puissance continentale. Les Etats-Unis et le Japon transgressent la rÃ¨gle, du fait que les uns disposent d'un continent et que l'autre, insulaire, serait plutÃ´t portÃ© vers l'industrialisme militariste (en Mandchourie). Les grandes puissances maritimes sont souvent des mÃ©tropoles dominant un ensemble Ã©parpillÃ© de colonies, tandis que les grandes puissances continentales cherchent une expansion territorialement soudÃ©e Ã  la mÃ©tropole. L'Angleterre, les Etats-Unis, la France et l'Allemagne ont choisi l'expansion Ã©parpillÃ©e, tandis que la Russie et le Japon (en s'Ã©tendant Ã  des zones contigues situÃ©es autour de son archipel mÃ©tropolitain) accroissent leur territoire en conquÃ©rant ou soumettant des pays voisins de leur centre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire semble prouver que les empires Ã©parpillÃ©s sont plus fragiles que les empires continentaux soudÃ©s: les exemples de Carthage, de Venise, du Portugal et de la Hollande. L'autarcie, l'auto-suffisance, semble Ãªtre une condition du statut de grande puissance que remplissent mieux les empires continentaux, surtout depuis que le chemin de fer a accru la mobilitÃ© sur terre et lui a confÃ©rÃ© la mÃªme vitesse que sur mer. Les leÃ§ons de la guerre mondiales sont donc les suivantes: la thalassocratie britannique a gagnÃ© la bataille, notamment parce qu'elle a fait usage de l'arme du blocus. Mais cette victoire de la puissance maritime ne signifie pas la supÃ©rioritÃ© de la thalassocratie: une Allemagne plus autarcique aurait mieux rÃ©sistÃ© et, en fin de compte, ce sont les masses compactes de territoires dominÃ©s par l'Angleterre qui ont permis aux AlliÃ©s de contrer les Centraux.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; Le facteur dÃ©terminant a donc Ã©tÃ© la Terre, non la Mer. L'idÃ©al est donc de combiner facteurs maritimes et facteurs continentaux.&amp;nbsp; Faut-il conclure de cette analyse des grandes puissances que les petits Etats sont condamnÃ©s par l'histoire Ã  ne plus Ãªtre que les vassaux des grands? Non, rÃ©pond Kjellen. Des petits Etats peuvent devenir grand ou le redevenir ou encore se maintenir honorablement sur la scÃ¨ne internationale. Exactement de la mÃªme faÃ§on que les petits ateliers se sont maintenus face&amp;nbsp; la concurrence des grandes fabriques. Les forts absorbent trÃ¨s souvent les faibles mais pas toujours. La rÃ©sistance des faibles passe par la conscience culturelle et la force spirituelle. La pulsion centrifuge est aussi forte que la puissance centripÃ¨te: l'idÃ©al, une fois de plus, rÃ©side dans l'Ã©quilibre entre ces deux forces. L'idÃ©e de la SociÃ©tÃ© des Nations y pourvoiera sans doute, conclut Kjellen.&amp;nbsp;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;br /&gt; &amp;nbsp; &lt;table width=&quot;100%&quot; cols=&quot;1&quot;&gt; &lt;tbody&gt; &lt;tr&gt; &lt;td&gt; &lt;h3&gt;&amp;nbsp;Bibliographie:&amp;nbsp;&lt;/h3&gt; &lt;/td&gt; &lt;/tr&gt; &lt;/tbody&gt; &lt;/table&gt; &lt;table border=&quot;0&quot; width=&quot;100%&quot; cols=&quot;1&quot;&gt; &lt;tbody&gt; &lt;tr&gt; &lt;td&gt;&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Pour une bibliographie quasi complÃ¨te, v. Bertil Haggman, Rudolf Kjellen, Geopolitician, Geographer, Historian and Political Scientist. A Selected Bibliography,&amp;nbsp; Helsingborg, Center for Research on Geopolitics, 1988 (adresse: Box 1412, S-25.114 Helsingborg, SuÃ¨de).&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oeuvres de Rudolf Kjellen:&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hvad har Sverige vunnit genom unionen med Norge? Ett vÃ¸ktarerop till svenska folket af Hbg, 1892; Underjordiska inflytelser pa jordytan - Om nivaf?rÃ¸ndringar, jordbÃ¸fningar och vulkaniska f?reteelser, 1893; Om den svenska grundlagens anda. RÃ¸ttspsykologisk unders?kning, 1897; Den sydafrikanska fragan, 1898; Ur anteckningsboken. Tankar och stÃ¸mningar, 1900; Inledning till Sveriges geografi, 1900; Kunna i var tid diplomati och konsulatvÃ¸sen skiljas?, 1903; Stormakterna. Konturer kring samtidens storpolitik, I-II, 1905, I-IV, 1911-1913 (avec nouvelle Ã©d. des tomes I et II); Mellanpartiet. En fraga f?r dagen i svensk politik, 1910; Sveriges jordskalf. Foersoek till en seismik landgeografi, 1910; Sverige och utlandet, 1911; Den stora orienten. Resestudier i oestervÃ¸g, 1911; Den ryska faran, 1913; &quot;Peter den stores testamenta&quot;. Historisk-politisk studie, 1914; Die GroÃŸmaechte der Gegenwart, 1914; Politiska essayer. Studier till dagskroenikan (1907-1913), 1914-1915; Die Ideen von 1914. Eine weltgeschichtliche Perspektive, 1915; VÃ¸rldskrigets politiska problem, 1915; Den endogena geografins system, 1915; Hvadan och hvarthÃ¸n. Tva f?relÃ¸sningar om vÃ¸rldskrisen, 1915; Politiska handbÅ“cker, I-IV, 1914-1917 (nouvelle Ã©d., 1920); Die politischen Probleme des Weltkrieges, 1916; Staten som livsform, 1917; Studien zur Weltkrise, 1917; Schweden. Eine politische Monographie, 1917; Stormakterna och vÃ¸rldskrisen, 1920; Grundriss zu einem System der Politik, 1920; VÃ¸rldspolitiken i 1911-1919 i periodiska oeversikter, 1920; Die Grossmaechte und die Weltkrise, 1921; Dreibund und Dreiverband. Die diplomatische Vorgeschichte des Weltkriegs, 1921; Der Staat als Lebensform, 1924; Die Grossmaechte vor und nach dem Weltkriege, 1930 (rÃ©Ã©dition posthume, commentÃ©e et complÃ©tÃ©e par Haushofer, Hassinger, Maull, Obst); Jenseits der Grossmaechte. ErgÃ¸nzungsband zur Neubearbeitung der Grossmaechte Rudolf Kjellens, 1932 (rÃ©Ã©dition posthume patronnÃ©e par Haushofer); &quot;AutarquÃ¬a&quot;, in Coronel Augusto B. Rattenbach, Antologia geopolitica, Pleamar, Buenos Aires, 1985.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur Rudolf Kjellen:&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;W. Vogel, &quot;Rudol Kjellen und seine Bedeutung f?r die deutsche Staatslehre&quot;, in Zeitschrift f?r die gesamte Staatswissenschaft, 1925, 81, pp. 193-241; Otto Haussleiter, &quot;Rudolf KjellÃ©ns empirische Staatslehre und ihre Wurzeln in politischer Geographie und Staatenkunde&quot;, in Archiv fuer Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, 1925, 54, pp. 157-198; Karl Haushofer, Erich Obst, Hermann Lautensach, Otto Maull, Bausteine der Geopolitik, 1928; Erik ArrhÃ©n, Rudolf KjellÃ©n och &quot;unghoegern&quot;: SammanstÃ¸llning och diskussion, Stockholm, Seelig, 1933; E. Therm?nius, Geopolitik och politisk geografi, 1937; A. Brusewitz, Fran Svedelius till KjellÃ©n. Nagra drag ur den skytteanska lÃ¸rostolens senare hist, 1945; Nils Elvander, Rudolf KjellÃ©n och nationalsocialismen, 1956; Mats Kihlberg &amp;amp; Donald Suederlind, Tva studier i svensk konservatism: 1916-1922, Stockholm, Almqvist &amp;amp; Wiksell, 1961; Nils Elvander, Harald HjÃ¸rne och konservatismen: Konservativ idÃ©debatt i Sverige, 1865-1922,&amp;nbsp; Stockholm, Almqvist &amp;amp; Wiksell, 1961; Georg AndrÃ©n, &quot;Rudolf Kjellen&quot;, in David L. Sills (Ã©d.), International Encyclopedia of the Social Sciences, vol. 8, The Macmillan Company &amp;amp; The Free Press, 1968; Ruth KjellÃ©n-Bj?rkquist, Rudolf KjellÃ©n. En mÃ¸nniska i tiden kring sekelskiftet, 1970; Bertil Haggman, Rudolf Kjellen. Founder of Geopolitics, Helsingborg, 1988.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. aussi:&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucien Maury, Le nationalisme suÃ©dois et la guerre 1914-1918, Perrin, Paris, 1918; Richard Henning, Geopolitik. Die Lehre vom Staat als Lebewesen, 1931; Otto Maull, Das Wesen der Geopolitik, 1936; Robert Strausz-HupÃ©, Geopolitics. The Struggle for Space and Power, G.P. Putnam's Sons, New York, 1942; Robert E. Dickinson, The German Lebensraum, Penguin, Harmondsworth, 1943; Adolf Grabowsky, Raum, Staat und Geschichte. Grundlegung der Geopolitik, 1960; Hans-Adolf Jacobsen, Karl Haushofer - Leben und Werk -, 2 vol., Harald Boldt, Boppard am Rhein, 1979; Robert Steuckers, &quot;Panorama thÃ©orique de la gÃ©opolitique&quot;, in Orientations, 12, 1990; Michel Korinman, Quand l'Allemagne pensait le monde. Grandeur et dÃ©cadence&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;/td&gt; &lt;/tr&gt; &lt;/tbody&gt; &lt;/table&gt; 
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        <title>Afghanistan: une guerre de 210 ans (2iÃ¨me partie)</title>
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        <updated>2008-06-23T00:05:00+02:00</updated>
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        <summary>   Afghanistan: une guerre de 210 ans (2iÃ¨me partie)     par Robert Steuckers...</summary>
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           &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Afghanistan: une guerre de 210 ans (2iÃ¨me partie)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;par Robert Steuckers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;La question du Danube&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š La politique commune d'une Europe rendue Ã  elle-mÃªme, Ã  ses racines et ses traditions historiques, doit Ã©videmment travailler Ã  rendre la circulation libre sur le Danube, depuis le point oÃ¹ ce fleuve devient navigable en BaviÃ¨re jusqu'Ã  son embouchure dans la Mer Noire. Le problÃ¨me de la navigation sur le Danube est fort ancien et n'a jamais pu Ãªtre rÃ©glÃ©, Ã  cause de la rivalitÃ© austro-russe au 19iÃ¨me siÃ¨Â­cle, des retombÃ©es des deux guerres mondiales dont la riÂ­vaÂ­litÃ© hungaro-roumaine pendant l'entre-deux-guerres, et de la prÃ©sence du Rideau de Fer pendant quatre dÃ©cennies. Le dÃ©gel et la fin de la guerre froide auraient dÃ» remettre Ã  l'ordre du jour cette question cruciale d'amÃ©nagement territorial sur notre continent, dÃ¨s 1989, dÃ¨s la chute de CeauÂ­cescu. L'impÃ©ritie de nos gouvernants a permis aux AÂ­mÃ©ricains et aux Turcs de prendre les devants et de gÃªner les flux sur l'artÃ¨re danubienne ou dans l'espace du bassin danubien. Une logique qu'il faut impÃ©rativement inverser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le corridor Belgrade/Salonique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š L'Europe doit avoir pour objectif de rÃ©aliser une liaison optimale entre Belgrade et Salonique, par un triple rÃ©Â­seau de communications terrestres, c'est-Ã -dire autorouÂ­tier, ferroviaire, fluvial (avec l'amÃ©nagement de deux riviÃ¨res balkaniques, la Morava et le Vardar, selon des plans dÃ©jÃ  prÃ©vus avant la tourmente de 1940, auxquels Anton Zischka fait rÃ©fÃ©rence dans C'est aussi l'Europe, Laffont, 1960). Le trajet Belgrade Salonique est effectivement le plus court entre la Mitteleuropa danubienne et l'EgÃ©e, soit le bassin oriental de la MÃ©diterranÃ©e.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š L'Europe doit impÃ©rativement se projeter, selon ce que nous appelons l'Axe Dorien, vers le bassin oriental de la MÃ©Â­diterranÃ©e, ce qui implique notamment une maÃ®trise straÂ­tÃ©gique de Chypre, donc la nÃ©cessitÃ© de forcer la Turquie Ã  l'Ã©vacuer. L'adhÃ©sion prochaine de Chypre Ã  l'UE devrait aussi impliquer le stationnement de troupes europÃ©ennes (en souvenir des expÃ©ditions mÃ©diÃ©vales et de Don Juan d'AuÂ­triche) dans les bases militaires qui sont aujourd'hui exclusivement britanniques. La maÃ®trise de Chypre permetÂ­tra une projection pacifique de puissance Ã©conomique en direction du Liban, de la Syrie, de l'Egypte et du complexe volatile IsraÃ«l-Palestine (dont une pacification positive doit Ãªtre le vÅ“u de tous).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;LibÃ©rer l'ArmÃ©nie de l'Ã©tau turco-azÃ©ri&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š Dans le Caucase, la politique europÃ©enne, plus exacteÂ­ment euro-russe, doit consister Ã  appuyer inconditionnelÂ­lement l'ArmÃ©nie et Ã  la libÃ©rer de l'Ã©tau turco-azÃ©ri. Face Ã  la Turquie, l'Europe et la Russie doivent se montrer trÃ¨s fermes dans la question armÃ©nienne. Comme Ã  Chypre, il conÂ­vient de protÃ©ger ce pays par le stationnement de trouÂ­pes et par une pression diplomatique et Ã©conomique conÂ­tinue sur la Turquie et l'AzerbaÃ¯djan. PrÃ©voir de sÃ©vÃ¨res meÂ­sures de rÃ©torsion dÃ¨s le moindre incident: si la Turquie possÃ¨de un atout majeur dans sa dÃ©mographie galopante, l'Europe doit savoir aussi que ces masses sont difficilement gÃ©rables Ã©conomiquement, et qu'elles constituent dÃ¨s lors un point faible, dans la mesure oÃ¹ elles constituent un balÂ­last et rÃ©duisent la marge de manÅ“uvre du pays. Par conÂ­sÃ©Â­quent, des mesures de rÃ©torsions Ã©conomiques, plonÂ­geant de larges strates de la population turque dans la prÃ©Â­caritÃ©, risquent d'avoir des consÃ©quences sur l'ordre public dans le pays, de le plonger dans les dÃ©sordres civils et, par suite, de l'empÃªcher de jour le rÃ´le d'&quot;alliÃ© principal&quot; des Etats-Unis et de constituer un danger permanent pour son environnement immÃ©diat, armÃ©nien ou arabe. De mÃªme, le renvoi de larges contingents issus de la diaspora turque en Europe, mais uniquement au cas oÃ¹ il s'avÃ¨rerait que ces inÂ­dividus sont liÃ©s Ã  des rÃ©seaux mafieux, dÃ©sÃ©quilibrerait aiÂ­sÃ©ment le pays, au grand soulagement des ArmÃ©niens, des Cypriotes grecs, des Orthodoxes aramÃ©ens de l'intÃ©rieur et des pays arabes limitrophes. Le taux d'inflation catastroÂ­phiÂ­que de la Turquie et sa faiblesse industrielle devrait, en touÂ­te bonne logique Ã©conomique, nous interdire, de toute faÃ§on, d'avoir des rapports commerciaux rationnels avec Ankara. La Turquie n'est pas un pays solvable, Ã  cause juÂ­steÂ­ment de sa politique d'agression Ã  l'Ã©gard de ses voisins. Enfin, une pression Ã  exercer sur les agences de voyage et sur les assureurs, qui garantissent la sÃ©curitÃ© de ces voyaÂ­ges, limiterait le flux de touristes en Turquie et, par voie de consÃ©quence, l'afflux de devises fortes dans ce pays virÂ­tuellement en faillite, afflux qui lui permet de se maintenir vaille que vaille et de poursuivre sa politique anti-hellÃ©Â­niÂ­que, anti-armÃ©nienne et anti-arabe.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š Dans la mesure du possible, l'Europe et la Russie doivent jouer la carte kurde, si bien qu'Ã  terme, l'alliance amÃ©Â­ricano-turco-azÃ©rie dans la rÃ©gion devra affronter et des mouvements sÃ©ditieux kurdes, bien appuyÃ©s, et l'alliance entre l'Europe, la Russie, l'Iran, l'Irak et l'Inde, amplifiÂ­caÂ­tion d'un axe AthÃ¨nes-Erivan-TÃ©hÃ©ran, dont l'embryon avait Ã©tÃ© vaguement Ã©laborÃ© en 1999, en pleine crise serbe.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š En Asie centrale, l'Europe, de concert avec la Russie, doit apporter son soutien Ã  l'Inde dans la querelle qui l'oppose au Pakistan Ã  propos des hauteurs himalayennes du CaÂ­cheÂ­mire. L'objectif est d'obtenir une liaison terrestre ininÂ­terÂ­rompue Europe-Russie-Inde. La rÃ©alisation de ce projet grandiose en Eurasie implique de travailler deux nouvelles petites puissances d'Asie centrale, le Tadjikistan persanoÂ­phoÂ­ne et le Kirghizistan, point nodal dans le futur rÃ©seau de communication euro-indien. De mÃªme, le tandem euro-russe et l'Inde devront apporter leur soutien Ã  la Chine dans sa lutte contre l'agitation islamo-terroriste dans le Sinkiang, selon les critÃ¨res dÃ©jÃ  Ã©laborÃ©s lors de l'accord sino-russe de ChanghaÃ¯ (2001).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Une politique arabe intelligente&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š L'Europe doit mener une politique arabe intelligente. Pour y parvenir, elle devrait, normalement, disposer de deux piÃ¨ces maÃ®tresses, la Syrie et l'Irak, qu'elle doit protÃ©Â­ger de la Turquie, qui assÃ¨che ces deux pays en rÃ©gulant le cours des fleuves Tigre et Euphrate par l'intermÃ©diaire de barrages pharaoniques. Autre piÃ¨ce potentielle, mais d'imÂ­portance moindre, dans le jeu de l'Europe: la Libye, enneÂ­mie d'Oussama Ben Laden, ancien agent de la CIA (cf. : DasÂ­quiÃ©/Brisard, op. cit.). En Egypte, alliÃ© des Etats-Unis, l'Europe doit jouer la minoritÃ© copte et exiger une proÂ­tecÂ­tion absolue de ces communautÃ©s en butte Ã  de cruels atÂ­tentats extrÃ©mistes islamistes. La protection des Coptes en Egypte doit Ãªtre l'Ã©quivalent de la protection Ã  accorder aux Orthodoxes aramÃ©ens de Turquie et aux Kurdes.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š L'Europe doit spÃ©culer sur la future guerre de l'eau. L'alÂ­liÃ© secondaire des Etats-Unis au Proche-Orient, IsraÃ«l, est dÃ©pendant de l'eau turque, rÃ©coltÃ©e dans les bassins artifiÂ­ciels d'Anatolie, crÃ©Ã©s par les barrages construits sous Ã–zal. L'Europe doit inscrire dans les principes de sa politique araÂ­be l'idÃ©e mobilisatrice de sauver le Croissant Fertile de l'assÃ¨chement (bassin des deux fleuves, Tigre et Euphrate, et du Jourdain). Ce projet permettra d'unir tous les homÂ­mes de bonne volontÃ©, que ceux-ci soient de confession isÂ­lamique, chrÃ©tienne ou israÃ©lite. La politique turque d'Ã©riÂ­ger des barrages sur le Tigre et l'Euphrate est contraire Ã  ce grand projet pour la sauvegarde du Croissant Fertile. Par ailleurs, l'Egypte, autre alliÃ© des Etats-Unis, est fragilisÃ©e parce qu'elle ne couvre que 97% de ses besoins en eau, en dÃ©Â­pit des barrages sur le Nil, construits du temps de NasÂ­ser. Toute augmentation importante de la population Ã©gypÂ­tienÂ­ne accentue cette dÃ©pendance de maniÃ¨re dramatique. C'est un des points faibles de l'Egypte, permettant aux EÂ­tats-Unis de tuer dans l'Å“uf toute rÃ©surgence d'un indÃ©Â­pendantisme nassÃ©rien. Enfin, la rarÃ©faction des rÃ©serves d'eau potable redonne au centre de l'Afrique, dont le Congo plongÃ© depuis 1997 dans de graves turbulences, une imporÂ­tance stratÃ©gique capitale et explique les politiques anglo-saxonnes, notamment celle de Blair, visant Ã  prendre pied dans certains pays d'Afrique francophone, au grand dam de PaÂ­ris et de Bruxelles.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les risques qu'encourt l'Europe :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Perdante sur tous les fronts que nous venons d'Ã©numÃ©rer, fragilisÃ©e par la vÃ©tustÃ© de son matÃ©riel militaire, handiÂ­caÂ­pÃ©e par son ressac dÃ©mographique, aveugle parce qu'elle ne dispose pas de satellites, l'Europe court deux risques supÂ­plÃ©mentaires, incarnÃ©s par les agissements des rÃ©seaux trotskistes et par les dangers potentiels des zones de non-droit qui ceinturent ses grandes villes ou qui occupent le centre mÃªme de la capitale (comme Ã  Bruxelles).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Deux exemÂ­ples : les rÃ©seaux trotskistes, prÃ©sents dans les syndiÂ­cats franÃ§ais, et obÃ©issant en ultime instance aux injoncÂ­tions des Etats-Unis, ont montrÃ© toute leur puissance en dÃ©Â­cembre 1995 quand Chirac a testÃ© de nouveaux armeÂ­ments nuclÃ©aires Ã  Mururoa dans le Pacifique, ce qui dÃ©Â­plaisait aux Etats-Unis. Des grÃ¨ves sauvages ont bloquÃ© la France pendant des semaines, contraignant le PrÃ©sident Ã  lÃ¢cher du lest (Louis-Marie Enoch &amp;amp; Xavier Cheneseau, Les taupes rouges - Les trotskistes de Lambert au cÅ“ur de la RÃ©Â­publique, Manitoba, 2002; Jean Parvulesco, Â«DÃ©Â­cembre 1995 en France : &quot;La leÃ§on des tÃ©nÃ¨bres&quot;Â», CaÂ­hier nÂ°3 de la SociÃ©tÃ© Philosophique Jean Parvulesco, 2Â°triÂ­mestre 1996 - Paru en encart dans Nouvelles de SyÂ­nergies EuropÃ©ennes, nÂ°18, fÃ©vrier-mars 1996).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Quant aux zoÂ­nes de non-droit, elÂ­les peuvent constituer de dangereux abcÃ¨s de fiÂ­xation, paÂ­raÂ­lyser les services de police et une parÂ­tie des effectifs miÂ­litaires, crÃ©er une psychose de terÂ­reur et foÂ­menÂ­ter des atÂ­tentats terroristes. Les ouvrages de GuillauÂ­me Faye, dans l'esÂ­pace militant des droites franÂ­Ã§aises, et surtout l'ouvrage de Xavier Raufer et Alain Bauer, pour le grand public avec reÂ­lais mÃ©diatiques, dÃ©montrent claireÂ­ment que les risques de guerre civile et de dÃ©sordres de grande ampleur sont dÃ©Â­sormais parfaitement envisageables Ã  court terme. Une granÂ­de puissance extÃ©rieure est capaÂ­ble de manipuler des &quot;rÃ©Â­seaux&quot; terroristes au sein mÃªme de nos mÃ©tropoles et de dÃ©Â­stabiliser ainsi l'Europe pendant longtemps.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Notre situation n'est donc pas rose. Sur les plans historique et gÃ©opolitique, notre situation Ã©quivaut Ã  celle que nous avions Ã  la fin du 15iÃ¨me siÃ¨cle, oÃ¹ nous Ã©tions coincÃ©s entre l'Atlantique, res nullius, mais ouvert sur sa frange orientale par les Portugais en quÃªte d'une route vers les Indes en conÂ­Â­tournant l'Afrique, et l'Arctique, Ã©tendue maritime glaÂ­ciaire an-Ã©coumÃ©nique, sans accÃ¨s direct Ã  des richesses comÂ­me la soie ou les Ã©pices.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1941, les Etats-Unis Ã©tenÂ­dent leurs eaux territoriales Ã  plus de la moitiÃ© de la surÂ­faÂ­ce maritime de l'Atlantique Nord, confisquent Ã  l'Europe son poumon ocÃ©anique, si bien qu'il n'est plus possible de maÂ­nÅ“uvrer sur l'Atlantique, d'une faÃ§on ou d'une autre, pour rÃ©Ã©diter l'exploit des Portugais du 15iÃ¨me siÃ¨cle.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Les conditions&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;du dÃ©veloppement europÃ©en&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;En rÃ©sumÃ©, l'Europe a le vent en poupe, est un continent viaÂ­ble, capable de se dÃ©velopper, si:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š si elle a un accÃ¨s direct Ã  l'Egypte, comme l'avait trÃ¨s bien vu Bonaparte en 1798-99;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š si elle a un accÃ¨s direct Ã  la MÃ©sopotamie, ou du moins au Croissant Fertile, comme l'avait trÃ¨s bien vu Urbain II, quand il prÃªchait les Croisades en bon gÃ©opolitologue avant la lettre; les tractations entre FrÃ©dÃ©ric II de Hohenstaufen et Saladin visent un modus vivendi, sans fermeture aux voies de communications passant par la MÃ©sopotamie (CaÂ­lifat de Bagdad); la Question d'Orient, Ã  l'aube du 20iÃ¨me siÃ¨cÂ­le, illustre trÃ¨s clairement cette nÃ©cessitÃ© (gÃ©o)Â­poÂ­litiÂ­que et la Guerre du Golfe de janvier-fÃ©vrier 1991 constitue une action amÃ©ricaine, visant Ã  neutraliser l'espace du CroisÂ­sant Fertile et surtout Ã  le soustraire Ã  toute influence europÃ©enne et russe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š si la route vers les Indes (terrestre et maritime) reste liÂ­bre; tant qu'il y aura occupation pakistanaise du Jammu et meÂ­naces islamistes dans le Cachemire, la route terrestre vers l'Inde n'existera pas).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;L'Ã©popÃ©e des Proto-Iraniens&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rappelons ici que la majeure partie des poussÃ©es europÃ©enÂ­nes durant la proto-histoire, l'antiquitÃ© et le moyen Ã¢ge se sont faites en direction de l'Asie centrale et des Indes, dÃ¨s 1600 av. J. C., avec l'avancÃ©e des tribus proto-iraniennes dans la zone au Nord de la ligne Caspienne - Mer d'Aral - Lac Balkhach, puis, par un mouvement tournant, en direcÂ­tion des hauts plateaux iraniens, pour arriver en lisiÃ¨re de la MÃ©sopotamie et contourner le Caucase par le Sud. La PerÂ­Â­se avestique et post-avestique est une puissance euroÂ­pÃ©enÂ­ne, on a trop tendance Ã  l'oublier, Ã  cause d'un maniÂ­chÃ©isme sans fondement, opposant un &quot;Occident&quot; grec-athÃ©Â­nien (thalassocratique et politicien) Ã  un &quot;Orient&quot; perse (chevaleresque et impÃ©rial), auquel on prÃªte des tares fanÂ­tasmagoriques.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Quoi qu'il en soit, l'Å“uvre d'Alexandre le Grand, macÃ©Â­doÂ­nien et impÃ©rial plutÃ´t que grec au sens athÃ©nien du terme, vise Ã  unir le centre de l'Europe (via la partie macÃ©doÂ­nienÂ­ne des Balkans) au bassin de l'Indus, dans une logique qu'on peut qualifier d'hÃ©ritiÃ¨re de la geste proto-historique des ProÂ­to-Iraniens. L'opposition entre Rome et la Perse est une lutte entre deux impÃ©rialitÃ©s europÃ©ennes, oÃ¹, Ã  la charÂ­niÃ¨Â­re de leurs territoires respectifs, dont les frontiÃ¨res sont mouvantes, se situait un royaume fascinant, l'ArmÃ©nie. Ce roÂ­yaume a toujours Ã©tÃ© capable de rÃ©sister farouchement, tantÃ´t aux Romains, tantÃ´t aux Perses, plus tard aux Arabes et aux Seldjoukides, grÃ¢ce Ã  un systÃ¨me d'organisation poÂ­litique basÃ© sur une chevalerie bien entraÃ®nÃ©e, mue par des principes spirituels forts. Cette notion de chevalerie spiriÂ­tuelÂ­le vient du zoroastrisme, a inspirÃ© les cataphractaires sarÂ­mates, les cavaliers alains et probablement les WisiÂ­goths, a Ã©tÃ© islamisÃ©e en Perse (la fotowwah), christianisÃ©e en ArmÃ©nie, et lÃ©guÃ©e par les chevaliers armÃ©niens aux cheÂ­Â­valiers europÃ©ens. L'ordre ottoman des Janissaires en a Ã©tÃ© une imitation et doit donc aussi nous servir de modÃ¨le (cf. ce qu'en disait Ogier Ghiselin de Busbecq, l'ambasÂ­saÂ­deur de Charles-Quint auprÃ¨s du Sultan Ã  Constantinople; le texte figure dans GÃ©rard Chaliand, Anthologieâ€¦, op. cit.).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Des Croisades Ã  EugÃ¨ne de Savoie&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et Ã  Souvorov&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Dans cette optique d'une histoire lue Ã  l'aune des constats de la gÃ©opolitique, les Croisades prennent tout naturelleÂ­ment le relais de la campagne d'Othon I contre les Magyars, vaincus en 955, qui se soumettent Ã  la notion romaine-gerÂ­manique de l'Empire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ces campagnes de l'Empereur salien, de souche saxonne, sont les premiÃ¨res pÃ©ripÃ©ties de l'affirÂ­maÂ­tion europÃ©enne. AprÃ¨s les Croisades et la chute de ByÂ­zanÂ­ce, la reconquista europÃ©enne se dÃ©roule en trois actes: en Espagne, les troupes d'Aragon et de Castille libÃ¨rent l'Andalousie en 1492; une cinquantaine d'annÃ©es plus tard, les troupes russes s'Ã©branlent pour reprendre le cours enÂ­tier de la Volga, pour dÃ©bouler sur les rives septentrionales de la Caspienne et mater les Tatars; il faudra encore plus d'un siÃ¨cle et demi pour que le vÃ©ritable sauveur de l'EuroÂ­pe, le Prince EugÃ¨ne de Savoie-Carignan, accumule les vicÂ­toires militaires, pour empÃªcher dÃ©finitivement les OttoÂ­mans de revenir encore en Hongrie, en Transylvanie et en AuÂ­triche. Quelques dÃ©cennies plus tard, les troupes de CaÂ­therine II, de Potemkine et de Souvorov libÃ¨rent la CrimÃ©e. Cet appel de l'histoire doit nous remÃ©morer les grands axes d'action qu'il convient de ne pas oublier aujourd'hui. Ils sont restÃ©s les mÃªmes. Tous ceux qui ont agi ou agiront dans ce sens sont des EuropÃ©ens dignes de ce nom. Tous ceux qui ont agi dans un sens inverse de ces axes sont d'abjects traÃ®Â­tres. VoilÃ  qui doit Ãªtre clair. Limpide. VoilÃ  des principes qui ne peuvent Ãªtre contredits.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Regards nouveaux&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;sur la deuxiÃ¨me guerre mondiale&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour terminer, nous ramÃ¨nerons ces principes historiques et gÃ©opolitiques Ã  une rÃ©alitÃ© encore fort proche de la nÃ´Â­tre, soit les Ã©vÃ©nements de la seconde guerre mondiale, prÃ©Â­ludes Ã  la division de l'Europe en deux blocs pendant la guerre froide. GÃ©nÃ©ralement, le cinÃ©ma et l'historiograÂ­phie, le discours mÃ©diatique, Ã©voquent des batailles specÂ­taÂ­culaires, comme Stalingrad, la Normandie, les Ardennes, Monte Cassino, ou en montent de moins importantes en Ã©pingle, sans jamais Ã©voquer les fronts pÃ©riphÃ©riques oÃ¹ tout s'est vÃ©ritablement jouÃ©. Or ces fronts pÃ©riphÃ©riques se situaient tous dans les zones de turbulences actuelles, Afghanistan exceptÃ©. Soit sur la ligne Caspienne - Iran (cheÂ­mins de fer) - Caspienne, dans le Caucase ou sur la Volga (qui se jette dans la Caspienne) (cf. George Gretton, Â«L'aiÂ­de alliÃ©e Ã  la RussieÂ», in Historia Magazine, nÂ°38, 1968).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Britanniques et leurs alliÃ©s amÃ©ricains ont gagnÃ© la seÂ­conde guerre mondiale entre mai et septembre 1941. DÃ©fiÂ­nitivement. Sans aucune autre issue possible. En mai 1941, les troupes britanniques venues d'Inde et de Palestine (cf. :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;H. Stafford Northcote, Â«RÃ©volte de Rachid Ali - La route du pÃ©Â­Â­trole passait par BagdadÂ», in Historia Magazine, nÂ°20, 1968; Luis de la Torre, Â«1941: les opÃ©rations militaires au ProÂ­che-OrientÂ», in : Vouloir, nÂ°73/75, printemps 1991;&amp;nbsp; MarÂ­zio PiÂ­saÂ­ni, Â«Irak 1941: la rÃ©volte de Rachid Ali contre les BritanÂ­niÂ­quesÂ», in : Partisan, nÂ°16, novembre 1990) enÂ­vaÂ­hissent l'IÂ­rak de Rachid Ali (cf. : Prof. Franz W. Seidler, Die KollaÂ­boÂ­ration 1939-1945, Herbig, MÃ¼nchen, 1995), qui souÂ­haitait se rapprocher de l'Axe. Les Britanniques dispoÂ­sent alors d'une base opÃ©rationnelle importante, bien Ã  l'arÂ­riÃ¨re du front et Ã  l'abri des forces aÃ©riennes allemandes et itaÂ­Â­lienÂ­nes, pour alimenter leurs troupes d'Egypte et de LiÂ­bye. En juin et juillet 1941, les opÃ©rations contre les trouÂ­pes de la France de Vichy au Liban et en Syrie parachÃ¨vent la maÃ®Â­trise du Proche-Orient (cf.: GÃ©nÃ©ral Saint-Hillier, Â«La camÂ­pagne de SyrieÂ», in: Historia Magazine, nÂ°20, 1968; JacÂ­ques Mordal, Â«les opÃ©rations aÃ©ronavales en SyrieÂ», iÂ­bid.). Au cours des mois d'aoÃ»t et de sepÂ­temÂ­bre 1941, l'Iran est occupÃ© conjointement par des trouÂ­pes anglaises et soÂ­viÃ©Â­tiques, tandis que des Ã©quipes d'ingÃ©Â­nieurs amÃ©ricains rÃ©Â­orÂ­ganisent les chemins de fer iraniens du Golfe Ã  la CaÂ­spienne, ce qui a permis de fournir, au dÃ©Â­part des Indes, du maÂ­tÃ©riel militaire amÃ©ricain Ã  Staline, en remontant, Ã  parÂ­tir de la Caspienne, le cours de la Volga (notons que les SoÂ­viÃ©Â­tiques, en vertu des rÃ¨gles codifiÃ©es par Lea en 1912 â€”cf. supraâ€”&amp;nbsp; n'ont pas Ã©tÃ© autorisÃ©s Ã  deÂ­meurer Ã  TÃ©hÃ©ran, mais ont dÃ» se replier sur Kasvin).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Axe n'a pas pu prendre pied Ã  Chypre et la Turquie a conÂ­servÃ© sa neutralitÃ© &quot;Ã©goÃ¯ste&quot; comme le disait le ministre MeÂ­neÂ­mencioglu (Prof. Franz W. Seidler, Die Kollaboration 1939-1945, Herbig, MÃ¼nchen, 1995); par consÃ©quent, cet esÂ­pace proche-oriental, au Sud-Est de l'Europe, a permis une reconquista des territoires europÃ©ens conquis par l'Axe, en prenant les anciens territoires assyrien et perse comme base, en encerclant l'Europe selon des axes de pÃ©nÃ©tration imitÃ©s des nomades de la steppe (de la Volga Ã  travers l'UÂ­kraine) et des cavaliers arabes (de l'Egypte Ã  la Tunisie conÂ­tre Rommel). Les opÃ©rations soviÃ©tiques dans le Caucase, grÃ¢Â­ce au matÃ©riel amÃ©ricain transitant par l'Iran, ont pu dÃ¨s l'auÂ­tomne 1942, sceller le sort des troupes allemandes arÂ­riÂ­vÃ©es Ã  Stalingrad et prÃªtes Ã  couper l'artÃ¨re qu'est la Volga. Les rÃ©sidus des troupes soviÃ©tiques acculÃ©es aux contreforts septentrionaux du Caucase peuvent rÃ©sister grÃ¢ce au corÂ­don ombilical iranien. De mÃªme, les troupes allemandes ne peuvent atteindre Touapse et la cÃ´te de la Mer Noire au Sud de Novorossisk et sont repoussÃ©es en janvier 1943, juste avant la chute de Stalingrad (cf. : Barrie and Frances Pitt, The Month-By-Month Atlas of World War II, Summit Books, New York/London, 1989). Le sort de l'Europe tout enÂ­tiÃ¨re, au 20iÃ¨me siÃ¨cle, s'est jouÃ© lÃ , et se joue lÃ , enÂ­coÂ­re aujourd'hui. Une vÃ©ritÃ© historique qu'il ne faut pas oublier, mÃªme si les mÃ©dias sont trÃ¨s discrets sur ces Ã©Â­pisodes cruciaux de la seconde guerre mondiale.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;De l'aveuglement historique&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'&quot;oubli&quot; des opÃ©rations au Proche-Orient en 1941 et dans le Caucase en automne 1942 et en janvier 1943 profite d'une certaine forme d'occidentalisme, de dÃ©sintÃ©rÃªt pour l'hisÂ­toiÂ­re de tout ce qui se trouve Ã  l'Est du Rhin, Ã  fortiori Ã  l'Est de la Mer Noire. Cet occidentalisme est une tare rÃ©Â­dhiÂ­biÂ­toire pour toutes les puissances, trop dÃ©pendantes d'une opinion publique mal informÃ©e, qui se situent Ã  l'Ouest du Rhin. L'atlantisme n'est pas seulement un engouement imÂ­bÃ©cile pour tout ce qui est amÃ©ricain, il est aussi et surtout un aveuglÃ©ment historique, dont nous subissons de plein fouet les consÃ©quences dÃ©sastreuses aujourd'hui.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;En effet, l'Europe actuelle a perdu la guerre, bien plus cruelÂ­lement que le Reich hitlÃ©rien en 1945. Jugeons-en:&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;â—Š L'Atlantique est verrouillÃ© (ce qui rÃ©duit Ã  nÃ©ant les efÂ­forts de Louis XVI, dont la flotte, commandÃ©e par La PÃ©rouÂ­se, avait ouvert cet ocÃ©an au binÃ´me franco-impÃ©rial).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š La MÃ©diterranÃ©e orientale est verrouillÃ©e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š La Mer Noire est Ã©galement verrouillÃ©e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š La voie continentale vers l'Inde est verrouillÃ©e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š La &quot;Route de la Soie&quot; est verrouillÃ©e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;â—Š Nous vivons dans le risque permanent de la guerre civile et du terrorisme.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La renaissance europÃ©enne, que nous appelons tous de nos vÅ“ux, passe par une prise de conscience des enjeux rÃ©els de la planÃ¨te, par une connaissance approfondie des manÅ“uvres systÃ©matiquement rÃ©pÃ©tÃ©es des ennemis de notre Europe. C'est ce que j'ai tentÃ© d'expliquer dans cet exposÃ©. Il faut savoir que nos ennemis ont la mÃ©moiÂ­re longue, que c'est leur atout majeur. Il faut leur oppoÂ­ser notre propre &quot;longue mÃ©moire&quot; dans la guerre cogniÂ­tiÂ­ve future. Autre principe mÃ©thodologique : l'histoire n'est pas une succession de sÃ©quences, coupÃ©es les unes des autres, mais un tout global, dans lequel il est imposÂ­sible d'opÃ©rer des coupures.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Robert STEUCKERS,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;DerniÃ¨re version : fÃ©vrier 2002.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Note:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;/1/ A cette Ã©poque, l'Angleterre Ã©tait alliÃ©e Ã  la France pour dÃ©Â­truire les Provinces-Unies des Pays-Bas, alliÃ©es au Brandebourg (la fuÂ­Â­ture Prusse), Ã  l'Espagne (pourtant son ennemie hÃ©rÃ©ditaire), au Saint Empire et Ã  la Lorraine. Les troupes d'invasion franÃ§aises, bloÂ­quÃ©es par l'ouverture des digues, sont chassÃ©es des Provinces-Unies en 1673. Avec l'alliance suÃ©doise, les FranÃ§ais retournent toutefois la situation Ã  leur avantage entre 1674 et 1678, ce qui dÃ©bouche sur le TraitÃ© de NimÃ¨gue, qui arrache au Saint Empire de nombreux terÂ­ritoires en Flandre et dans le Hainaut. Cet Ã©pisode est Ã  retenir car les puissances anti-europÃ©ennes, la France, l'Angleterre, la SuÃ¨de et l'EmÂ­pire ottoman se sont retrouvÃ©s face Ã  une coalition impÃ©riale, reÂ­Â­groupant puissances protestantes et catholiques. Les unes et les auÂ­Â­tres acceptaient, enfin, de sauter au-dessus du faux clivage reliÂ­gieux, responsable du dÃ©sastre de la guerre de Trente Ans (comme l'aÂ­vait trÃ¨s bien vu Wallenstein, avant de finir assassinÃ©, sous les coups d'un zÃ©lote catholique). Cette alliance nÃ©faste, d'abord diriÂ­gÃ©e contre la Hollande, a empÃªchÃ© l'Ã©closion de l'Europe et explique les menÃ©es anti-europÃ©ennes plus rÃ©centes de ces mÃªmes puissanÂ­ces, SuÃ¨de exceptÃ©e.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Ratatosk</name>
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        <title>Afghanistan: une guerre de 210 ans!</title>
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        <updated>2008-06-22T00:15:00+02:00</updated>
        <published>2008-06-22T00:15:00+02:00</published>
        <summary>        Afghanistan : une guerre programmÃ©e depuis 210 ans     &amp;nbsp;...</summary>
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           &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://euro-synergies.hautetfort.com/media/02/01/1771411330.jpg&quot; alt=&quot;2140265826.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1035605&quot; name=&quot;media-1035605&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Afghanistan : une guerre programmÃ©e depuis 210 ans&lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;ConfÃ©rence prononcÃ©e par Robert Steuckers le 24 novembre 2001 Ã  la tribune du &quot;Cercle HermÃ¨s&quot; de Metz, Ã  la tribune du MNJ le 26 janvier 2002 et Ã  la tribune commune de &quot;Terre &amp;amp; Peuple&quot;-Wallonie et de &quot;Synergies EuropÃ©ennes&quot;-Bruxelles le 21 fÃ©vrier 2002&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Depuis que les troupes amÃ©ricaines et occidentales ont dÃ©Â­barquÃ© en Afghanistan, dans le cadre de la guerre anti-terÂ­roÂ­ristes dÃ©crÃ©tÃ©e par Bush Ã  la suite des attentats du 11 sepÂ­tembre 2001, un regard sur l'histoire de l'Afghanistan au cours de ces deux derniers siÃ¨cles s'avÃ¨re impÃ©ratif; de mÃªÂ­me, joindre ce regard Ã  une perspective plus vaste, engloÂ­bant les thÃ©Ã¢tres et les dynamiques pÃ©riphÃ©riques, permetÂ­trait de juger plus prÃ©cisÃ©ment, Ã  l'aune de l'histoire, les maÂ­nÅ“uvres amÃ©ricaines en cours. Il nous induit Ã  constater que cette guerre dure en fait depuis au moins 210 ans. PourÂ­quoi ce chiffre de 210 ans? Parce que les principes, qui la guident, ont Ã©tÃ© consignÃ©s dans un mÃ©morandum anglais en 1791, mÃ©morandum qui n'a pas perdu de sa validitÃ© dans les stratÃ©gies appliquÃ©es de nos jours par les puissances maÂ­Â­ritimes. Seule l'amnÃ©sie historique, qui est le lot de l'EuÂ­rope actuelle, qui nous est imposÃ©e par des politiques aberÂ­rantes de l'enseignement, qui est le produit du refus d'enÂ­seiÂ­Â­gner l'histoire correctement, explique que la teneur de ce mÃ©morandum n'est pas inscrite dans la tÃªte des diploÂ­maÂ­tes et des fonctionnaires europÃ©ens. Ils en ignorent gÃ©nÃ©raÂ­leÂ­ment le contenu et sont, de ce fait, condamnÃ©s Ã  ignorer le moteur de la dynamique Ã  l'Å“uvre aujourd'hui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Louis XVI : l'homme Ã  abattre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Quel est le contexte qui a conduit Ã  la rÃ©daction de ce fameux mÃ©morandum? La date clef qui explique le pourquoi de sa rÃ©daction est 1783. En cette annÃ©e-lÃ , Ã  l'Est, les arÂ­mÃ©es de Catherine de Russie prennent la CrimÃ©e et le port de SÃ©bastopol, grÃ¢ce Ã  la stratÃ©gie Ã©laborÃ©e par le Ministre Potemkine et le MarÃ©chal Souvorov (cf. : GÃ©rard Chaliand, Anthologie mondiale de la stratÃ©gie - Des origiÂ­nes au nuÂ­clÃ©aire, Laffont, coll. &quot;Bouquins&quot;, 1990). A partir de cette annÃ©e 1783, la CrimÃ©e devient entiÃ¨rement russe et, plus tard, Ã  la suite du TraitÃ© de Jassy en 1792, il n'y aura plus aucune troupe ottomane sur la rive septentrionale de la Mer Noire. A l'Ouest, en 1783, la Marine Royale franÃ§aise Ã©crase la Royal Navy anglaise Ã  Yorktown, face aux cÃ´tes amÃ©ricaines. La flotte de Louis XVI, bien Ã©quipÃ©e et bien commandÃ©e, rÃ©organisÃ©e selon des critÃ¨res de rÃ©elle efÂ­fiÂ­cacitÃ©, domine l'Atlantique. Son action en faveur des insurÂ­gÃ©s amÃ©ricains a pour rÃ©sultat politique de dÃ©tacher les treize colonies rebelles de la Couronne anglaise. A partir de ce moment-lÃ , le sort de l'artisan intelligent de cette vicÂ­toire, le Roi Louis XVI, est scellÃ©. Il devient l'homme Ã  aÂ­battre. Exactement comme Saddam Hussein ou Milosevic auÂ­jourd'hui. Paul et Pierrette Girault de Coursac, dans GuerÂ­res d'AmÃ©rique et libertÃ©s des mers (cf. infra), ont dÃ©Â­crit avec une minutie toute scientifique les mÃ©canismes du complot vengeur de l'Angleterre contre le Roi de France qui a dÃ©veloppÃ© une politique intelligente, dont les deux piliers sont 1) la paix sur le continent, concrÃ©tisÃ©e par l'alliance avec l'Empire autrichien, dÃ©positaire de la lÃ©gitimitÃ© impÃ©Â­riale romano-germanique, et 2) la construction d'une flotte appelÃ©e Ã  dominer les ocÃ©ans (Ã  ce propos, se rappeler des expÃ©ditions de La PÃ©rouse; cf. Yves Cazaux, Dans le sillage de Bougainville et de LapÃ©rouse, Albin Michel, 1995).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Angleterre de la fin du 18iÃ¨me siÃ¨cle, battue Ã  Yorktown, meÂ­nacÃ©e par les Russes en MÃ©diterranÃ©e orientale, va vouÂ­loir inverser la vapeur et conserver le monopole des mers. Elle commence par lancer un dÃ©bat de nature juridique: la mer est-elle res nullius ou res omnius, une chose n'apparÂ­teÂ­nant Ã  personne, ou une chose appartenant Ã  tous? Si elle est res nullius, on peut la prendre et la faire sienne; si elle est res omnius, on ne peut prÃ©tendre au monopole et il faut la partager avec les autres puissances. L'Angleterre va Ã©videmment arguer que la mer est res nullius. Sur terre, l'AnÂ­gleterre continue Ã  appliquer sa politique habituelle, mise au point au 17iÃ¨me siÃ¨cle, celle de la &quot;Balance of PoÂ­wers&quot;, de l'Ã©quilibre des puissances. En quoi cela consiste-t-il? A s'allier Ã  la seconde puissance pour abattre la preÂ­miÃ¨Â­re. En 1783, cette pratique pose problÃ¨me car il y a dÃ©sorÂ­mais alliance de facto entre la France et l'Autriche: on ne peut plus les opposer l'une Ã  l'autre comme au temps de la GuerÂ­re de Succession d'Espagne. C'est d'ailleurs la premiÃ¨re fois depuis l'alliance calamiteuse entre FranÃ§ois I et le SulÂ­tan turc que les deux pays marchent de concert. Depuis le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, il est donc impossible d'opposer les deux puissanÂ­ces traditionnellement ennemies du continent. Cette union continentale ne laisse rien augurer de bon pour les Anglais, car, profitant de la paix avec la France, Joseph II, EmpeÂ­reur germanique, frÃ¨re de Marie-Antoinette, veut exploiter sa faÃ§ade maritime en Mer du Nord, dÃ©gager l'Escaut de l'Ã©Â­tau hollandais et rouvrir le port d'Anvers. Joseph II s'inspire des projets formulÃ©s quasiment un siÃ¨cle plus tÃ´t par le Comte de Bouchoven de Bergeyck, soucieux de dÃ©velopper la Compagnie d'Ostende, avec l'aide du gouverneur espaÂ­gnol des Pays-Bas, Maximilien-Emmanuel de BaviÃ¨re. La tenÂ­tative de Joseph II de forcer le barrage hollandais sur l'Escaut se termine en tragi-comÃ©die: un canon hollandais tire un bouÂ­let qui atterrit au fond de la marmite des cuiÂ­siÂ­nes du baÂ­teau impÃ©rial. On parlera de &quot;Guerre de la MarÂ­miÂ­te&quot;. L'EsÂ­caut reste fermÃ©. L'Angleterre respire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Organiser la rÃ©volution&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et le chaos en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Comme cette politique de &quot;Balance of Powers&quot; s'avÃ¨re imÂ­possible vu l'alliance de Joseph II et de Louis XVI, une nouÂ­velle stratÃ©gie est mise au point: organiser une rÃ©volution en France, qui dÃ©bouchera sur une guerre civile et affaiÂ­blira le pays, l'empÃªchant du mÃªme coup de financer sa poÂ­litique maritime et de poursuivre son dÃ©veloppement inÂ­dustriel. En 1789, cette rÃ©volution, fomentÃ©e depuis LonÂ­dres, Ã©clate et prÃ©cipite la France dans le dÃ©sastre. Olivier Blanc, Paul et Pierrette Girault de Coursac sont les hisÂ­toÂ­riens qui ont explicitÃ© en dÃ©tail les mÃ©canismes de ce proÂ­cessus (cf. : Olivier Blanc, Les hommes de Londres - HisÂ­toire secrÃ¨te de la Terreur, Albin Michel, 1989; Paul et PierÂ­rette Girault de Coursac, Guerre d'AmÃ©rique et libertÃ© des mers 1718-1783, F.X. de Guibert/O.E.I.L., Paris, 1991). En 1791, les Anglais obtiennent indirectement ce qu'ils veuÂ­lent : la RÃ©publique nÃ©glige la marine, ne lui vote plus de crÃ©dits suffisants, pour faire la guerre sur le conÂ­tiÂ­nent et romÂ­pre, par voie de consÃ©quence, l'harmonie franÂ­co-impÃ©Â­riale, prÃ©lude Ã  une unitÃ© diplomatique europÃ©enne sur tous les thÃ©Ã¢tres de conflit, qui avait rÃ©gnÃ© dans les vingt anÂ­nÃ©es prÃ©cÃ©dant la rÃ©volution franÃ§aise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Trois stratÃ©gies Ã  suivre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;A Londres, on pense que la France, agitÃ©e par des avocats convulsionnaires, est plongÃ©e pour longtemps dans le maÂ­rasÂ­me et la discorde civile. Reste la Russie Ã  Ã©liminer. Un mÃ©morandum anonyme est remis, la mÃªme annÃ©e, Ã  Pitt; il s'intitule &quot;Russian Armament&quot; et contient toutes les recetÂ­tes simples et efficaces pour abattre la seconde menace, nÃ©e, elle aussi, en 1783, qui pÃ¨se sur la domination potenÂ­tielle des mers par l'Angleterre. Ce mÃ©morandum contient en fait trois stratÃ©gies Ã  suivre Ã  tout moment : 1) Contenir la Russie sur la rive nord de la Mer Noire et l'empÃªcher de faire de la CrimÃ©e une base maritime capable de porter la puissance navale russe en direction du Bosphore et au-delÃ ; cette stratÃ©gie est appliquÃ©e aujourd'hui, par l'alliance turco-amÃ©ricaine et par les tentatives de satelliser la GÃ©orÂ­gie de Chevarnadze. 2) S'allier Ã  la Turquie, fort affaiblie deÂ­puis les coups trÃ¨s durs que lui avait portÃ©s le Prince EuÂ­gÃ¨ne de Savoie entre 1683 et 1719. La Turquie, incapable dÃ©Â­sormais de dÃ©velopper une dynamique propre, devait deÂ­venir, pour le bÃ©nÃ©fice de l'Angleterre, un verrou infranÂ­chissable pour la flotte russe de la Mer Noire. La Turquie n'est donc plus un &quot;rouleau compresseur&quot; Ã  utiliser pour dÃ©Â­truire le Saint Empire, comme le voulait FranÃ§ois I; ni ne peut constituer un &quot;tremplin&quot; vers la MÃ©diterranÃ©e orientaÂ­le et vers l'OcÃ©an Indien, pour une puissance continentale qui serait soit la Russie, si elle parvenait Ã  porter ses forces en avant vers les DÃ©troits (vieux rÃªve depuis que l'infortuÂ­nÃ©e Ã©pouse du Basileus, tombÃ© l'Ã©pÃ©e Ã  la main Ã  ConstanÂ­tinople en 1453 face aux Ottomans, avait demandÃ© aux RusÂ­ses de devenir la &quot;TroisiÃ¨me Rome&quot; et de prendre le reÂ­lais de la dÃ©funte Byzance); soit l'Autriche si elle avait pu consolider sa puissance au cours du 19iÃ¨me siÃ¨cle; soit l'AlleÂ­magne de Guillaume II, qui, par l'alliance effective qu'elle scelle avec la Sublime Porte, voulait faire du territoire turÂ­co-anatolien et de son prolongement mÃ©sopotamien un &quot;tremÂ­plin&quot; du cÅ“ur de l'Europe vers le Golfe Persique et, parÂ­tant, vers l'OcÃ©an Indien (ce qui suscita la fameuse &quot;QuesÂ­tion d'Orient&quot; et constitua le motif principal de la PreÂ­miÃ¨re Guerre Mondiale; rappelons que la &quot;Question d'OÂ­rient&quot; englobait autant les Balkans que la MÃ©sopotamie, les deux principaux thÃ©Ã¢tres de conflit Ã  nos portes; les deux zoÂ­nes sont Ã©troitement liÃ©es sur le plan gÃ©opolitique et gÃ©oÂ­stratÃ©gique). 3) Eloigner toutes les puissances euroÂ­pÃ©ennes de la MÃ©diterranÃ©e orientale, afin qu'elles ne puisÂ­sent s'emparer ni de Chypre ni de la Palestine ni de l'isthme Ã©gyptien, oÃ¹ l'on envisage dÃ©jÃ  de creuser un canal en diÂ­rection de la Mer Rouge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;La rÃ©ouverture de l'Escaut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1793, la situation a cependant complÃ¨tement changÃ© en France. La RÃ©publique ne s'enlise pas dans les discussions stÃ©riles et la dissension civile, mais tombe dans la Terreur, oÃ¹ les sans-culottes jouent un rÃ´le Ã©quivalent Ã  celui des talibans aujourd'hui. En 1794, aprÃ¨s la bataille de Fleurus remportÃ©e par Jourdan le 25 juin, les armÃ©es rÃ©volutionÂ­naiÂ­res franÃ§aises s'emparent dÃ©finitivement des Pays-Bas auÂ­triÂ­chiens, prennent, avec Pichegru, le Brabant et le port d'AnÂ­vers, de mÃªme que le Rhin, de Coblence â€”ville prise par Jourdan en mÃªme temps que Cologneâ€” Ã  son embouÂ­chure dans la Mer du Nord. Ils rÃ©ouvrent l'Escaut Ã  la naÂ­viÂ­gation et entrent en Hollande. Le delta des trois fleuves (EsÂ­caut / Meuse / Rhin), qui fait face aux cÃ´tes anglaises et Ã  l'estuaire de la Tamise, se trouve dÃ©sormais aux mains d'une puissance de grande profondeur stratÃ©gique (l'HexaÂ­goÂ­ne). La situation nouvelle, aprÃ¨s les soubresauts chaotiÂ­ques de la rÃ©volution, est extrÃªmement dangereuse pour l'AnÂ­gleterre, qui se souvient que les corsaires hollandais, sous la conduite de l'Amiral de Ruyter, avaient battu trois fois la flotte anglaise et remontÃ© l'estuaire de la Tamise pour incendier Londres (1672-73) (1). En partant d'Anvers, il faut une nuit pour atteindre l'estuaire de la Tamise, ce qui ne laisse pas le temps aux Anglais de rÃ©agir, de se porÂ­ter en avant pour dÃ©truire la flotte ennemie au milieu de la Mer du Nord: d'oÃ¹ leur politique systÃ©matique de dÃ©tacher les pays du BÃ©nÃ©lux et le Danemark de l'influence franÃ§aise ou allemande, et d'empÃªcher une fusion des Pays-Bas sepÂ­tenÂ­trionaux et mÃ©ridionaux, car ceux-ci, unis, s'avÃ¨reraient raÂ­pidement trop puissants, vu l'union de la sidÃ©rurgie et du charbon wallons Ã  la flotte hollandaise (a fortiori quand un empire colonial est en train de se constituer en IndonÃ©sie, Ã  la charniÃ¨re des ocÃ©ans Pacifique et Indien).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lord Castlereagh proposa Ã  Vienne en 1815 la consolidation et la satellisation du Danemark pour verrouiller la Baltique et fermer la Mer du Nord aux Russes, la crÃ©ation du RoÂ­yauÂ­me-Uni des Pays-Bas (car on ne perÃ§oit pas encore sa puisÂ­sance potentielle et on ne prÃ©voit pas sa future prÃ©Â­sence en IndonÃ©sie), la crÃ©ation du PiÃ©mont-Sardaigne, Etat-tamÂ­pon entre la France et l'Autriche, et marionnette de l'AnÂ­gleterre en MÃ©diterranÃ©e occidentale; Homer Lea thÃ©oÂ­riÂ­sera cette politique danoise et nÃ©erlandaise de l'Angleterre en 1912 (cf. infra) en l'explicitant par une cartographie trÃ¨s claire, qui reste Ã  l'ordre du jour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nelson : Aboukir et Trafalgar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les victoires de la nouvelle rÃ©publique, fortifiÃ©es Ã  la suite d'une terreur bestiale, sanguinaire et abjecte, notamment en VendÃ©e, provoquent un retournement d'alliance: d'instiÂ­gatrice des menÃ©es &quot;dissensionnistes&quot; de la rÃ©volution, l'AnÂ­gleÂ­terre devient son ennemie implacable et s'allie aux adÂ­verÂ­saires prussiens et autrichiens de la rÃ©volution (stratÃ©gie mise au point par Castlereagh, sur ordre de Pitt). RÃ©sultat : un espace de chaos Ã©merge entre Seine et Rhin. Dans les anÂ­nÃ©es 1798-99, Nelson va successivement chasser la maÂ­riÂ­ne franÃ§aise de la MÃ©diterranÃ©e, car elle est affaiblie par les mesures de restriction votÃ©es par les assemblÃ©es rÃ©voÂ­luÂ­tionnaires irresponsables, alors que l'Angleterre avait larÂ­geÂ­ment profitÃ© du chaos rÃ©volutionnaire franÃ§ais pour conÂ­soÂ­liÂ­der sa flotte. Par la bataille d'Aboukir, Nelson isole l'armÃ©e de Bonaparte en Egypte, puis, les Anglais, avec l'aide des Turcs et en mettant au point des techniques de dÃ©barÂ­queÂ­ment, finissent par chasser les FranÃ§ais du bassin oriental de la MÃ©diterranÃ©e; Ã  Trafalgar, Nelson confisque aux FranÂ­Ã§ais la maÃ®trise de la MÃ©diterranÃ©e occidentale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;GÃ©ostratÃ©giquement, notre continent, Ã  la suite de ces deux batailles navales, est encerclÃ© par le Sud, grÃ¢ce Ã  la triÂ­ple alliance tacite de la flotte anglaise, de l'Empire ottoÂ­man et de la Perse. La thalassocratie joue Ã  fond la carte turco-islamique pour empÃªcher la structuration de l'Europe continentale: une carte que Londres joue encore aujourÂ­d'hui. Dans l'immÃ©diat, Bonaparte abandonne Ã  regret toute visÃ©e sur l'Egypte, tout en concoctant des plans de retour jusÂ­qu'en 1808. Par la force des choses, sa politique devient strictement continentale; car, s'il avait parfaitement comÂ­pris l'importance de l'Egypte, position clef sur la route des Indes, et s'il avait pleine conscience de l'atout qu'Ã©taient les Indes pour les Anglais, il ne s'est pas rendu compte que la maÃ®trise de la mer implique ipso facto une domination du continent, lequel, sans la possibilitÃ© de se porter vers le larÂ­ge, est condamnÃ© Ã  un lent Ã©touffement. La prÃ©sence d'esÂ­cadres suffisamment armÃ©es en MÃ©diterranÃ©e ne renÂ­dait pas la conquÃªte militaire â€”coÃ»teuseâ€”&amp;nbsp; du territoire Ã©Â­gyptien obligatoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dialectique Terre/Mer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Depuis cette Ã©poque napolÃ©onienne, notre pensÃ©e politiÂ­que, sur le continent, devient effectivement, pour l'essenÂ­tiel, une pensÃ©e de la Terre, comme l'attestent bon nombre de textes de la premiÃ¨re dÃ©cennie du 19iÃ¨me siÃ¨cle, les Ã©Â­crits de Carl Schmitt et ceux de Rudolf Pannwitz (cf. : RoÂ­bert Steuckers, Â«Rudolf Pannwitz : &quot;Mort de la Terre&quot;, ImÂ­perium EuropÃ¦um et conservation crÃ©atriceÂ», in : NouÂ­velÂ­les de Synergies EuropÃ©ennes, nÂ°19, avril 1996; Robert SteucÂ­kers, Â«L'Europe entre dÃ©racinement et rÃ©habilitation des lieux : de Schmitt Ã  DeleuzeÂ», in : Nouvelles de SyÂ­nergies EuropÃ©ennes, nÂ°27, avril-mai 1997; Robert SteucÂ­kers, Â«Les visions d'Europe Ã  l'Ã©poque napolÃ©onienne - Aux sourÂ­ces de l'europÃ©isme contemporainÂ», in : Nouvelles de Synergies EuropÃ©ennes, nÂ°45, mars-mai 2000). C'est contre cette limitation volontaire, contre cette &quot;thalassophobie&quot;, que s'insurgeront des hommes comme Friedrich Ratzel (cf. : Robert Steuckers, Â«Friedrich Ratzel (1844-1904): anthropoÂ­gÃ©oÂ­graphie et gÃ©ographie politiqueÂ», in: Vouloir, nÂ°9, prinÂ­temps 1997) et l'Amiral von Tirpitz. Le Blocus continental, si bien dÃ©crit par Bertrand de Jouvenel (cf. : Bertrand de JouÂ­venel, NapolÃ©on et l'Ã©conomie dirigÃ©e - Le blocus conÂ­tiÂ­nental, Ed. de la Toison d'Or, Bruxelles, 1942), a des asÂ­pects positifs et des aspects nÃ©gatifs. Il permet un dÃ©veÂ­loppement interne de l'industrie et de l'agriculture euroÂ­pÃ©enne. Mais, par ailleurs, il condamne le continent Ã  une forme dangereuse de &quot;sur place&quot;, oÃ¹ aucune stratÃ©gie de mobilitÃ© globale n'est envisagÃ©e. A l'Ã¨re de la globalisation&amp;nbsp; â€”et elle a commencÃ©e dÃ¨s la dÃ©couverte des AmÃ©riques, comme l'a expliquÃ© Braudelâ€”&amp;nbsp; cette timiditÃ© face Ã  la moÂ­biÂ­litÃ© sur mer est une tare dangereuse, selon Ratzel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le plan du Tsar Paul I&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1801, il y a tout juste 200 ans, l'Angleterre doit faire face Ã  une alliance entre le Tsar Paul I et NapolÃ©on. L'obÂ­jectif des deux hommes est triple: 1) Ils veulent s'emparer des Indes et les FranÃ§ais, qui se souviennent de leurs dÃ©Â­boires dans ce sous-continent, tentent de rÃ©cupÃ©rer les aÂ­touts qu'ils y avaient eus. 2) Ils veulent bousculer la Perse, alors alliÃ©e des Anglais, grÃ¢ce aux talents d'un trÃ¨s jeune ofÂ­ficier, le fameux Malcolm, qui, enfant, avait appris Ã  parÂ­ler persan Ã  la perfection, et qui fut nommÃ© capitaine Ã  13 ans et gÃ©nÃ©ral Ã  18. 3) Ils cherchent les moyens capables de rÃ©aliser le Plan d'invasion de Paul I: acheminer les troupes franÃ§aises via le Danube et la Mer Noire (et nous trouvons exactement les mÃªmes enjeux qu'aujourd'hui!), tandis que les troupes russes, composÃ©es essentiellement de cavaliers et de cosaques, marcheraient Ã  travers le Turkestan vers la Perse et l'Inde. Dans les conditions techniques de l'Ã©poque, ce plan s'est avÃ©rÃ© irrÃ©alisable, parce qu'il n'y avait pas enÂ­core de voies de communication valables. Le Tsar conclut qu'il faut en rÃ©aliser (en germe, nous avons le projet du TranssibÃ©rien, qui sera rÃ©alisÃ© un siÃ¨cle plus tard, au grand dam des Britanniques).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1804, malgrÃ© qu'elle ne soit plus l'alliÃ©e de la France naÂ­polÃ©onienne, la Russie marque des points dans le Caucase, amorce de ses avancÃ©es ultÃ©rieures vers le cÅ“ur de l'Asie centrale. Ces campagnes russes doivent Ãªtre remises auÂ­jourÂ­d'hui dans une perspective historique bien plus vaste, d'une profondeur temporelle immÃ©moriale: elles visent, en rÃ©alitÃ©, Ã  parfaire la mission historique des peuples indo-europÃ©ens, et Ã  rÃ©Ã©diter les exploits des cavaliers indo-iraÂ­niens ou proto-iraniens qui s'Ã©taient rÃ©pandu dans toute l'AÂ­sie centrale vers 1600 av. J. C. Les momies blanches du SinÂ­kiang chinois prouvent cette prÃ©sence importante et domiÂ­nante des peuples indo-europÃ©ens (dont les Proto-TokhaÂ­riens) au cÅ“ur du continent asiatique. Ils ont fort probaÂ­bleÂ­ment poussÃ© jusqu'au Pacifique. Les Russes, du temps de CaÂ­therine II et de Paul I, ont parfaitement conscience d'ÃªÂ­tre les hÃ©ritiers de ces peuples et savent intimement que leur prÃ©sence attestÃ©e en Asie centrale avant les peuples mongols ou turcs donne Ã  toute l'Europe une sorte de droit d'aÃ®nesse dans ces territoires. L'antÃ©rioritÃ© de la conquÃªte et du peuplement proto-iraniens en Asie centrale Ã´te toute lÃ©gitimitÃ© Ã  un contrÃ´le mongol ou turc de la rÃ©gion, du moins si on raisonne sainement, c'est-Ã -dire si on raisonne avec longue mÃ©moire, si on forge ses projets sur base de la plus profonde profondeur temporelle. Des Proto-IraÂ­niens Ã  Alexandre le Grand et Ã  Brejnev, qui donne l'ordre Ã  ses troupes de pÃ©nÃ©trer en Afghanistan, la continuitÃ© est Ã©tablie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;La ligne Balkhach/Aral/Caspienne/Volga&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'analyse cartographique de Colin MacEvedy, auteur de nomÂ­breux atlas historiques, montre que lorsqu'un peuple non europÃ©en se rend maÃ®tre de la ligne Lac Balkhach, Mer d'Aral, Mer Caspienne, cours de la Volga, il tient l'Europe Ã  sa merci. Effectivement, qui tient cette ligne, que BrzeÂ­zinÂ­ski appelle la &quot;Silk Road&quot;, est maÃ®tre de l'Eurasie tout enÂ­tiÃ¨re, de la fameuse &quot;Route de la Soie&quot; et de la Terre du MiÂ­lieu (Heartland). Quand ce n'est pas un peuple europÃ©en qui tient fermement cette ligne, comme le firent les Huns et les Turcs, l'Europe entre irrÃ©mÃ©diablement en dÃ©clin. Les Huns s'en sont rendu maÃ®tres puis ont dÃ©bouchÃ©, aprÃ¨s avoir franchi la Volga, dans la plaine de Pannonie (la future Hongrie) et n'ont pu Ãªtre bloquÃ©s qu'en Champagne. Les AÂ­vars, puis les Magyars (arrÃªtÃ©s Ã  Lechfeld en 955), ont suivi exactement la mÃªme route, passant au-dessus de la rive sepÂ­tentrionale de la Mer Noire. De mÃªme, les Turcs selÂ­djouÂ­kides, passant, eux, par la rive mÃ©ridionale, prendront toute l'Anatolie, dÃ©truiront l'Empire byzantin, remonteront le Danube vers la plaine hongroise pour tenter de conquÃ©rir l'Europe et se retrouveront deux fois devant Vienne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1838, les Britanniques prÃ©voient que les Russes, s'ils conÂ­tinuent sur leur lancÃ©e, vont arriver en Inde et Ã©tablir une frontiÃ¨re commune avec les possessions britanniques dans le sous-continent indien. D'oÃ¹, bons connaisseurs des dynamiques et des communications dans la rÃ©gion, ils forÂ­gent la stratÃ©gie qui consiste Ã  occuper la Route de la Soie sur son embranchement mÃ©ridional et sur sa portion qui va de Herat Ã  Peshawar, point de passage obligatoire de touÂ­tes les caravanes, comme, aujourd'hui, de tous les futurs olÃ©oÂ­Â­ducs, enjeux rÃ©els de l'invasion rÃ©cente de l'AfghaÂ­nisÂ­tan par l'armÃ©e amÃ©ricaine. On constate donc que le but de guerre de 1838 ne s'est rÃ©alisÃ© qu'aujourd'hui seulement !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un Afghanistan jusqu'ici imprenable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sur le plan stratÃ©gique, il s'agissait, pour les Anglais de l'Ã©Â­poque, de 1) protÃ©ger l'Inde par une plus vaste profondeur territoriale, sous la forme d'un glacis afghano-himalayen, sinon l'Inde risquait, Ã  terme, de n'Ãªtre qu'un simple rÃ©seau de comptoirs littoraux, plus difficilement dÃ©fendable conÂ­tre une puissance bÃ©nÃ©ficiant d'un vaste hinterland centre-asiatique (les Anglais tirent les leÃ§ons de la conquÃªte de l'Inde par les Moghols islamisÃ©s); et 2) de contenir la Russie selon les principes Ã©noncÃ©s en 1791 pour la Mer Noire, cetÂ­te fois le long de la ligne Herat-Peshawar (cf. Ã  ce propos, Karl Marx &amp;amp; Friedrich Engels, Du colonialisme en Asie - InÂ­de, Perse, Afghanistan, Mille et une nuits, nÂ°372, 2002).&amp;nbsp; Les opÃ©rations anglaises en Afghanistan se solderont en 1842 par un dÃ©sastre total, seule une poignÃ©e de survivants reviendront Ã  Peshawar, sur une armÃ©e de 17.000 hommes. La victoire des tribus afghanes contre les Anglais en 1842 sauÂ­vera l'indÃ©pendance du pays. Jusque aujourd'hui, en effet, mise Ã  part la tentative soviÃ©tique de 1979 Ã  GorbatÂ­chev, l'Afghanistan restera imprenable, donc indÃ©pendant. Un destin dont peu de pays musulmans ont pu bÃ©nÃ©ficier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;De 1852 Ã  1854 a lieu la Guerre de CrimÃ©e. L'alliance de l'AnÂ­gleterre, de la France et de la Turquie conteste les poÂ­siÂ­tions russes en CrimÃ©e, exactement selon les critÃ¨res aÂ­vanÂ­cÃ©s par l'Angleterre depuis 1783. En 1856, au terme de cette guerre, perdue par la Russie sur son propre terrain, le TraitÃ© de Paris limite la prÃ©sence russe en Mer Noire, ou la rend inopÃ©rante, et lui interdit l'accÃ¨s aux DÃ©troits. En 1878, les armÃ©es russes, appuyÃ©es par des centaines de milÂ­liers de volontaires balkaniques, serbes, roumains et bulÂ­gares, libÃ¨rent les Balkans de la prÃ©sence turque et aÂ­vanÂ­cent jusqu'aux portes de Constantinople, qu'elles s'apÂ­prÃªÂ­tent Ã  libÃ©rer du joug ottoman. Le Basileus byzantin a failÂ­li Ãªtre vengÃ©. Mais l'Angleterre intervient Ã  temps pour Ã©Â­viter l'effondrement dÃ©finitif de la menace ottomane qui aÂ­vait pesÃ© sur l'Europe depuis la dÃ©faite serbe sur le Champ des Merles en 1389. Tous ces Ã©vÃ©nements historiques vont conÂ­tribuer Ã  faire Ã©noncer clairement les concepts de la gÃ©oÂ­politique moderne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mackinder et Lea :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;deux gÃ©opolitologues toujours actuels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En effet, en 1904, Halford John MacKinder prononce son faÂ­meux discours sur le &quot;pivot&quot; de l'histoire mondiale, soit la &quot;Terre du Milieu&quot; ou &quot;Heartland&quot;, correspondant Ã  l'Asie cenÂ­trale et Ã  la SibÃ©rie occidentale. Les Ã©tats-majors britanÂ­niÂ­ques sont alarmÃ©s: le TranssibÃ©rien vient d'Ãªtre inaugurÃ©, donÂ­nant Ã  l'armÃ©e russe la capacitÃ© de se mouvoir beauÂ­coup plus vite sur la terre. Le handicap des armÃ©es de Paul I et de NapolÃ©on, incapables de marcher de concert vers la Perse et les Indes en 1801, est dÃ©sormais surmontÃ©. En 1912, Homer Lea, gÃ©opolitologue et stratÃ¨ge amÃ©ricain, favorable Ã  une alliance indÃ©fectible avec l'Empire briÂ­tannique, Ã©nonce, dans The Day of the Saxons, les prinÂ­cipes gÃ©nÃ©raux de l'organisation militaire de l'espace situÃ© entre Le Caire et Calcutta. Dans le chapitre consacrÃ© Ã  l'IÂ­ran et Ã  l'Afghanistan, Homer Lea explique qu'aucune puisÂ­sance&amp;nbsp; â€”en l'occurrence, il s'agit de la Russieâ€”&amp;nbsp; ne peut franÂ­chir la ligne TÃ©hÃ©ran-Kaboul et se porter trop loin en diÂ­rection de l'OcÃ©an Indien. De 1917 Ã  1921, le grand souci des stratÃ¨ges britanniques sera de tirer profit des dÃ©sordres de la rÃ©volution bolchevique pour Ã©loigner le pouvoir effecÂ­tif, en place Ã  Moscou, des rives de la Mer Noire, du CauÂ­caÂ­se et de l'OcÃ©an Indien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les prÃ©liminaires de cette rÃ©volution bolchevique, qui ont lieu immÃ©diatement aprÃ¨s le discours prÃ©monitoire de MacÂ­Kinder en 1904 sur le pivot gÃ©ographique de l'histoire et sur les &quot;dangers&quot; du TranssibÃ©rien pour l'impÃ©rialisme britanniÂ­que, commencent dÃ¨s 1905 par des dÃ©sordres de rue, suivis d'un massacre qui Ã©branle l'Empire et permet de dÃ©crire le Tsar comme un monstre (qui redeviendra bon en 1914, comÂ­me par l'effet d'un coup de baguette magique!). Selon toute vraisemblance, les services britanniques tentent de procÃ©der de la mÃªme faÃ§on en Russie, dans la premiÃ¨re dÃ©Â­cennie du 20iÃ¨me siÃ¨cle, qu'en France Ã  la fin du 18iÃ¨me: susÂ­ciÂ­ter une rÃ©volution qui plongera le pays dans un dÃ©sordre de longue durÃ©e, qui ne lui permettra plus de faire des inÂ­vestissements structurels majeurs, notamment des travaux d'amÃ©nagement territorial, comme des lignes de chemin de fer ou des canaux, ou dans une flotte capable de dominer le large. Les deux types de projets politiques que combatÂ­tent toujours les Anglo-Saxons sont justement 1) les amÃ©Â­naÂ­Â­gements territoriaux, qui structurent les puissances conÂ­tinentales et diminuent ipso facto les atouts d'une flotte et de la mobilitÃ© maritime, et qui permettent l'autarcie comÂ­merÂ­ciale; 2) la construction de flottes concurrentes. La FranÂ­ce de 1783, la Russie de 1904 et l'Allemagne de GuilÂ­lauÂ­me II dÃ©veloppaient toutes trois des projets de cette naÂ­ture: elles se plaÃ§aient par consÃ©quent dans le collimateur de Londres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;De 1905 Ã  1917&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour dÃ©truire la puissance russe, bien Ã©quipÃ©e, dotÃ©e de rÃ©Â­serÂ­ves immenses en matiÃ¨res premiÃ¨res, l'Angleterre va utiliser le Japon, qui Ã©tait alors une puissance Ã©mergeante, depuis la proclamation de l'Ã¨re Meiji en 1868. Londres et une banque new-yorkaise&amp;nbsp; â€”la mÃªme qui financera LÃ©nine Ã  ses dÃ©butsâ€”&amp;nbsp; vont prÃªter les sommes nÃ©cessaires aux JaÂ­poÂ­nais pour qu'ils arment une flotte capable d'attirer dans le Pacifique la flotte russe de la Baltique et de la dÃ©truire. C'est ce qui arrivera Ã  Tshouchima (pour les tenants et aÂ­bouÂ­tissants de cet Ã©pisode, cf. notre article sur le Japon : Robert Steuckers, Â«La lutte du Japon contre les impÃ©riaÂ­lismes occidentauxÂ», in : Nouvelles de Synergies EuroÂ­pÃ©enÂ­nes, nÂ°32, janvier-fÃ©vrier 1998).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1917, on croit que la Russie va Ãªtre plongÃ©e dans un dÃ©Â­sordre permanent pendant de longues dÃ©cennies. On pense 1) dÃ©tacher l'Ukraine de la Russie ou, du moins, dÃ©truire l'atout cÃ©rÃ©alier de cette rÃ©gion d'Europe, grenier Ã  blÃ© conÂ­current de la Corn Belt&amp;nbsp; amÃ©ricaine; 2) on spÃ©cule sur l'effondrement dÃ©finitif du systÃ¨me industriel russe; 3) on prend prÃ©texte du caractÃ¨re inacceptable de la rÃ©volution et de l'idÃ©ologie bolcheviques pour ne pas tenir les promesÂ­ses de guerre faites Ã  la Russie pour l'entraÃ®ner dans le carÂ­nage de 1914; devenue bolchevique, la Russie n'a plus droit Ã  aucune conquÃªte territoriale au-delÃ  du Caucase au dÃ©triÂ­ment de la Turquie; ne reÃ§oit pas d'accÃ¨s aux DÃ©troits; on ne lui fait aucune concession dans les Balkans et dans le DelÂ­ta du Danube (les principes du mÃ©morandum de 1791 et du TraitÃ© de Paris de 1856 sont appliquÃ©s dans le nouveau contexte de la soviÃ©tisation de la Russie).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;En 1918-19, les troupes britanniques et amÃ©ricaines occuÂ­pent Mourmansk et asphyxient la Russie au Nord; BritanniÂ­ques et Turcs, rÃ©conciliÃ©s, occupent le flanc mÃ©ridional du Caucase, en s'appuyant notamment sur des indÃ©pendanÂ­tisÂ­tes islamiques azÃ©ris turcophiles (exactement comme auÂ­jourÂ­d'hui) et en combattant les ArmÃ©niens, dÃ©jÃ  si dureÂ­ment Ã©trillÃ©s, parce qu'ils sont traditionnellement russoÂ­phiÂ­les (ce scÃ©nario est rÃ©itÃ©rÃ© de nos jours); plus tard, Enver PaÂ­cha, ancien chef de l'Ã©tat-major turc pendant la premiÃ¨Â­re guerre mondiale, organise, au profit de la stratÃ©gie gloÂ­bale des Britanniques, des incidents dans la zone-clef de l'AÂ­sie centrale, la VallÃ©e de la Ferghana.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;De la &quot;Question d'Orient&quot;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Ã  la rÃ©volte arabe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'aventure d'Enver Pacha dans la VallÃ©e de la Ferghana, qui s'est terminÃ©e tragiquement, constitue une application de ce que l'on appelle dÃ©sormais la &quot;stratÃ©gie lawrencienne&quot; (cf.: Jean Le Cudennec, Â«Le point sur la guerre amÃ©ricaine en Afghanistan : le modÃ¨le &quot;lawrencien&quot;Â», in : Raids, nÂ°189, fÃ©vrier 2002). Comme son nom l'indique, elle dÃ©signe la straÂ­tÃ©gie qui consiste Ã  lever des &quot;tribus&quot; hostiles Ã  l'ennemi sur le propre territoire de celui-ci, comme Lawrence d'AraÂ­bie avait mobilisÃ© les tribus arabes contre les Turcs, entre 1916 et 1918. DÃ©boulant du fin fonds du dÃ©sert, fondant sur les troupes turques en MÃ©sopotamie et le long de la vallÃ©e du Jourdain, la rÃ©volte arabe, orchestrÃ©e par les services briÂ­tanniques, annihile, par le fait mÃªme de son existence, la fonction de &quot;tremplin&quot; vers le Golfe Persique et l'OcÃ©an Indien que le binÃ´me germano-turc accordait au territoire anatolien et mÃ©sopotamien de l'Empire ottoman. L'objectif majeur de la Grande Guerre est atteint : la grande puisÂ­sance europÃ©enne, qui avait le rÃ´le du challengeur le plus dangereux, et son espace complÃ©mentaire balkano-anatolo-mÃ©sopotamien (ErgÃ¤nzungsraum), n'auront aucune &quot;fenÃªÂ­tre&quot; sur la Mer du Milieu (l'OcÃ©an Indien), qui, quadrillÃ© par une flotte puissante, permet de tenir en Ã©chec la &quot;Terre du Milieu&quot; (le &quot;Heartland&quot; de MacKinder).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;AprÃ¨s les traitÃ©s de la banlieue parisienne, les AlliÃ©s proÂ­cÃ¨Â­dent au dÃ©mantÃ¨lement du bloc ottoman, dÃ©sormais divisÃ© en une Anatolie turcophone et sunnite, et une mosaÃ¯que arabe balkanisÃ©e Ã  dessein, oÃ¹ se juxtaposent des chiites dans le Sud de l'Irak, des Alaouites en Syrie, des chrÃ©tiens aramÃ©ens, orthodoxes, de rite armÃ©nien ou autre, nestoÂ­riens, etc. et de larges masses sunnites, dont des wahhaÂ­biÂ­tes dans la pÃ©ninsule arabique; le personnage central de la nouvelle rÃ©publique turque devient Moustafa Kemal AtaÂ­tÃ¼rk, aujourd'hui en passe de devenir un hÃ©ros du cinÃ©ma amÃ©ricain (cf. : Michael Wiesberg, Â«Pourquoi le lobby isÂ­raÃ©lo-amÃ©ricain s'engage-t-il Ã  fond pour la Turquie? Parce que la Turquie donne accÃ¨s aux pÃ©troles du CaucaseÂ», in : Au fil de l'Ã©pÃ©e, Recueil nÂ°3, octobre 1999).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les atouts de l'idÃ©ologie d'AtatÃ¼rk&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;AtatÃ¼rk est un atout considÃ©rable pour les puissances thaÂ­lassocratiques: il crÃ©e une nouvelle fiertÃ© turque, un nouÂ­veau nationalisme laÃ¯c, bien assorti d'un solide machisme militaire, sans que cette idÃ©ologie vigoureuse et virile, qui sied aux hÃ©ritiers des Janissaires, ne mette les plans briÂ­tanniques en danger; AtatÃ¼rk limite en effet les ambitions turques Ã  la seule Anatolie: Ankara n'envisage plus de reÂ­prenÂ­dre pied dans les Balkans, de porter ses Ã©nergies vers la Palestine et l'Egypte, de dominer la MÃ©sopotamie, avec sa fenÃªtre sur l'OcÃ©an Indien, de participer Ã  l'exploitation des gisements pÃ©troliers nouvellement dÃ©couverts dans les rÃ©Â­gions kurdes de Kirkouk et de Mossoul, de contester la prÃ©Â­sence britannique Ã  Chypre; le &quot;turcocentrisme&quot; de l'iÂ­dÃ©oÂ­Â­logie kÃ©maliste veut un dÃ©veloppement sÃ©parÃ© des Turcs et des Arabes et refuse toute forme d'Etat, de khanat ou de califat regroupant Ã  la fois des Turcs et des Arabes; dans une telle optique, la reconstitution de l'ancien Empire ottoman se voit d'emblÃ©e rejetÃ©e et les Arabes, livrÃ©s Ã  la doÂ­Â­mination anglaise. On laisse se dÃ©velopper toutefois, en marge du strict laÃ¯cisme kÃ©maliste, une autre idÃ©ologie, celÂ­le du panturquisme ou pantouranisme, qu'on instrumenÂ­taÂ­lisera, si besoin s'en faut, contre la Russie, dans le CauÂ­caÂ­se et en Asie centrale. De mÃªme, le turcocentrisme peut s'aÂ­vÃ©rer utile si les Arabes se montrent rÃ©calcitrants, ruent dans les brancards et manifestent leurs sympathies pour l'AÂ­xe, comme en Irak en 1941, ou optent pour une alliance pro-soviÃ©tique, comme dans les annÃ©es 50 et 60 (Egypte, Irak, Syrie). Dans tous ces cas, la Turquie aurait pu ou pourÂ­ra jouer le rÃ´le du pÃ¨re fouettard.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le rÃ´le de l'Etat d'IsraÃ«l&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;IsraÃ«l, dans le jeu triangulaire qui allie ce nouveau pays, nÃ© en 1948, aux Etats-Unis (qui prennent le relais de l'AngleÂ­terÂ­re), et Ã  la Turquie â€”dont la fonction de &quot;verrou&quot; se voit consolidÃ©eâ€” a pour rÃ´le de contrÃ´ler le Canal de Suez si l'EÂ­gypte ne se montre pas suffisamment docile. Au sud du dÃ©Â­sert du NÃ©guev, IsraÃ«l possÃ¨de en outre une fenÃªtre sur la Mer Rouge, Ã  Akaba, permettant, le cas Ã©chÃ©ant, de pallier touÂ­te fermeture Ã©ventuelle du Canal de Suez en crÃ©ant la posÂ­sibilitÃ© matÃ©rielle d'acheminer des troupes et des maÂ­tÃ©Â­riels via un systÃ¨me de chemin de fer ou de routes entre la cÃ´te mÃ©diterranÃ©enne et le Golfe d'Akaba (distance somme toute assez courte; la mÃªme stratÃ©gie logistique a Ã©tÃ© utiÂ­liÂ­sÃ©e du Golfe Ã  la Caspienne, Ã  travers l'Iran occupÃ©, dÃ¨s 1941; le matÃ©riel amÃ©ricain destinÃ© Ã  l'armÃ©e soviÃ©tique est passÃ© sur cette voie, bien plus longue que la distance MÃ©diÂ­terranÃ©e-Akaba et traversant de surcroÃ®t d'importants masÂ­sifs montagneux).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dans ce contexte, trÃ¨s effervescent, oÃ¹ ont eu lieu toutes les confrontations importantes d'aprÃ¨s 1945, voyons mainÂ­teÂ­nant quelle est, plus spÃ©cifiquement, la situation de l'AfÂ­ghaÂ­nistan.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Entre l'annÃ©e 1918, ou du moins aprÃ¨s l'Ã©chec dÃ©finitif des opÃ©rations envisagÃ©es par Enver Pacha et ses commanÂ­diÂ­taiÂ­res, et l'annÃ©e 1979, moment oÃ¹ arrivent les troupes soviÃ©Â­tiques, l'Afghanistan est au frigo, vit en marge de l'histoire. En 1978 et 1979, annÃ©es oÃ¹ l'Iran est agitÃ© par la rÃ©volution islamiste de Khomeiny, l'URSS tente de rÃ©aliser le vieux rÃªÂ­ve de Paul I: foncer vers les rives de l'OcÃ©an Indien, procÃ©Â­der au &quot;grand bond vers le Sud&quot; (comme le qualifiera VladiÂ­mir Jirinovski dans un cÃ©lÃ¨bre mÃ©morandum gÃ©opolitique, qui suscita un scandale mÃ©diatique planÃ©taire).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Guerre indirecte et &quot;counter-insurgency&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Etats-Unis, hÃ©ritiers de la stratÃ©gie anglaise dans la rÃ©Â­gion, ne vont pas tarder Ã  rÃ©agir. Le PrÃ©sident dÃ©mocrate, Jimmy Carter, perd les Ã©lections de fin 1980, et Reagan, un faucon, arrive au pouvoir en 1981. Le nouveau prÃ©sident rÃ©Â­publicain dÃ©nonce la coexistence pacifique et rejette toute politique d'apaisement, fait usage d'un langage apocaÂ­lypÂ­tiÂ­que, avec abus du terme &quot;Armageddon&quot;. Ce vocabulaire apoÂ­calyptique, auquel nous sommes dÃ©sormais habituÃ©s, reÂ­vient Ã  l'avant-plan dans les mÃ©dias, au dÃ©but du premier mandat de Reagan: on parle Ã  nouveau de &quot;Grand Satan&quot; pour dÃ©signer la puissance adverse et son idÃ©ologie comÂ­muÂ­nisÂ­te. Sur le plan stratÃ©gique, la parade reaganienne est simÂ­ple: c'est d'organiser en Afghanistan une guerre indirecÂ­te, par personnes interposÃ©es, plus exactement, par l'interÂ­mÃ©Â­diaire d'insurgÃ©s locaux, hostiles au pouvoir central ou prinÂ­cipal qui se trouve, lui, aux mains de l'ennemi diaboÂ­liÂ­sÃ©. Cette stratÃ©gie s'appelle la &quot;counter-insurgency&quot; et est l'hÃ©ritiÃ¨re actuelle des sans-culottes manipulÃ©s contre Louis XVI, des VendÃ©ens excitÃ©s contre la Convention â€”parce qu'elÂ­le a fini par tenir Anversâ€” et puis ignoblement trahis (afÂ­faire de Quiberon), des insurgÃ©s espagnols contre NapoÂ­lÃ©on, des guÃ©rilleros philippins armÃ©s contre les Japonais, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Afghanistan, la &quot;counter-insurgency&quot; se dÃ©roule en trois Ã©tapes: on arme d'abord les &quot;moudjahiddins&quot;, qui opÃ¨rent en alliant anti-communisme, islamisme et nationalisme afÂ­ghan, pendant toute la pÃ©riode de l'occupation soviÃ©tique. Le harcÃ¨lement des troupes soviÃ©tiques par ces combatÂ­tants bien enracinÃ©s dans le territoire et les traditions de l'Afghanistan a Ã©tÃ© systÃ©matique, mais sans les armements de pointe, notamment les missiles &quot;Stinger&quot; fournis par les Etats-Unis et financÃ©s par la drogue, ces guerriers n'auÂ­raient jamais tenu le coup.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seconde Ã©tape : entre 1989 et 1995/96, nous assistons en Afghanistan Ã  une sorte de moÂ­dus vivendi. Les troupes soviÃ©tiques se sont retirÃ©es, la RusÂ­sie a cessÃ© d'adhÃ©rer Ã  l'idÃ©ologie communiste et de la proÂ­fesser. De ce fait, la diabolisation, le discours sur le &quot;Grand Satan&quot; n'est plus guÃ¨re instrumentalisable, du moins dans la version Ã©tablie au temps de Reagan. La troisiÃ¨me Ã©taÂ­pe commence avec l'arrivÃ©e sur la scÃ¨ne afghane des taÂ­liÂ­bans, moudjahiddins plus radicaux dans leur islam de facÂ­ture wahhabite. Il s'agit d'organiser une &quot;counter-insurgenÂ­cy&quot; contre un gouvernement central afghan russophile, qui enÂ­tend conserver la neutralitÃ© traditionnelle de l'AfghaÂ­nisÂ­tan, acquise depuis la terrible dÃ©faite subie par les troupes briÂ­tanniques en 1842, neutralitÃ© qui avait permis au pays de rester Ã  l'Ã©cart des deux guerres mondiales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ben Laden, l'ISI et Leila Helms&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les talibans dÃ©ploient leur action avec le concours de l'AraÂ­bie Saoudite, dont est issu leur maÃ®tre Ã  penser, Oussama Ben Laden, du Pakistan et de son solide service secret, l'ISI, et des services amÃ©ricains agissant sous l'impulsion de Leila Helms. Les Saoudiens fournissent les fonds et l'idÃ©ologie, l'ISI pakistanais assure la logistique et les bases de repli sur les territoires peuplÃ©s par l'ethnie pachtoune. Les deux exÂ­perts franÃ§ais Brisard et DasquiÃ© (cf. Jean-Charles Brisard &amp;amp; GuilÂ­laume DasquiÃ©, Ben Laden - La vÃ©ritÃ© interdite, DeÂ­noÃ«l, coll. &quot;Impacts&quot;, 2001) explicitent clairement le rÃ´le jouÃ© par Leila Helms dans leur ouvrage magistral, bien difÂ­fuÂ­sÃ© et immÃ©diatement traduit en allemand (cette simultaÂ­nÃ©itÃ© laisse espÃ©rer une cohÃ©sion franco-allemande, critiÂ­que Ã  l'Ã©gard de l'unilatÃ©ralisme amÃ©ricain).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Toutefois, dans ce jeu, chacun des acteurs poursuit ses propres objectifs. Dans le livre de Brisard et DasquiÃ©, le double jeu de Ben LaÂ­den est admirablement dÃ©cortiquÃ©; par ailleurs Bauer et RauÂ­fer (cf. : Alain Bauer &amp;amp; Xavier Raufer, La guerre ne fait que commencer - RÃ©seaux, financements, armements, atÂ­tenÂ­tatsâ€¦ les scÃ©narios de demain, J. C. LattÃ¨s, 2002) souÂ­liÂ­gnent le risque d'une exportation dans les banlieues franÂ­Ã§aiÂ­ses (et ailleurs en Europe) d'une effervescence anti-euÂ­roÂ­pÃ©enne, conduisant Ã  terme Ã  la dislocation totale de nos soÂ­ciÃ©tÃ©s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pÃ©trole et le coton&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les objectifs immÃ©diats des Etats-Unis, tant dans l'opÃ©raÂ­tion consistant Ã  appuyer les talibans de maniÃ¨re incondiÂ­tionnelle, que dans l'opÃ©ration ultÃ©rieure actuelle, visant Ã  les chasser du pouvoir Ã  Kaboul sont de deux ordres; le preÂ­mier est avouÃ©, tant il est patent: il s'agit de gÃ©rer correcÂ­teÂ­ment l'acheminement du pÃ©trole de la Caspienne et de l'AÂ­sie centrale via les futurs olÃ©oducs transafghans. Le seÂ­cond est gÃ©nÃ©ralement inavouÃ© : il s'agit de gÃ©rer la proÂ­ducÂ­tion du coton en Asie centrale, de faire main basse, au profit des grands trusts amÃ©ricains du coton, de cette maÂ­tiÃ¨Â­re premiÃ¨re essentielle pour l'habillement de milliards d'ÃªÂ­tres humains sur la planÃ¨te. L'exploitation conjointe des napÂ­pes pÃ©trolifÃ¨res et des champs de culture du coton pourÂ­rait transformer cette grande rÃ©gion en un nouvel ElÂ­doÂ­rado.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux anacondas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gestion optimale de l'opÃ©ration militaire, prÃ©lude Ã  une gigantesque opÃ©ration Ã©conomique, est dÃ©sormais possible, Ã  moindres frais, grÃ¢ce Ã  la couverture de satellites que possÃ¨dent dÃ©sormais les AmÃ©ricains. Haushofer, le gÃ©opoÂ­litoÂ­logue allemand, disait que les flottes des thalassocraties parvenaient Ã  Ã©touffer tout dÃ©veloppement optimal des grandes puissances continentales, Ã  occuper des bandes litÂ­torales de comptoirs soustraites Ã  toute autoritÃ© politique venue de l'intÃ©rieur des terres, Ã  priver ces derniÃ¨res de dÃ©Â­bouchÃ©s sur les ocÃ©ans. Haushofer utilisait une image exÂ­pressive pour dÃ©signer cet Ã©tat de choses : l'anaconda qui enÂ­serre sa proie, c'est-Ã -dire les continents eurasien et sud-amÃ©ricain. Si les flottes anglo-saxonnes des premiÃ¨res dÃ©Â­cenÂ­nies du 20iÃ¨me siÃ¨cle, consolidÃ©es par le traitÃ© fonciÃ¨Â­rement inÃ©gal que fut ce TraitÃ© de Washington de 1922, sont le premier anaconda, il en existe dÃ©sormais un nouÂ­veau, maÃ®tre de l'espace, autre res nullius Ã  l'instar des mers au 18iÃ¨me siÃ¨cle.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Le rÃ©seau des satellites observateurs amÃ©ricains constitue le second anaconda, enserrant la terre tout entiÃ¨re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rÃ©seau des satellites consolide un autre atout que se sont donnÃ© les puissances anglo-saxonnes depuis la seconde guerre mondiale : les flottes de bombardiers lourds. Il faut se rappeler la mÃ©taphore de Swift, dans les fameux VoyaÂ­ges de Gulliver, oÃ¹ un peuple, vivant sur une Ã®le flottant dans les airs, Ã©crase ses ennemis selon trois stratÃ©gies: le lancement de gros blocs de roche sur les installations et les habitations du peuple ennemi, le maintien en Ã©tat stationÂ­naire de leur Ã®le volante au-dessus du territoire ennemi afin de priver celui-ci de la lumiÃ¨re du soleil, ou la destruction totale du pays ennemi en faisant atterrir lourdement l'Ã®le volante sur une ville ou sur la capitale afin de la dÃ©truire totalement. Indubitablement, ce rÃ©cit imaginaire de Swift, rÃ©pÃ©tÃ© Ã  tous les Anglais pendant des gÃ©nÃ©rations, a donnÃ© l'idÃ©e qu'une supÃ©rioritÃ© militaire aÃ©rienne totale, capable d'Ã©craser complÃ¨tement le pays ennemi, Ã©tait indispensaÂ­ble pour dominer dÃ©finitivement le monde. Toutefois la thÃ©oÂ­risation du bombardement de terreur par l'aviation vient du gÃ©nÃ©ral italien Douhet (cf. : GÃ©rard&amp;nbsp; Chaliand, AnÂ­thoÂ­logie mondiale de la stratÃ©gie - Des origines au nuÂ­clÃ©aire, Laffont, 1990).&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Elle sera mise en application par les &quot;Bomber Commands&quot; britannique et amÃ©ricain pendant la seconde guerre mondiale, mais au prix de plus de 200.000 morts, rien que dans les forces aÃ©riennes. AujourÂ­d'hui, la couverture spatiale, les progrÃ¨s de l'avionique en gÃ©Â­nÃ©ral et la prÃ©cision des missiles permettent une utiliÂ­saÂ­tion moins coÃ»teuse en hommes de l'arme aÃ©rienne (de l' air power). C'est ainsi qu'on envisage des opÃ©rations de granÂ