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    <title>Last posts on philosophie</title>
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    <updated>2008-05-12T05:32:31+02:00</updated>
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        <author>
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        <title>Savoirs, compétences, cultures</title>
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        <updated>2008-05-11T13:24:00+02:00</updated>
        <published>2008-05-11T13:24:00+02:00</published>
        <summary>  Je viens d'affiner la charte graphique de ce blog en tentant de l'organiser...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je viens d'affiner la charte graphique de ce blog en tentant de l'organiser autour de trois couleurs:&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font color=&quot;#0000FF&quot;&gt;Le Bleu c'est pour tous&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font color=&quot;#800080&quot;&gt;Le Violet c'est pour les lycéens&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;font color=&quot;#FF6600&quot;&gt;Et le Orange c'est pour les profs.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; J'ai mis ces couleurs en relation avec &lt;a href=&quot;http://beverycool.hautetfort.com/archive/2007/10/07/d-une-statique-de-l-enseignement-vers-une-dynamique-de-la-di.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#0000FF&quot;&gt;&lt;b&gt;le triptyque pédagogique&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/a&gt; que j'avais précédemment défini : &lt;font color=&quot;#FF6600&quot;&gt;Savoirs&lt;/font&gt;, &lt;font color=&quot;#800080&quot;&gt;compétences&lt;/font&gt; et &lt;font color=&quot;#0000FF&quot;&gt;cultures ( ou Culture ).&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;font color=&quot;#FF6600&quot;&gt;Le professeur&amp;nbsp;n'a-t-il pas été &quot;performé&quot; par l'état qui lui a délivré un diplôme lui permettant ainsi d'accéder au pouvoir symbolique de&amp;nbsp; dispenser le savoir?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/font&gt; &lt;font color=&quot;#800080&quot;&gt;L'élève n'est-il pas mis en demeure de développer au cours de sa formation des compétences qui seront évaluées?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/font&gt; &lt;font color=&quot;#0000FF&quot;&gt;La transmission du savoir se projetant en compétences sur les générations futures n'est-il pas un&amp;nbsp;invariant universel qui dépasse de loin le cadre strict de l'école pour prendre ses racines au plus profond de l'histoire de la vie et se poursuivre jusqu'à nous en criant son&amp;nbsp;caractère ontologique? N'est-ce pas une obligation que de dissoudre les deux premiers éléments dans une Culture Généralisée,&amp;nbsp;compréhensible, &amp;nbsp;qui&amp;nbsp;fait sens pour tous et chacun?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pendant des années, le projecteur a été&amp;nbsp;dirigé dans l'éducation&amp;nbsp;presque exclusivement sur le triangle d'or pédagogique &quot; Elève-parents-professeurs&quot; mais ne faudrait-il pas remplacer l'un des sommets de ce triangle par le mot Culture au sens large? Si les parents ne doivent pas être exclus de la relation pédagogique, ils sont néanmoins inséparables de l'élève et en faire un troisième sommet du triangle pédagogique ne me paraît pas refléter la réalité car ils ne constituent pas un sommet du même poids que les deux autres, du moins lorsqu'on les&amp;nbsp;isole. Ne pas penser l'acte de transmission du savoir comme dépassant de loin le cadre étroit &quot;parents-enfants-profs&quot; me semble être une erreur assez forte qui transparaît aujourd'hui, l'école n'étant plus ce lieu clos par simple contact à l'empire numérique. Si le débat a été mené ces dernières années&amp;nbsp;sur la dialectique savoir-compétence,&amp;nbsp;la question&amp;nbsp;étant de&amp;nbsp;déterminer si&amp;nbsp;c'est le savoir ou l'élève que l'on doit &amp;nbsp;placer en haut&amp;nbsp;du triangle pédagogique ou au centre du cercle représentant le système éducatif. Question qui fait encore l'objet des plus vives controverses. On voit bien que jamais les parents n'ont fait l'objet d'un tel débat. Complètement liés à l'enfant dont ils ont la charge, ils n'occupent pas tout l'espace disponible de ce&amp;nbsp;troisième sommet du triangle.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; La dynamique de la transmission ne peut se faire que sur le terreau Culturel, historique&amp;nbsp;et actuel. Penser l'acte éducatif sans penser aux référents culturels, aux points de repères géographiques, temporels, historiques, culturels, sociétaux, visuels et&amp;nbsp;technologiques&amp;nbsp;exprimés dans un langage simple et direct, qui fait sens pour tous, semble laisser planer l'idée que l'on peut en faire l'économie. Si cet ancrage dans la Culture actuelle et historique ne peut pas&amp;nbsp; faire l'objet de contenus&amp;nbsp;entièrement préalablement&amp;nbsp;définis, il est indéniable que la myopie éducative devant ces considérations ne pourra être maintenue pendant longtemps. En effet, les enfants/adolescents disposent maintenant d'accès à des vecteurs d'informations qu'ils peuvent diriger et dont ils peuvent choisir librement le contenu (flux rss par exemple). Si&amp;nbsp;les mises en lumière, si les justifications précises de la pertinence des sujets d'études&amp;nbsp;scolaires ne sont pas clairement formulées, les adolescents sont à quelques secondes d'une information, d'une recherche, de celle qu'ils trouveront et qui leur conviendra au moment où ils iront la chercher. Ce ne sera pas nécessairement la plus pertinente, ni la plus juste mais elle sera devant leurs yeux!&lt;/p&gt;  &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ceci est très marqué dans l'enseignement des mathématiques où la demande de l'explication, de l'utilité des savoirs&amp;nbsp;est faite par les élèves vers&amp;nbsp;leur professeur, laissant dans le cas d'une non-réponse au mieux un retrait poli, au pire un acte de rejet inconditionnel et définitif. Et j'ai bien peur que dans ce cas il n'y ait même pas l'ébauche d'un début de recherche d'information sur le sujet.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il existe bon nombre de&amp;nbsp;débats dont l'enseignement statique a aujourd'hui fait l'économie en présupposant la solide verticalité pyramidale&amp;nbsp; de l'édifice suffisante&amp;nbsp;à maintenir le système cohérent tout en pouvant même&amp;nbsp;s'offrir le luxe d'y diffuser à l'envie&amp;nbsp;un discours remettant en cause la légitimité de cette organisation reposant historiquement&amp;nbsp;sur la transmission d'un savoir par l'enseignant. Le principe de réalité et la révolution numérique ont fait tout le travail sans intervention intérieure! Les faits nous montrent que la maison se fissure. Quid de l'introduction des nouvelles technologies à l'école? Sont-ce les seules représentantes de cette Culture dont je parle? Quid des contenus d'enseignement alors que chacun sait, et même les adolescents, que la plupart seront rendus caduques ou inutilisables&amp;nbsp;dès la sortie de leur cursus? Alors si l'école veut construire l'honnête homme de demain, il faut peut-être réellement se poser la question sur sa nature. Il faut bien faire le&amp;nbsp;constat de l'absence de débat philosophique à ce sujet. Tout au plus avons nous constaté&amp;nbsp;de grandes&amp;nbsp;vagues idéologiques et dogmatiques&amp;nbsp;venant se briser sur la falaise structurelle.&lt;br /&gt; Les&amp;nbsp; réorganisations internes, les comptabilités de ratios Heures/Enseignants par établissement et Enseignants/Élèves (=11?) pour le ministère, les modifications de contenus de programmes, dont l'ambition ne pourra de toutes façons, être plus élevée que les capacités des élèves à l'âge de la dite acquisition, ne répondent pas à la question de fond: qu'est-ce qu'on est en droit d'attendre d'un adolescent dans une société de flux numérique où l'accès à l'information est généralisé?&lt;br /&gt; Si l'agrégé ( avec toute l'estime que j'ai pour ces personnes et le dur labeur qu'ils ont du accomplir pour obtenir ce concours, l'un des plus difficiles sinon le plus difficile) représentait un certain Idéal-Type de la figure de l'enseignant, je ne suis pas persuadé que cette figure soit toujours d'actualité dans le secondaire. Elle me semble aujourd'hui totalement convenir à l'enseignement supérieur hyper-spécialisé.&lt;br /&gt; Là encore, il y aurait un débat philosophique à mener, qui n'est pas vraiment commencé. Je ne vois guère que Michel Serres qui a défini dans le Tiers-Instruit la figure de l'Arlequin métissé et qui s'est attelé au changement de support de l'information. Il a d'ailleurs finement analysé la situation en écrivant l'excellente phrase suivante : &lt;i&gt;Chaque fois qu’il y a un changement de support, il y a un Socrate qui engueule un Platon.&lt;/i&gt; Le problème, c'est que je&amp;nbsp;ne vois actuellement guère de Platon, ni de Socrate. Au&amp;nbsp;mieux, quelques personnes qui n'ont trouvé d'autre solution que de mettre la tête dans le sable et de débrancher l'école et d'autres qui voudraient faire de l'école un vaste tableau de bord de fusée&amp;nbsp;et faire des élèves des apprentis pilotes numériques.&lt;br /&gt; Pour ma part, je ne pense pas que l'on puisse éviter ces questions en ayant bien soin de distinguer les sujets: ceux qui sont internes à l'école et qui lui sont propres ( organisation, inertie, regroupement dans des classes, difficultés techniques, modification des supports d'enseignement, évaluation, contenus,&amp;nbsp;performation par diplômes ) et ceux qui lui sont extérieurs ( questions philosophique sur l'éducation, sur la formation du futur &quot;honnête homme&quot; ou d'un homme &quot;prêt à l'emploi&quot;, vie dans un environnement très informatisé, de sur-information, très dynamique, nature de l'enseignement dans cet environnement, justification et pertinence des attendus...). L'école doit être au centre de débats non idéologiques et non dogmatiques, lancés par des personnes qui lui sont extérieures, qui doivent être mis en friction avec les professionnels de ce milieu pour ne pas mettre de coté le fort principe de réalité de l'éducation ( budgétaire et organisationnel). Si notre futur adolescent doit ressembler au métisse culturel et numérique&amp;nbsp;qui traverse la rivière du savoir, il faut peut-être modifier quelques stratégies éducatives, ou sinon justifier philosophiquement celles que l'on adopte aujourd'hui et celles que l'on prépare pour demain, car le temps numérique accélère le temps. Mais le temps des systèmes n'est pas celui de l'horloge interne des ordinateurs.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On pourra dresser pendant des lustres des procès à tous les contenus et tous les programmes que l'on veut, faire des calculs simples ou savants du &quot;nombre de...&quot; sur &quot;nombre de...&quot;. Ils resteront vains si&amp;nbsp;un débat philosophique n'est pas lancé sur le sujet. Il ne s'agit pas, comme nous l'avons vu, d'un débat dogmatique ou&amp;nbsp;idéologique, mais de placer l'enseignement dans une dynamique adaptative et explicative, la pression intérieure est forte et les conditions extérieures se sont profondément modifiées ces dernières années&amp;nbsp;avec la révolution numérique. A mon avis, une erreur a été faite lors de l'équipement informatique des établissements scolaires. La pensée dominante étant que l'élève était au centre du système éducatif, c'était à lui que revenait l'équipement informatique. Or je pense qu'il eût été plus intéressant et économique dans une première phase d'introduction du monde numérique à l'école, d'équiper non pas les élèves mais les enseignants. On se retrouve aujourd'hui dans une situation paradoxale, du moins en enseignement général, d'un déficit d'équipement des enseignants qui ne peut qu'à de très rares occasions utiliser l'outil qui lui serait pourtant nécessaire pour modifier la structure d'un cours. Très peu de classes (&amp;nbsp;à vérifier...) &amp;nbsp;sont en fait équipées d'un système de projection reliées à un ordinateur qui lui-même est connecté à Internet. Il est vrai que la classe étant la référence de l'école, il était peut-être plus facile de concevoir&amp;nbsp;quelques salles complètement équipées que toutes les salles&amp;nbsp; juste équipées pour l'enseignant. L'introduction de la Culture dont une des composantes est numérique doit impérativement être au centre de débats philosophiques, comme l'a été la rationalité en son temps.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On a fait l'économie d'un débat de fond concernant ces sujets, la priorité étant donnée dans l'enseignement&amp;nbsp;à la massification. En abaissant les attendus, en rendant plus souples les exigences, on ne voit que l'adaptation d'un système à son public ( ses clients ? ). On a cru&amp;nbsp;par exemple introduire une dimension &quot;Culturelle&quot; à moindre coût en maths, en rendant les problèmes &quot;concrets&quot;, c'est à dire&amp;nbsp;en rédigeant des sujets prenant appui sur des thèmes forts des sections, mais ce n'est pas là encore traiter&amp;nbsp;de dynamique éducative en profondeur et ce n'est d'ailleurs peut-être pas aux enseignants de le faire. Que x soit une quantité de bananes, un nombre de bactéries ou une tension d'entrée, ou que x soit remplacé par q, ne peut masquer le fait que&amp;nbsp;le problème traité est &quot;adapté artificiellement&quot;. Attention, ceci ne veut pas dire que&amp;nbsp;des problèmes de ce type n'ont aucun intérêt, loin de là. Je veux simplement dire que malgré ces stratégies, le sujet de fond n'est pas abordé, celui de la&amp;nbsp;Culture. Or c'est bien aujourd'hui un manque cruel d'ancrage culturel&amp;nbsp;dont il s'agit, que ce soit au niveau des médias ( on les excuse...) mais aussi au niveau de l'enseignement ( et là c'est plus grave ).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les états dépensent des fortunes pour former leurs enseignants, les diplomer,&amp;nbsp;pour leur donner symboliquement le pouvoir de transmettre un savoir, car que peut-on transmettre d'autre qu'un savoir dans un système éducatif? Une compétence ne se transmet pas, elle&amp;nbsp;s'acquiert par l'élève et la culture dépasse largement le cadre de la seule transmission. Alors quel gaspillage de retirer symboliquement&amp;nbsp;à l'enseignant&amp;nbsp;cette légitimité inconditionnelle de la seule transmission du savoir.&amp;nbsp;Faire croire à&amp;nbsp;son&amp;nbsp;intériorisation par un seul acte presque unilatéral provenant de l'élève qui serait assez mûr pour trouver le sens et synthétiser son expérience en abstraction, relève à mon avis d'une certaine escroquerie, car s'il&amp;nbsp;décroche au mieux, en passant,&amp;nbsp;quelques compétences de base, d'où va lui provenir le discours analytique et synthétique qui lui permettrait d'organiser ces compétences au dessus d'un savoir structuré? Transformer l'évaluation des connaissances en évaluation des compétences, n'est que l'autre face d'une même pièce qui ne doit pas masquer le fait qu'il n'est pas de compétences sans un savoir minimal qu'il devra obligatoirement s'approprier, que cela relève de sa propre initiative ou qu'il y soit aidé par les acteurs éducatifs.&amp;nbsp;Si le savoir structurant et synthétique&amp;nbsp;arrive après l'attendu de compétences, un travail supplémentaire revient à l'élève, celui de la synthèse, qui est, de mon avis, plus délicat à mener que celui de l'analyse&amp;nbsp;qui part&amp;nbsp;d'objets certains, solides, généraux, pré-formatés et le dirigent vers l'exemple.&amp;nbsp;Pour faire de la musique, il n'est certes pas nécessaire de faire du solfège, mais il arrive bien un moment où il faut en faire pour aller plus loin et ce moment, par exemple en maths, arrive très vite. Faire croire aux élèves que l'on peut faire des maths sans technique et que s'entraîner à la technique serait les &quot;robotiser&quot; relève là aussi d'un assez grand mensonge&amp;nbsp;intellectuel. L'enseignement scolaire serait le seul lieu où ça se produirait comme cela. Pour faire du vélo, il faut apprendre l'équilibre et s'entraîner. Alors pourquoi ce qui est vrai en sport, et dans tous les domaines de la vie courante ( jardinage, cuisine, tâches ménagères, travail ) ne le serait plus dans l'éducation. Il me parait clair que plus on s'entraîne à faire la cuisine, meilleur on devient. De rares personnes possèdent&amp;nbsp;cette qualité sans travailler beaucoup, mais&amp;nbsp;tous les autres&amp;nbsp;doivent travailler pour l'acquérir. Certains deviendront chefs et d'autres se contenteront de préparer des omelettes et de réchauffer des plats cuisinés. S'il est indéniable que la transmission des savoirs ne peut se borner à une automatisation des&amp;nbsp;techniques, faire fi de cette dernière dans un processus éducatif serein me semble inadapté aux mécanismes naturels mis en jeu dans le processus d'apprentissage.&amp;nbsp;La séparation des étapes du processus d'apprentissage nous donnera les différentes strates&amp;nbsp;horizontales du triptyque pédagogique:&lt;br /&gt; Transmission de connaissances&amp;nbsp;justifiée par une assise culturelle ( histoire, actualité, nouvelles technologies ) suffisamment forte et convaincante.&lt;br /&gt; Automatisation et intériorisation des techniques de base, acquisition de compétences par les élèves.&lt;br /&gt; Validation de compétences non nécessairement techniques clairement définies . Je placerai aussi dans la validation des compétences, celles concernant le comportement. L'interprétation des évaluations ne doit pas&amp;nbsp;se faire seulement en terme de niveau absolu mais aussi en terme de progression et donc de différences, et d'écart de ces différences à l'attendu.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; N'en déplaise à certains, dans le système scolaire, la seule personne légitimée à transmettre un savoir est le professeur. L'élève quant à lui&amp;nbsp;reçoit ces savoirs dont sa charge est d'en transformer certains en compétences ( qui ne sont pas nécessairement la restitution brute de ces savoirs ). Celles-ci doivent être évaluées régulièrement. Cette évaluation devrait d'une part permettre d'engager un processus de positionnement personnalisé de l'élève dans le système&amp;nbsp;et d'autre part, elle&amp;nbsp;devrait permettre au système&amp;nbsp;de fournir la structure optimisant cette évaluation, et non le contraire. On est souvent dans le cas où: la structure étant donnée, c'est l'évaluation de l'élève qui détermine ses choix.&lt;br /&gt; Même si je pense que l'hétérogénéité est intéressante et peut être enrichissante dans certains cas, je ne vois guère d'intérêt de mettre&amp;nbsp;dans une même classe&amp;nbsp;des élèves qui ont 3 et 18 de moyenne, et plutôt que de penser &quot;classe de niveau&quot; si on effectuait la ségrégation, il serait peut-être intéressant de considérer que la notation des élèves devrait-être relativement constante et homogène&amp;nbsp;par groupe et que ce seraient aux rythmes et aux contenus de s'adapter aux groupes formés. Le moteur du système étant d'essayer d'augmenter sa vitesse personnelle de traversée du flux éducatif. Autour d'une vitesse de progression moyenne se constitueraient des groupes plus lents et plus rapides, réorganisés à des rythmes plus fréquents que l'année scolaire. Un élève qui peine peut redoubler un cours sans pour cela redoubler une année. D'autres qui se sentent plus à l'aise peuvent passer dans un cours d'un niveau plus élevé et plus rapide. Mais là il faut se mettre d'accord sur une exigence minimale envers les élèves en fin de cursus et permettre aux élèves les plus performants du système scolaire de pouvoir accélérer leur formation, de pouvoir passer des examens plus ségrégatifs à presque tout moment de leur scolarité. Des sujets pourraient être faits en fonction&amp;nbsp;des cours suivis donnant plus ou moins de points dans la discipline choisie. Un élève faible traiterait une partie d'un sujet et ne pourrait accéder à la totalité des points de ce sujet mais&amp;nbsp;devrait faire la totalité des exercices de son&amp;nbsp;niveau de compétences de façon correcte afin d'obtenir le nombre de points maximum lui revenant.&amp;nbsp;Dans un tel système, les élèves seraient tirés vers le haut quelque soit le niveau dans lequel ils seraient, chacun devant faire au mieux dans un niveau qui lui serait adapté. Les élèves seraient amenés à produire des résultats homogènes par groupe et en cas de non réussite dans un niveau, ils devront produire des résultats excellents dans le groupe de difficulté moindre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; D'une façon générale une baisse de l'intérêt de l'évaluation va de pair avec le constat d'une meilleure adaptation du système éducatif aux niveaux des élèves. Il faut donc évaluer correctement et suffisamment pour s'affranchir de l'évaluation. La forte pression sur le maintien du baccalauréat montre combien la situation de l'évaluation est capitale en France et le chemin encore long à parcourir.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pour en revenir au sujet initial et ternaire, compte tenu des différentes sources de savoir rencontrées par les élèves à l'extérieur de l'école, compte tenu aussi du fait qu'ils peuvent aujourd'hui développer de multiples compétences qui ne l'étaient pas auparavant et mettre ainsi beaucoup plus en perspective certaines incohérences&amp;nbsp;du système, il semble très important pour conserver une structure forte et compacte de ne pas faire l'économie de ce débat.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Si les lycéens d'aujourd'hui&amp;nbsp;ont peur et demandent qu'on leur conserve les enseignants, peut-être aussi voient-ils sans le formuler ainsi, le challenge que devra affronter l'éducation du XXIème siècle. Ils ne souhaitent pas que l'école disparaisse derrière quelques écrans impersonnels, ils souhaitent conserver une présence humaine, détentrice d'un savoir qui le dispense&amp;nbsp;dans les écoles, pour les aider à passer cette rivière mouvante. Aux adultes de leur construire les ponts qui leur permettront de traverser sans se noyer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;b&gt;Je ne pense vraiment pas avoir saisi ici toute l'importance de ce vaste&amp;nbsp;sujet...&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;Messieurs les philosophes, il faudrait se mettre sérieusement au travail.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>UBUNTU</name>
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        <title>perversion ou perversité</title>
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        <updated>2008-05-10T11:28:00+02:00</updated>
        <published>2008-05-10T11:28:00+02:00</published>
        <summary>Bien que nous vivions dans un monde où la science a pris la place de...</summary>
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          Bien que nous vivions dans un monde où la science a pris la place de l'autorité divine, le corps celle de l'âme, et la déviance celle du mal, la perversion est toujours, qu'on le veuille ou non, synonyme de perversité. Et, quelles que soient ses figures, elle a toujours trait, comme autrefois, mais à travers de nouvelles métamorphoses, à une sorte de négatif de la liberté : anéantissement, déshumanisation, haine, destruction, emprise, cruauté, jouissance.Mais elle est aussi créativité, dépassement de soi, grandeur. En ce sens, elle peut être entendue comme l'accès à la plus haute des libertés puisqu'elle autorise celui qui l'incarne à être simultanément un bourreau et une victime, un maître et un esclave, un barbare et un civilisé. La fascination qu'exerce sur nous la perversion tient précisément en ceci qu'elle peut être tantôt sublime et tantôt abjecte. Sublime quand elle se manifeste chez des rebelles au caractère prométhéen, qui refusent de se soumettre à la loi des hommes, au prix de leur propre exclusion, abjecte quand elle devient, comme dans l'exercice des dictatures les plus féroces, l'expression souveraine d'une froide destruction de tout lien généalogique.&quot;vous trouvez que j'écris bien ? vous avez tort, le texte ci-dessus n'est pas de moi, malheureusement. Je l'ai pompé dans le livre de Madame Elisabeth Roudinesco &quot;La part obscure de nous-mêmes&quot; (à lire absolument, sauf si vous êtes pasteur évangélique borné bien entendu)&quot;.
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        <author>
            <name>Ratatosk</name>
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        <title>Le principe de subsidiarité</title>
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        <updated>2008-05-10T00:21:00+02:00</updated>
        <published>2008-05-10T00:21:00+02:00</published>
        <summary>    &amp;nbsp;     Stéphane Gaudin        ENTRE AUTORITÉ ET LIBERTÉS : LE...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://euro-synergies.hautetfort.com/">
           &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#000000&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lerecoursauxforets.net/article-1887792-6.html&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#000000&quot;&gt;Stéphane Gaudin&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#CC0000&quot;&gt;&lt;strong&gt;ENTRE AUTORITÉ ET LIBERTÉS : LE PRINCIPE DE SUBSIDIARITÉ&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&quot;La Communauté agit dans les limites des compétences qui lui sont conférées et des objectifs qui lui sont assignés par le présent traité.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n'intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent être réalisés de manière satisfaisante par les Etats-membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée être réalisés au niveau communautaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’action de la Communauté n'excède pas ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs du présent Traité&quot;. (Article 3B du Traité de Maastricht).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Durant l'Antiquité, le subsidium était une méthode d'organisation militaire, une ligne de troupe se tenait en alerte, derrière le front de bataille, prête à prêter secours en cas de défaillance. Avec le temps, cette méthode devint un principe plus large d'ordre philosophique, juridique, social et politique. Ses racines sont donc très anciennes, même si le mot &quot;subsidiarité&quot;, à la consonance quelque peu barbare, paraît jeune. Les écrits d'Aristote, de Thomas d'Aquin, d'Althusius, de Proudhon, l'Encyclique Rerum Novarum du Pape Léon XIII (1891), puis le Quadragesimo Anno de Pie XII (1931) s'en inspirent. Plus tard encore, le Pape Pie XII dans son Discours aux Cardinaux, le 20 février 1946, reprécisera que &quot;toute autorité sociale est par nature subsidiaire&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;LA SUBSIDIARITÉ A PLUS DE 2000 ANS&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dans&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Politiques&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, Aristote décrit une société organique au sein de laquelle s’emboîtent hiérarchiquement des groupes familles-villages-Cité. Chacun de ces groupes essaient d'être au maximum auto-suffisants, mais n'y parviennent jamais totalement, à part bien sûr la Cité, considérée comme une totalité politique. La Cité est l'unique organe autonome, donc parfait, dans lequel le citoyen peut déployer ses potentialités, en vue du bien commun, afin de perfectionner sa vie et celle des autres. Cette société holiste, cette universitas permet aux groupes d'être &quot;capables de se survivre dans le domaine de leurs activités propres&quot; (1), activités qui se superposent mais ne se recoupent pas. La Cité respecte l'autonomie des groupes compétents pour assumer eux-mêmes leurs affaires propres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Thomas d'Aquin reprendra et christianisera cet antique principe. La personne, substance intellectuelle, succède au citoyen. La personne est à l'image de Dieu, seule, au travers de sa volonté, de sa conscience, de ses actes et de son libre jugement. &quot;L'idée de personne, issue de la pensée chrétienne et à certains égards de la culture scandinave, consacre la dignité de cette 'substance' autonome, à laquelle nulle autorité ne saurait voler l'existence en l'utilisant comme moyen&quot; (1). De par son rapport intime et individuel à Dieu, l'homme transcende la société. &quot;Il est membre de la société en tant qu'être dépendant, obligé de puiser autour de lui dans son milieu social, les éléments de sa vie et de son développement physique, intellectuel et moral. Mais pour autant qu'il est un être spirituel, dont les opérations propres sont immanentes, il transcende le milieu social dans lequel il plonge&quot; (2). Dans la conception chrétienne, le principe de subsidiarité est au service de la personne (appartenant toujours à une collectivité) alors que chez Aristote, elle se trouve au service direct des multiples groupes formant la Cité.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;UNIVERSALIS PUBLICA CONSOCIATIO&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Au début du XVIIe siècle, un juriste germanique et calviniste, Althusius (1557-1638), recteur du Collège de Herborn depuis 1602, sort un ouvrage majeur Politica methodice digesta (1603) qui va le rendre célèbre et faire de lui un des précurseurs de la doctrine fédéraliste. Homme de décision et d'action, il est amené à mettre en pratique ses idées au sein du Syndic de la ville d'Emden, en Frise orientale, afin de lutter contre l'autorité du comte-suzerain Enno. Il restera à ce poste jusqu'à sa mort. Althusius est un homme de son temps, défendant la tradition communaliste et les corps intermédiaires qui sont très nombreux à l'époque (famille, corporations, ligues, guildes, cités, provinces...). Considérant que pour être solidaire, il faut par-dessus tout être libre, Althusius défend farouchement ces communautés, fières de posséder leurs propres lois, respectées par ses membres au travers du pacte juré. Pour lui &quot;la politique est la science qui consiste à unir les hommes entre eux pour les amener à la vie sociale, de sorte que celle-ci soit effective et mieux conservée entre les associés. C'est pourquoi nous l'appelons la symbiotique&quot;. Dans cette phrase transparaît l'héritage d'Aristote.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Althusius considère que la société humaine n'est pas formée d'individus mais de communautés s'articulant autour d'un principe architectonnique. Ces communautés organiques, en tant que personnes morales (persona repraesentata) sont sujets de droit, comme chaque citoyen, jouissant des mêmes libertés. Pour subsister, prospérer, se déployer, se projeter, les hommes s'associent volontairement afin de répondre à des besoins que, seuls, ils n'auraient jamais réussi à combler. Si l'association s'avère insuffisante, alors diverses associations prêtent serment de se réunir via un jus foederis (ou confoederationis) pour le bien commun et l'épanouissement de tous les membres. Cette alliance ne tient pas forcément compte de la proximité géographique. Deux communautés éloignées l'une de l'autre peuvent se trouver des intérêts et des idéaux communs. Dans la perspectives d'Althusius, le peuple seul détient la souveraineté &quot;parce qu’il vit dans des sphères déjà souveraines et presque autosuffisantes. La participation au pouvoir ne se justifie que par l'autonomie sociale, qui est d'abord un fait, et devient un droit par sa nécessité naturelle. L'État n'intervient pas à l'intérieur des communautés, il s'occupe des tâches liées à ces compétences : la paix, la défense, la police, la monnaie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le principe de subsidiarité étant un instrument, peu importe la forme du régime, qu’il soi ou monarchique, démocratique, oligarchique, républicain. Il est un frein à leurs dérives totalitaires respectives. Chez Althusius, nous imaginons volontiers des hommes qui sont autant de compagnons de cordées, escaladant la haute montagne de la vie sociale : se répartissant des tâches particulières en vue de l'action commune. Chacun sait, d'ailleurs, qu'en cordées, il est plus demandé à chacun que s'il était seul, à cause des conséquences qu'une imprudence ou une faiblesse pourraient avoir pour les autres. La corde matérialise ici le serment juré, le pacte sacré. Cette solidarité active maintient les distances. Elle suppose une pleine harmonisation des forces, une confiance et une connaissance précise des possibilités de chacun. Virilité sans ostentation, capacité d'aider immédiatement, mais entre des hommes qui sont sur le même plan et sur la base d'un objectif librement choisi et voulu de concert. Althusius fut le 1er à concrétiser socialement ce principe qui était resté purement philosophique chez Aristote et Thomas d'Aquin. Cette pensée allait de nouveau se perpétuer à l'époque contemporaine chez Proudhon.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'UNITÉ PAR LES DIVERSITÉS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://fr.novopress.info/?p=2093&quot;&gt;&lt;strong&gt;Proudhon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, le principe de subsidiarité est au centre même de sa théorie. Il équilibre les rapports souvent conflictuels entre l'Autorité et la Liberté. Trop d'autorité conduit au despotisme, trop de liberté à l'anarchie (au sens négatif du terme). Dans son ouvrage Du Principe Fédératif, ce dernier affirme que &quot;le problème politique, ramené à son expression la plus simple, consiste à trouver l'équilibre entre&amp;nbsp;2 éléments contraires, l'Autorité et la Liberté. Toute fausse balance se traduit immédiatement, pour l'État en désordre et en ruine, pour les citoyens en oppression et en misère. En d'autres termes, les anomalies ou perturbations de l'ordre social résultent de l'antagonisme de ses principes : elles disparaîtront quand les principes seront coordonnés de telle sorte qu'ils ne puissent plus nuire&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Entre ces 2 pôles se trouve l'homme avec ses compétences, au service des communautés simples (familles, ateliers, syndicats) et des communautés plus complexes (communes, cantons,&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://archive.bibalex.org/web/20010625023936/nationalbolshevik.com/synergon/OCT96AMregions.htm&quot;&gt;&lt;strong&gt;régions&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, États). Le but recherché à chacun des échelons reste, toujours, l'auto-suffisance. L'homme conserve, à chaque degré, une parcelle de souveraineté qui fait de lui un acteur responsable au sein d’une&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.u-blog.net/davidsoldini/note/50&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cité fédéraliste&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, non plus naturelle mais contractuelle. La forme du contrat prime sur celle du régime. L’ennemi primordial reste avant tout le centralisme niveleur, qu’il soit démocratique ou monarchique. Un centralisme profitant de &quot;l’incapacité&quot; (critère des plus subjectifs) des citoyens pour s’ingérer dans toutes les affaires sociales privées ou publiques transformant ainsi le citoyen-acteur (perdant peu à peu des pans de sa liberté) en sujet-relais, sans dignité aucune, interchangeable à souhait et domestiquer à se contenter de consommer. La pensée proudhonienne nous avertit que la société doit, dans la mesure du possible (c-à-d. de sa volonté), se passer au maximum de l'État si elle entend vivre bien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;SUBSIDIARITE ET CATHOLICITE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Papes s'inspirèrent des écrits de l'italien Taparelli, de l'évêque allemand Ketteler, du français La Tour du Pin, pour ne citer qu'eux, afin de construire la &quot;doctrine sociale de l’Église&quot;. Tous 3 ont le point commun de réhabiliter les corps intermédiaires. Pour Ketteler (1848) &quot;tant que la famille, la commune peuvent se suffire, pour atteindre leur but naturel, on doit leur laisser la libre autonomie... Le peuple régit lui-même ses propres affaires : il fait une école pratique de politique dans l'administration communale, où se reproduisent en petit les questions qui sont traitées en grand dans les parlements. C’est ainsi que le peuple acquiert la formation politique et la capacité qui donnent à l'homme le sentiment de son indépendance&quot;. Taparelli suggère que : &quot;le tout doit venir en aide à la partie et la partie au tout, c-à-d. que la partie ne disparaît pas dans le tout et que le tout ne doit pas absorber la partie dans son unité&quot;. La Tour du Pin, quant a lui, propose de bâtir un ordre organique, naturel et hiérarchisé, fondé en grande partie sur les corporations. Il faut sortir l’homme perverti par la souveraineté de l'argent et l'usure en rétablissant une moralité de la solidarité, en &quot;injectant du Moyen-Age&quot; dans une société de plus en plus industrielle. La nostalgie sociale de La Tour du Pin allait inspirer le régime fortement corporatiste de Salazar, au Portugal, et dans une moindre mesure, de Mussolini, en Italie (cf. RSI de 1943).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’économiste français François Perroux a bien vu la faille que représentaient ces régimes excessifs, inadaptés pour l'époque car &quot;sans intervention rigoureuse de l'État, un système corporatif conduit en droiture à la formation d'une féodalité économique&quot; (3). Pourtant Perroux proposait un &quot;État neuf&quot;, considérant l’État libéral incapable de surmonter les graves crises sociales des années 30. Fondant, en partie, sa théorie sur les communautés de travail, composées d'élus, de patrons, de salariés, Perroux jugeait qu'il fallait avoir un exécutif fort et une décentralisation des fonctions sociales : &quot;de nombreuses tâches présentement confiées à l'État seront assurées aussi correctement, avec autant d'efficacité et à moindre frais dans le cadre de la région, dotée d'une existence, de moyens d'action effectifs et dans celui de la communauté de travail. Ces organes comme les rouages administratifs proprement dits sont en situation d'assurer la régularité et la continuité des échanges entre l'État et la société civile, qui assure leur intégration réciproque... &quot; (3).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;RERUM NOVARUM ET QUADRAGESIMO ANNO&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Révolution française détruisit les corps intermédiaires, derniers vestiges de la féodalité. Le 4 août fit table rase des institutions médiévales afin de placer les rouages sanglants de la République par la Terreur. Petit à petit, le jeune citoyen se retrouva seul en face de la toute puissance de l'État de plus en plus centralisateur. Le XIXe siècle vit l'avènement du libéralisme triomphant, responsable de nombreux maux sociaux, dont l'exode vers les villes est le plus marquant. L'homme n'était plus la pierre angulaire, la &quot;clef de voûte&quot;, pour reprendre les mots de Saint-Exupéry, de la société, l'argent l'avait remplacé. Pour contrecarrer cette involution, les Papes vont élaborer la &quot;doctrine sociale de l'Église&quot;. Oscillant entre l'ingérence et la non-ingérence de l'État, l'Église critique les excès du matérialisme qui dissout la dignité, et donc la liberté de l'homme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'encyclique Quadragesimo Anno fait de la subsidiarité le pilier de sa réflexion : &quot;On ne saurait ni changer, ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu'on ne peut enlever aux particuliers pour les transférer à la communauté les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social, que de relier aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d un rang plus élevé les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes (...). L'objet naturel de toute intervention en matière sociale est d'aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber&quot;. Les Papes, et en particulier Léon XIII, ne voulaient pas un nouveau Moyen-Age utopique, mais proposer un projet chrétien à l'industrialisation d'une société, une nouvelle attitude face au matérialisme et à l'individualisme qui touchaient de plein fouet les classes défavorisées&amp;nbsp;: une &quot;3ème voie&quot; spirituelle entre capitalisme et socialisme au travers d'un humanisme théocentrique, respectueux de la diversité et de la richesse du corps social.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Précédant Rerum Novarum, l'encyclique Hominium Genus (1884) précisait : &quot;comme ils n’ont pas tous les mêmes ressources d'intelligence et qu'ils diffèrent les uns des autres soit par les facultés de l'esprit, soit par les énergies physiques, comme ainsi il existe entre eux mille distinctions, de mœurs, de goûts, de caractères, rien ne répugne tant à la raison que de prétendre les ramener tous à la même mesure et d'introduire dans les instructions de la vie civile une égalité rigoureuse et mathématique. De même, en effet, que la parfaite constitution du corps humain résulte de l'union et de l'assemblage des membres qui n'ont ni les mêmes forces, ni les mêmes fonctions, mais dont l'heureuse association et le concours harmonieux donnent à tout l'organisme sa beauté plastique, sa force et son aptitude à rendre les services nécessaires, de même au sein de la société se trouve une variété presque infinie de parties dissemblables. Si elles étaient toutes égales, rien ne serait plus difforme qu'une telle société. Si au contraire, par une sage hiérarchie des mérites, des goûts, des aptitudes, chacune d'elles concourt au bien général, vous voyez se dresser devant vous l’image d’une société bien ordonnée et conforme à la nature&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;PAR LA SUBSIDIARITÉ, NOUS DEVENONS CE QUE NOUS SOMMES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Que peut-on attendre aujourd'hui du principe de subsidiarité ? Obéit-il à un phénomène de mode ? Pourquoi est-il mis en exergue par les tenants du centralisme bruxellois ? Cache-t-il une stratégie de pouvoir à l'échelon européen ? Les interrogations sont nombreuses autour de ce principe. Il est trop tôt pour certains d'y répondre maintenant. L'Europe entre de plus en plus dans une ère de fédération, ou plutôt, de confédération, tant souhaitée par Proudhon. Mais quand les fédérateurs sont des agités de l'alinéa abscons convertis au libéralisme, les citoyens que nous sommes sont en droit de se poser des questions. S'articulant entre l'Europe, les États et les régions (et autres collectivités territoriales), le principe de subsidiarité a pour but de créer une&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.conflits.org/document.html?id=328&quot;&gt;&lt;strong&gt;dynamique intracommunautaire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. Mais dans le cas de l'État unitaire qu'est la France, où les régions et départements sont tout sauf naturels, et servent de succursales à l'autorité administrative toute puissante, où se trouve cette dynamique ? Dans quelle mesure le citoyen a la possibilité d'y participer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le 1er des impératifs sera, pour nous citoyens, de sortir définitivement de cette société de masse. Il faudra de nouveau constituer des corps intermédiaires au sein d'une société qui devient de plus en plus complexe et de moins en moins ordonnée. Être des porteurs d'ordre, de solidarité, de distance et de sens, tout en défendant nos droits à l'enracinement&amp;nbsp;: le nouveau défi écologique qui pointe en ce XXIe siècle nous obligera à le devenir. Nous allons être confrontés à un &quot;fait&quot; écologique qui ne sera chapeauté par aucun Droit véritable. Devrons-nous l'attendre pour agir&amp;nbsp;? Robin des Bois a-t-il attendu le retour du roi Richard pour défendre la justice naturelle contre un shérif corrompu ? Nous devons, nous-mêmes, devenir cette ligne de troupe citoyenne en alerte, ce subsidium face à la globalisation et à l'uniformisation des cultures. L'identité ne se décrète pas ; une fois perdue, on ne la retrouve jamais totalement. Une prothèse ne comble jamais le membre perdu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La subsidiarité est une arme sociale : dans les mains de l'autorité technocratique, elle est un instrument efficace d'ingérence ; dans les mains des corps intermédiaires, un bâton tenant à distance l'autorité envahissante (il faut se rappeler l'exemple du Syndic d'Emden), un bâton auquel peuvent s'accrocher d'autres citoyens en difficulté. Il nous faut redéfinir la société et le rôle de l'État en inventant une citoyenneté ascensionnelle et territoriale suivant le degré de compétence et la sphère de participation du citoyen : un citoyen peut être compétent au sein de sa commune et incompétent dans sa région. Il n'y a que les politiciens soucieux de leur hégémonie électorale pour cumuler les mandats et être à la fois maire, député, conseiller général ou régional et ministre. Bel exemple de subsidiarité ! Quand le citoyen regarde son maire, il ne voit plus le représentant de sa communauté citadine mais l'État en personne. Leur démarche nous fait croire que le peuple appartient à l'État, alors que c'est l'inverse. &quot;L'État est une contrainte au service d'une communion&quot; (François Perroux). Mais &quot;ce n'est pas en récusant l'autorité qu'on devient maître de soi, mais en la cantonnant sous des référents qui font Autorité face aux autorités&quot; (4).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;C. Millon-Delsol, Le principe de subsidiarité, PUF/Que sais-je ? n°2793.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;J. Weydert, Une contribution à l'idée fédéraliste de la pensée sociale catholique : le principe de subsidiarité in Le fédéralisme est-il pensable pour une Europe prochain&amp;nbsp;?, Kimé, 1994, p 103 à 112.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;F. Perroux, Capitalisme et communautés de travail, Sirey, 1938.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;C. Millon-Delsol, L'autorité, PUF/Que sais-je ? n°793, p 126.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Du principe fédératif, Proudhon.&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ellopos.net/politics/proudhon.htm&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ch. VI&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;-&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.panarchy.org/federalism/proudhon.1863.html&quot;&gt;&lt;strong&gt;ch. VII&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;-&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.catallaxia.org/sections.php?op=viewarticle&amp;amp;artid=114&quot;&gt;&lt;strong&gt;ch. VIII&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’État subsidiaire, C. Million-Delsol, PUF/Léviathan, 1992.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Europe, le temps des régions, C. du Granrut, LGDJ, 1994.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’État sans politique (tradition et modernité), M. Bouvier, LGDJ, 1986.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Histoire de l’idée fédéraliste (3 vol.), B. Voyenne, Presses d’Europe, 1973/1976/1981.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dictionnaire du fédéralisme, Établissement Émile Bruylant (Bruxelles).&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; 
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        <author>
            <name>Ratatosk</name>
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        <title>Définir la subsidiarité</title>
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        <updated>2008-05-09T00:17:00+02:00</updated>
        <published>2008-05-09T00:17:00+02:00</published>
        <summary>       &amp;nbsp;       DÉFINIR LA SUBSIDIARITÉ       Intervention de Robert...</summary>
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           &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;font color=&quot;#990099&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_des_rustauds&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://photo.ringo.com/205/205020916O898892566.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;font size=&quot;4&quot; color=&quot;#FF0000&quot;&gt;DÉFINIR LA SUBSIDIARITÉ&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Intervention de Robert Steuckers à l’université d’été de la F.A.C.E. (juil. 1995), paru dans la revue Nouvelles de Synergies Européennes, n°17 (janv. 1996).&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lors de notre visite au Professeur Gianfranco Miglio, fin avril 1995, celui-ci nous a confié qu'il considérait le terme &quot;subsidiarité&quot; comme un mot ambigu, qui désignait une délégation de pouvoir pouvant conduire à une confiscation des pouvoirs par l'instance centrale (en l'occurrence appelée &quot;fédérale&quot;). Pour G. Miglio, mieux vaut parler de fédéralisme, lequel, selon Chateaubriand, est la forme étatique des peuples germaniques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;On reparle beaucoup de subsidiarité dans le processus d'unification européenne. Lors de la rédaction du Traité de Maastricht, les juristes allemands ont insisté pour que soit inscrit en toutes lettres le terme de &quot;subsidiarité&quot;. Mais dans le texte de ce traité, le terme est ambigu sur 5 points au moins, nous signalent bon nombre d'observateurs :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il peut être interprété comme une arme contre les tendances trop accentuées vers le centralisme (reproche adressé surtout à la Commission) ou b) comme un instrument pour retourner à l’État-Nation conventionnel (Thatcher).&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Signifie-t-il une (re)distribution ou une répartition des compétences en exercice ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;S'agit-il d'un transfert de compétences strictement réglementé ou d'une auto-limitation volontaire de la part des pouvoirs publics nationaux ? Ou encore d'un principe vague qui veut avertir le citoyen des risques d'empiètement émanant des instances centrales ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Comment mesurer la qualité ou l'intensité du transfert des compétences ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Où se trouve aujourd'hui le principe de subsidiarité dans le discours politique, dans les textes constitutionnels, dans la pratique quotidienne du droit ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;ORIGINE DU TERME &quot;SUBSIDIARITÉ&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le terme &quot;subsidiarité&quot;, expliquent les historiens du droit, fait partie d'une &quot;triade catholique&quot; (personnalité, solidarité, subsidiarité). Mais les théoriciens majeurs de la subsidiarité, les pères fondateurs du concept, sont protestants&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.breizh-2004.org/breizh2004/sections/analyses/althusius/view&quot;&gt;&lt;strong&gt;Johann Althusius&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;(longtemps oublié dans les manuels d'histoire des idées politiques et juridiques),&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Otto von Gierke (un sociologue et juriste allemand du XIXe siècle qui redécouvrira Althusius en 1880, juste avant le sociologue Tönnies, théoricien de la &quot;communauté&quot;).&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;JOHANN ALTHUSIUS (1557-1638)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ce fondateur de la science politique organique allemande écrit et est lu au début du XVlle siècle. Ses doctrines constituent l'antithèse de la dominante idéologique de l'époque, soit l'absolutisme théorisé par Bodin. La notion cardinale dans l'œuvre d'Althusius est celle de Gemeinwille (volonté commune), ancrée dans le peuple, perçue et définie comme organisierter Volkskörper (corporéité populaire organisée).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;OTTO VON GIERKE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://askesis.hautetfort.com/images/medium_gierke.jpg&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img src=&quot;http://askesis.hautetfort.com/images/medium_gierke.jpg&quot; alt=&quot;medium_gierke.jpg&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ce sera&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.bookrags.com/biography/otto-von-gierke/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Otto von Gierke&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;(1841-1921)&amp;nbsp;qui redécouvrira Althusius dans les années 1880. Qui est Otto von Gierke ? Un théoricien allemand du &quot;Droit des Genossenschaften&quot; (compagnonnages). Pour Althusius au XVlle et Otto von Gierke au XIXe s., la politique est Konsoziation et Konkordanz (concorde, ou &quot;sympathie&quot;, unisson des cœurs). Le fédéralisme et la subsidiarité d'Althusius et d'Otto von Gierke sont un ancrage profond dans le tissu social concret. Cet ancrage permet d’échapper à l'hyper-simplification de l'absolutisme, propre des monarchies déclinantes, et du centralisme (de Philippe II à Richelieu et de Louis XIV à la Révolution). L'accent mis sur les &quot;compagnonnages&quot; et la &quot;communauté&quot; implique un refus de la stricte séparation de la politique et du marché, césure imposée par le libéralisme. Le fédéralisme actuel (USA, Australie, Canada et même la RFA) n'est qu'une variante du centralisme&amp;nbsp;: il s'agit d'un compromis qui s'oriente toujours vers une consolidation du niveau central. Aux États-Unis, les &quot;états&quot; reçoivent la permission du niveau fédéral d'exercer des compétences (des phénomènes analogues s'observent en RFA voire en Suisse). L'objectif de toute centralisation est : que tous doivent finir par vivre selon le même modèle économique ; que les communautés villageoises, claniques ou familiales doivent s'adapter à des règles édictées &quot;d’en-haut&quot; : que les entreprises doivent se conformer à des modèles venus également du &quot;sommet&quot;. Le haut ne délègue au bas que ce qui n'est pas jugé important. La compétence n'est jamais qu'octroyée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;LE TRAlTÉ DE MAASTRICHT ET LE CAS FRANÇAIS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Althusius se place résolument en porte-à-faux vis-à-vis de cette mentalité absolutiste et centraliste. Dans son esprit, la subsidiarité sert à façonner le concorde, à souder les communautés, à consolider le tissu social. Elle doit dès lors atteindre 3 objectifs, si on la (re)place dans le&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.i-d-europe.org/Federalism.htm&quot;&gt;&lt;strong&gt;contexte actuel de l'Union Européenne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Susciter chez tous la promptitude à l'aide mutuelle, dans les limites imposées par les budgets respectifs des communautés locales ou professionnelles. Donc la subsidiarité ne saurait être un prétexte à l'isolationnisme comme l'imaginait Madame Thatcher.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Comme il y a ancrage de toute souveraineté dans le Volkskörper (la &quot;corporéité folcique&quot; ou corps social), les États de l'Union Européenne (c-à-d. les États qui ont la qualité de membre) ne peuvent agir - ou leur action n'est valide dans l'esprit d'un droit qui serait entièrement déterminé par la subsidiarité - que s'ils représentent réellement les multiples éléments de ce Volkskörper. Il faut donc qu'il y ait représentation des provinces, communes et associations diverses (les Verbände). Les représentants des divers États ne pourraient exercer leurs fonctions que s'ils ont l'aval des éléments divers du Volkskörper.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il faut prévoir la représentation de toutes les communautés au sein même des États. Aujourd'hui, la RFA, la Belgique et l'Espagne sont en règle, du moins sur le plan de l'organisation et de la représentation de leurs minorités. Celles-ci y sont protégées et représentées au sein d'assemblées qui leur sont propres. Les langues minoritaires sont pleinement reconnues comme langues nationales ou comme langues administratives locales. Ce n'est pas tout-à-fait le cas en Italie où l'allemand, le slovène, l'albanais et le grec ne sont pas reconnus ni leurs locuteurs représentés dans des assemblées autonomes et homogènes. Ce n'est certainement pas le cas de la France - qui est le cas le plus scandaleux et le plus inadmissible pour les ressortissants des communautés flamande ou germanophone de Belgique - où l'allemand, le néerlandais, le basque, le corse ou le breton n'ont pas droit de cité et où la communauté germanophone d'Alsace et de Lorraine thioise ainsi que la communauté néerlandaise du Westhoek ne disposent pas d'un parlement autonome à l'instar des communautés germanophone de Belgique ou danoise et sorabe d'Allemagne.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;À Bruxelles et à Berlin, bon nombre de juristes et de constitutionnalistes estiment dès lors que la France n'est pas pleinement un État de droit démocratique, puisqu'elle n'accorde pas la réciprocité à ses ressortissants de souche flamande ou allemande et, par le truchement de ses préfets (non élus&amp;nbsp;!), fait interdire, en contradiction avec les directives de l'UE, des initiatives culturelles flamandes en Flandre, telles des radios libres ou des messes chantées en dialecte (et expulse manu militari les prêtres de nationalité belge qui ont chanté dans un idiome qui avait l'heur de ne pas plaire au préfet&amp;nbsp;!). En théorie, au fur et à mesure que l'Union Européenne prendra corps, et à condition que les juristes et les ministères belges sortent de leur torpeur et se décident à faire vivre réellement les principes d'autonomie à tous niveaux qui ont toujours été revendiqués par nos populations et leurs élites, les tribunaux belges et allemands pourraient parfaitement s'octroyer un jour le droit de juger tout fonctionnaire français qui écornerait les droits naturels et inaliénables des germanophones ou des néerlandophones vivant sur le territoire français, dans des pays qui sont historiquement leurs. Le non respect du Traité de Maastricht et des accords de Schengen laisse augurer le pire pour ces minorités : il est temps que soit organisée en Europe, à l'échelle européenne, leur défense contre toutes les formes d'arbitraire qu'elles subissent et qui sont contraires aux conventions des droits de l'homme signées par tous les États européens. Et tant pis pour les États parjures !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;MONISTES, DUALISTES, PLURALISTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mais revenons à l'histoire du principe de subsidiarité. Althusius a mis en forme le débat institutionnel qui a suivi la Nuit de la Saint-Barthélémy (1572). Celui prend forme, chez les adversaires de la subsidiarité et de la subsistance des &quot;corps intermédiaires&quot;, dans un ouvrage capital de Jean Bodin, publié en 1576 et intitulé Six livres de la République. Le titre de cet ouvrage est déjà très révélateur en soi : le terme &quot;république&quot; est utilisé au singulier, alors qu'au départ, en langue latine, on parlait toujours des res publicae au pluriel, des choses publiques, soulignant par là même qu'elles étaient diverses et assez souvent contradictoires. Bodin voulait concentrer la souveraineté dans les seules mains du monarque (&quot;L'État c'est moi&quot; affirmera Louis XIV), comme la République, après avoir tait décapiter le roi, et désormais seule incarnation de l'État, a voulu tout centraliser à outrance. Il y a donc une parfaite continuité entre l'ancien Régime en et la République en France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour Bodin, la crise des guerres de religions réclame une solution moniste, c-à-d. une concentration du pouvoir dans une instance centrale, en l’occurrence le monarque. Dans la pratique, ce &quot;monisme&quot; implique la suppression de tous les &quot;pouvoirs intermédiaires&quot;, ce qui transforme les États en simples relais administratifs. Et quand Bodin parle de &quot;tolérance&quot;, alors qu'il rédige des manuels d'inquisition (!), il envisage simplement de séparer la religion des affaires de l’État.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Face au &quot;monisme&quot; de Bodin, nous trouvons les partisans de la &quot;solution dualiste&quot; ou &quot;monarchomaques&quot;, qui considèrent que le monarque ET le peuple sont également responsables du bon fonctionnement de l'appareil étatique et des bonnes mœurs. Devant Dieu, le peuple, dépositaire de ses droits ancestraux, les délègue au monarque, tout en conservant un droit de résistance face aux abus éventuels du roi. Le monarque, lui, dort simplement promettre de ne pas abuser. Dans cette perspective dualiste, seul le monarque dispose d'un droit originel. Le peuple, lui n'a qu'un droit de résistance, tout théorique puisqu'il ne dispose pas de forces armées autonomes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Face aux monistes et aux dualistes, nous avons la solution pluraliste et fédéraliste, proposée par Althusius. Celui-ci élabore son système dans le contexte d'un Reich allemand affaibli, mais qui a toujours été régi par des logiques du pluriel (pluralité institutionnelle, pluralité ethnique, pluralité linguistique, etc.). Althusius perçoit différemment la dualité peuple/monarque. Pour Althusius, le peuple peut reprendre ses droits et le monarque y renoncer. Entre les différentes composantes du peuple s'instaure une multitude de pactes sociaux, permettant un contrôle effectif. Le pacte social, pour Althusius, est un contrat de gouvernement comme chez Hobbes, mais, chez ce dernier, le contrat n’implique nullement une communication sociale. Hobbes introduit la domination (la coercition) pour échapper à la guerre civile. Le peuple chez lui, délègue ses droits naturels une fois pour toutes. Hobbes n’envisage pas à proprement parler une rupture définitive du dialogue entre le monarque et le peuple, mais, dans ses réflexions, il met l'accent sur l'autorité absolue qui forme un barrage nécessaire à l'anarchie de la guerre civile ou du dissensus permanent, provoquant l’impossibilité de gouverner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;UNE OPTIQUE SYMBIOTIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Althusius se place dans une optique &quot;symbiotique&quot;. Il évoque un &quot;partenariat horizontal&quot; entre les communautés et les corps (avec pour risque : permanence des conflits d’intérêt ; incapacité à discerner l'essentiel). Le monarque n'exerce que des pouvoirs qui lui ont été explicitement reconnus. La stabilité consiste donc à déléguer le moins de pouvoirs possibles au monarque. Aucune force locale ne peut être étouffée&amp;nbsp;: elles doivent toutes rester disponibles pour construire la &quot;socialité&quot;. Chez Althusius, il n'y a pas juxtaposition du pouvoir et du peuple. Le pouvoir ne sert qu'à promouvoir les énergies du peuple. Le principe, c'est que le peuple, legs de l'histoire et de la culture, a toujours la priorité, dans ses variances et ses évolutions, par rapport à la machine étatique et à l’administration. L'État n'est, ne peut être, qu’un instrument au service du peuple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dans la pensée d'Althusius, les communautés sont de 3 ordres :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Elles sont publiques et territorialisées, comme les provinces et les villes.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Elles sont privées, nécessaires, volontaires, comme les états (les Stände) ou les guildes (les corporations, les associations professionnelles).&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Elles sont privées et naturelles, comme les familles.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;En tenant compte des ressorts qui animent toutes ces formes de communauté, Althusius procède a un élargissement maximal du politique, où il n’y a plus de séparation entre l’individu et l'État, ni de séparation entre le public et le privé. Si la politique est exclusivement déterminée d'en haut, comme dans le système de Bodin qui élimine les &quot;corps intermédiaires&quot;, nous n'avons plus, dans la société que des individus, complètement atomisés, et des instances collectives, figées et coercitives. En revanche, si la politique est déterminée par le bas, c-à-d. par la pluralité que constitue la &quot;corporéité folcique&quot;, comme dans le système symbiotique suggéré par Althusius, il n'y a pas d'individus non imbriqués dans une structure de participation, il y a dès lors &quot;communautarisation permanente&quot;, interaction constante entre groupes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;En conclusion, les solutions monistes et dualistes sont rigides. Elles refusent de tenir compte des variations incessantes à l'œuvre dans la société ou la &quot;corporelle folcique&quot;. Il arrive toujours un moment où elles entrent en &quot;déphasage&quot;. Dans la solution pluraliste, les communautés du Volkskörper sont en interaction constante. Voilà pourquoi elle reste un modèle aujourd'hui comme le laisse sous-entendre Édouard Goldsmith, dans sa vision à la fois contestatrice, écologique et conservatrice, ou Joël de Rosnay dans son ouvrage L'homme symbiotique (Seuil, 1995). Si les systèmes monistes avancent l'aequalitas, où tous sont sommés de devenir identiques, pareils, sans déterminations originales ou circonstances différenciantes, les systèmes pluralistes avancent l’aequabilitas, où tous ont droit à un traitement égal, à de l'aide, à de la sollicitude de la part de la communauté, pour ce qu'ils sont, dans toutes les différences qu'ils incarnent, recèlent, réellement ou virtuellement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La subsidiarité est donc un projet social qui permet de sortir&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;de la logique totalitaire (Bodin/Hobbes),&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;de la logique des contrats hypersimplifiés,&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;de la logique individualiste.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mais dans le Traité de Maastricht, rien de bien précis n'est dit quant au passage à un droit subsidiaire. Les textes du Traité ne sont pas clairs quant au rôle des régions et du Conseil Consultatif des Régions. Rien n'est dit quant à la responsabilité des États et nous assistons à un accroissement constant des compétences de la Commission. Dans ce contexte, le lobbying s'exerce en faveur des grands consortiums et non pas en faveur des petites communautés.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;D'où, malgré l’écart historique, l’actualité d’Althusius&amp;nbsp;: il nous lègue une pensée opératoire, dont la fonction est à la fois critique et constructive. Mais le contexte actuel est peu favorable à ce corpus doctrinal pluraliste. La tradition communautaire a été refoulée en Occident au profit de l'individualisme libéral, considéré comme le &quot;seul scientifique&quot;. Mais les problèmes collectifs et globaux s'accumulent, not. au niveau écologique, et aucune méthodologie individualiste ne saurait en venir à bout. Locke et Rousseau ont épuisé leurs potentialités. Mais non pas Althusius, von Gierke, Tönnies et Perroux. Le véhicule pour repropulser cet idéal communautaire dans le débat intellectuel et politique aurait pu être les&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://archive.bibalex.org/web/20010708121507/nationalbolshevik.com/synergon/ecologieAUG90.htm&quot;&gt;&lt;strong&gt;partis verts&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. Hélas, ils se sont laissés complètement oblitérés par des gauches finalement fidèles aux logiques coercitives de Bodin et des Jacobins, sous prétexte que ces logiques étaient révolutionnaires et donc &quot;progressistes&quot;. Les écologistes indépendants en Allemagne, autour de Strelow, les biorégionalistes américains, autour de Kirpatrick Sale, ont perçu cette dérive des Verts belges et français, qui restent prisonniers d'une vieille alternative, désormais dépourvue de toute pertinence : Locke (qu'ils rejettent) ou Rousseau (dont ils épousent sans nuance toutes les contradictions). Nous sommes effectivement dans l'impasse. Raison pour laquelle notre organisation réagit et compte agir par le biais d'associations représentant le tissu social réel, le tissu social de base.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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        <title>Ariaga : Une annexe du laboratoire</title>
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        <updated>2008-05-07T17:33:14+02:00</updated>
        <published>2008-05-07T17:33:14+02:00</published>
        <summary>            &amp;nbsp; Il y a des moments où le moral n'y est pas et où j'ai...</summary>
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           &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://ariaga.hautetfort.com/media/02/00/1647237558.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ariaga.hautetfort.com/media/02/00/1647237558.jpg&quot; id=&quot;media-1003742&quot; alt=&quot;1647237558.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt&quot; name=&quot;media-1003742&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp; Il y a des moments où le moral n'y est pas et où j'ai l'impression de jeter des textes dans une espèce de puits sans fond où ils disparaissent à jamais. Quand j'ai commencé ce blog je crois que, inconsciemment, je voulais construire une représentation de l'évolution d'une construction intérieure en commençant par les fondations et en remontant, très lentement, selon le procédé de la voie alchimique &quot;humide&quot;, un escalier vers les étages. Je me suis aperçue que, dans le monde des blogs que j'ignorais complètement quand j'ai &quot;ouvert&quot; le laboratoire, cela ne fonctionne pas ainsi.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp; J'ai allumé le feu de l'athanor beaucoup trop fort et j'ai mis dans la cornue mes meilleurs matériaux. Tout s'est réduit en cendres. Je sais que dans les cendres l'or peut être couvé et le phénix renaître mais un travail personnel est nécessaire pour que survienne cette renaissance. Parlant d'une manière moins symbolique, je veux dire que j'ai écrit au début de ce blog des textes &quot;fondateurs&quot; pour celui qui ne viendrait pas sur ce blog faire des mondanités et voudrait, sincèrement cheminer en ma compagnie. Le lecteur, et je fais partie de cette espèce quand je vais sur les blogs amis, lit généralement la dernière note ; éventuellement une des dix récentes qui sont affichées. Se répéter, cela m'arrive, mais j'ai la sensation de tricher. Alors j'évite d'aborder certains sujets , en particulier quand il s'agit de la psychologie des profondeurs de Jung ou de l'alchimie car je suis consciente que, sans avoir quelques bases, mon texte sera&quot; difficile &quot; pour le lecteur. Et le temps passe et je reste en bas des marches.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Pendant ma période de repos et de réflexion, une idée m'est venue. Créer un nouveau blog, ailleurs, pour présenter les textes déjà écrits et qui permettront à ceux qui veulent revenir à ce que je pense être les textes essentiels du laboratoire, de le faire sans efforts.&amp;nbsp;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp; Le Laboratoire du Rêve et de l'Alchimie spirituelle reste notre lieu de rencontre. Il n'y aura pas de commentaires sur le nouveau blog car je ne peux assumer ce travail mais si vous avez envie de communiquer sur ces textes vous pouvez toujours le faire sur le dernier texte publié sur le blog principal en me disant à quel texte vous faites référence. Voici l'adresse de cette annexe du laboratoire :&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://www.ariaga.net/&quot;&gt;http://www.ariaga.net/&lt;/a&gt; . Vous pouvez aussi cliquer en haut à droite de la page d'accueil.&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ariaga&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt; 
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        <title>Georges Sorel: socialisme et violence</title>
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        <updated>2008-05-07T00:11:00+02:00</updated>
        <published>2008-05-07T00:11:00+02:00</published>
        <summary>     Georges Sorel&amp;nbsp;: Socialisme et violence       Source&amp;nbsp;: Ange...</summary>
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           &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot; color=&quot;#FF0000&quot; face=&quot;Palatino Linotype&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;Georges Sorel&amp;nbsp;: Socialisme et violence&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Source&amp;nbsp;: Ange Sampieru, revue Orientations n°11 (juil. 1989).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour la plupart de nos contemporains, l'évocation de Georges Sorel revient le plus souvent à l'analyse du théoricien de la violence. Son ouvrage le plus célèbre,&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/classiques/sorel_georges/reflexions_violence/reflexions_violence.html&quot;&gt;&lt;strong&gt;Réflexions sur la violence&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;(1908), constitue une contribution irremplaçable au mythe révolutionnaire. On sait l'importance que constitue pour ce penseur exceptionnel le concept de &quot;mythe&quot;. Le mythe révolutionnaire sorélien est inspiré d'une vision polémologique des rapports sociaux. La violence informe l'action révolutionnaire et l'investit d'une conception réaliste de l'histoire. Comme moyen d'agir sur le présent, le mythe prolétarien est un outil au service de la révolution anti-bourgeoise. C'est aussi un outil conceptuel qui doit d'abord s'opposer à la fois à l'utopie socialiste et au conservatisme libéral. Ce discours très original, activiste par excellence, donne une place privilégiée à l'œuvre de Sorel dans notre conception du socialisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Avant d'aborder l'analyse proprement dite du mythe de la violence comme idée-force chez Sorel, il est utile de présenter l'homme et son œuvre. C'est à partir de cette connaissance de l'environnement idéologique que nous pourrons, dans une 2nde partie, présenter les caractères de cette &quot;violence&quot; en tant que mythe et des conséquences qui en découlent sur notre propre position.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;*** I. Sorel : l'homme et l'œuvre ***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Georges Sorel (1847-1922) commence sa carrière en 1889. C'est l'époque des 1ères traductions françaises des œuvres de Marx. Déjà, on peur trouver en librairie Le Capital et Socialisme utopique et socialisme scientifique ; il faudra en effet attendre 1895 pour que paraisse le fameux Manifeste du parti communiste. En France, il est un fait que le marxisme constitue en 1889 un mouvement idéologique, beaucoup plus qu'un parti révolutionnaire. Et c'est en 1893 que Sorel se convertit au marxisme. Ce rapprochement de Sorel marquera toute son œuvre. Il n'impliquera aucun attachement aveugle aux valeurs marxistes. Le personnage est trop indépendant pour inscrire ses réflexions dans un système total. Mais au fait, qui est Sorel ? Le personnage a été l’objet de nombreuses analyses aussi brillantes que contradictoires. Pour les uns, Sorel est un penseur attaché à l'école rationaliste. Pour d'autres encore, il serait un chantre remarquable de l'irrationnel. Dans ses opinions politiques, il apparaît à certains comme un conservateur révolutionnaire (une espèce rare à son époque) ; pour d'autres, il est un néo-marxiste. Et les ouvrages abondent qui veulent prouver définitivement le bien-fondé de l'une ou l'autre opinion. Pour notre part, nous ne rentrerons pas dans ce débat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nous suivrons une analyse chronologique, découpée en phases successives, mais où chaque strate soutient pour une part la pensée suivante. Il est indéniable que Sorel, par ex., a été séduit à un moment de son évolution par la nouveauté radicale des textes marxistes. Comment un intellectuel de son époque, ouvert aux idées neuves, en rapport épistolaire avec de nombreux intellectuels européens de toutes tendances (citons pour mémoire Roberto&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://askesis.hautetfort.com/archive/2006/02/25/michels.html&quot;&gt;&lt;strong&gt;Michels&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, Benedetto Croce) n'aurait-il pas été attiré par un discours révolutionnaire proposant une lecture &quot;scientifique&quot; de l'histoire et de la misère. Mais il ne faut pas pour autant croire au &quot;marxisme&quot;, orthodoxe ou non, de Sorel. De la même façon, nous ne croyons pas au soi-disant &quot;fascisme&quot; de Sorel, qu'il est difficile de rattacher à l'idée contemporaine (historique) que l'on s'en fait aujourd'hui où 66 années se sont écoulées depuis la prise du pouvoir par Mussolini. L'œuvre de Sorel est beaucoup plus complexe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Selon Paolo&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ecole-alsacienne.org/CDI/pdf/1301/130102_ANT.pdf#search=pastori&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pastori&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;(Rivoluzione e continuita in Proudhon e Sorel, Giuffre, Roma, 1980, 244 p.), l'œuvre de Sorel constitue &quot;une alternative au conservatisme réactionnaire et au progressisme révolutionnaire&quot;. Ce dernier ajoute que la pensée sorélienne est un dépassement des oppositions traditionnelles de la pensée moderne entre, d'une part, les théories du droit naturel et, d'autre part, les théories subjectives du droit, du rationalisme absolu et du volontarisme. La finalité politique de l'idéologie est une révolution &quot;pluraliste&quot;, qui restaure une société ouverte, seule à même de contrer la menace par l'entropie sociale du capitalisme. La modernité n’est pas niée, elle est intégrée dans un ensemble communautaire organique. Plus proche de Proudhon que de Marx, Sorel adhère aux fondements idéologiques du penseur socialiste français. C’est-à-dire&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Une conception plurielle de la raison. Le marxisme est un rationalisme moniste et absolu qui, comme le capitalisme, inscrit un projet social desséchant.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Une vision pluridimensionnelle de l'homme. Le marxisme est un réductionnisme dangereux pour l'homme (à cause de son déterminisme économique) et la société (mécanique de la lutte des classes). La prise en compte d'une dialectique sociale qui refuse le dualisme classe ouvrière/entrepreneurs capitalistes et reconnaît un jeu plus riche de rapports sociaux.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un projet de synthèse sociale, où le sens de l'équilibre (en devenir) des classes sociales souligne la dialectique autorité/liberté, individu/communauté, passé/présent.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sorel et Proudhon : un rapport de continuité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il y a sans aucun doute chez Sorel et Proudhon un rapport de continuité. Sorel est un élève de Proudhon, qui actualise sa réflexion, au cours des différentes phases de ses recherches. Pour Pastori, Sorel est d'abord : un conservateur libéral (1889-1892), puis un marxiste de &quot;stricte obédience&quot; (1893-1896) ; cette 2nde phase débouche sur une période de révision du marxisme déterministe et scientiste, pour aboutir en 1905-1908 à un retour à la pensée de Marx, qui sera définitivement abandonné en 1910-1911. Cette dernière phase constitue pour Sorel un point de retour à la pensée de Proudhon. Nous apprendrons donc à mieux connaître Sorel si nous voulons bien nous atteler à la tâche d'une étude sérieuse de l'auteur de La Guerre et la paix et de La capacité politique des classes ouvrières...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Proudhon est un penseur révolutionnaire dans ce XIXe siècle de la raison bourgeoise. Attaché à l'idée, il ne peut être considéré comme un &quot;rationaliste&quot; au sens commun du terme. Proudhon distingue plusieurs catégories du concept de raison : la raison humaine, la raison naturelle, la raison pratique, d'une part et, d'autre part, la raison publique et la raison particulière. La raison humaine est la faculté supérieure de concevoir &quot;l'idéal qui est l'expression du libre pouvoir créateur des groupes historiques et des personnes&quot;. Face à la raison raisonnante de la pensée bourgeoise et du marxisme à prétention scientifique, Proudhon revendique avec force l'espace de liberté de la pensée historique des groupes sociaux, et même de l’homme conçu comme un être de culture non-conditionné par des déterminisnes absolus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cette 1ère raison est limitée à son tour par la raison dite, dans le langage proudhonien, &quot;raison naturelle&quot; ou &quot;raison des choses&quot;. Elle est nécessité objective, qui retient dans certaines limites indépassables, les aspirations démiurgiques de l’homme. La raison pratique est la synthèse finale des 2 précédentes. C'est à travers elle que l'on peut appréhender la confrontation de 2 raisons, celle de l'homme libre non-déterminé par un mécanisme de la matière, et celle du réel qui est la frontière des pouvoirs créatifs humains. Proudhon s'inspire d'une conception pragmatique. La 2nde catégorie se décompose en raison publique ou générale, et raison particulière, reproduction de &quot;l’instance de l'universalité&quot; (la nécessité) et celle de la particularité (la liberté). La non-coïncidence des raisons évoquées implique une critique radicale des systèmes de pensée &quot;absolutistes&quot; en termes contemporains, des pensées totalitaires (marxisme, jacobinisme et rousseauisme démocratique). Proudhon, militant anti-totalitaire, privilégie la raison particulière. Ce &quot;rationalisme pluraliste&quot; informe alors la conception socio-politique de Proudhon.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;La dialectique sérielle de Proudhon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La théorie des séries est un élément nécessaire pour comprendre sa pensée. Proudhon distingue dans tout processus 2 moments séparés : le 1er moment est la division-individuation (constitution de séries simples), le 2nd, celui de la recomposition de l'unité-totalité (constitution de séries composées). Proudhon affirme aussi l'indépendance des ordres de séries et l'impossibilité d'une science universelle (De la création de l'ordre dans l'humanité). Paolo Pastori parle de la &quot;dialectique sérielle&quot; de Proudhon, qu'il oppose à la dialectique hégélienne, et rapproche de la dialectique crocienne des instincts. Cette dialectique sérielle confirme Proudhon dans son refus de toute analyse réductionniste. L'existence sociale ne se ramène pas a un référent unique, universel et déterminant. La sociologie proudhonienne, que Sorel reprendra à son compte, est une &quot;sociologie de la composition&quot; (division du travail et organisation, reconnaissance des économies rurales et industrielles, fonctions centrales et décentralisation).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cet aspect de la pensée Proudhon/Sorel est opposé aux tendances à l'unidimensionnalité de la société capitaliste. L'économie libérale qui est sa forme historique, confond ensuite liberté et libre concurrence, créant &quot;une nouvelle féodalité anti-organique et anti-politique&quot;. Proudhon n'est pas ennemi de l'initiative individuelle. Il soumet celle-ci à sa théorie des séries. À savoir : le moment subjectif de l'initiative individuelle, et celui, objectif, de la soumission aux fins collectives du peuple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'apologie concomitante du monde rural constitue, chez les socialistes français, une véritable critique de &quot;la réduction économiste de la réalité humaine&quot; (Idée générale de la Révolution). Mais cette apologie ne doit pas être confondue avec un quelconque attachement réactionnaire au monde paysan. L'idéologie socialiste de Proudhon défend la production agricole sans lui coller des valeurs de droite, telles que le fit l'État français entre 1940 et 1944. La terre et l'industrie sont 2 facteurs de travail et de production reliées par un système englobant de fédérations. Et la révolution est &quot;le refus de la réduction d'un ordre social pluridimensionnel à la seule finalité économique&quot; (P. Pastori, op. cit.).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La révolution n'est pas un simple mouvement de destruction et de contestation d'une classe (la Révolution française est le mouvement de la bourgeoisie trop à l'étroit dans une société traditionnelle où les valeurs dominantes sont celles de l'aristocratie - valeurs sociales - et de l'État monarchique - valeurs du politique). Contre cette idée dévoyée de la révolution, les socialistes français (Proudhon et Sorel) ont une conception révolutionnaire de l'équilibre. La synthèse par le haut (le dépassement) de valeurs en apparence seulement contradictoires : individualité et communauté, propriété privée et intérêt public.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;En ce qui concerne, par ex., la propriété, le socialisme s'oppose à la fois à son élimination radicale (communisme) et à son maintien en l'état. La bourgeoisie nie la signification sociale de la propriété. La propriété socialiste la reconnaît. D'où, chez ces penseurs, une valorisation constante de la JUSTICE, valeur pivot de la nouvelle société envisagée. Et, chez Proudhon, puis Sorel, le développement d'un discours fédéraliste, antiéconomique et anti-bourgeois (les socialistes parlementaires sont compris dans cette dernière catégorie).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Séduisante discipline marxiste et rigorisme déterministe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;On doit remarquer que Sorel reste dans une position critique vis-à-vis de l'œuvre de Proudhon, qu'il accuse de tendances à un &quot;esprit de système&quot;. &quot;L'ontologisation&quot; de la Justice est le fondement philosophique de l'apologie de l'équilibre. Au-delà de cette critique, Sorel reste néanmoins un élève fidèle du proudhonisme. Il rejoint Proudhon dans sa réflexion sur la liberté, qui est le nœud gordien de l'éthique socialiste. Il y a chez Sorel un attachement souvent proche de l'inconscience aux valeurs &quot;libertaires&quot; du &quot;socialisme utopique&quot;. Cette méfiance et cette inconscience expliquent, pour une part, l'adhésion au socialisme &quot;déterministe&quot; de Sorel. Face à l'individualisme bourgeois, Sorel se tourne vers un socialisme radical, un socialisme de combat. Le marxisme représente alors chez Sorel un germe d'ordre face au chaos créé par le capitalisme de la bourgeoisie. Le monde de la production sous-tend alors cette révolution culturelle réclamée par Sorel. Sorel est partisan d'une raison pratico-politique, doublée d'une conception historiciste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;À partir de 1896, Sorel suit une évolution qui l'éloigne de cette raison déterministe. Sa critique philosophique du positivisme s'étend à un discours politique où la &quot;raison absolue&quot; tient le rôle souverain. Il y a, écrit P. Pastori, &quot;une rupture radicale avec le rigide schéma matérialiste du marxisme orthodoxe&quot;. Et, en 1898, Sorel revient plus sérieusement vers Proudhon : il écrit alors L'avenir socialiste des syndicats. La révolution qui instaure la dictature du prolétariat est rejetée par Sorel. Il accuse ce projet de masquer la dictature des intellectuels. Derrière la conception finaliste et proprement &quot;apocalyptique&quot; de la révolution prolétarienne, entendue au sens marxiste, on reconnaît sans peine une tyrannie économico-intellectuelle, une idéocratie despotique. Et Sorel propose au prolétariat un 1er acte révolutionnaire : rejeter définitivement la dictature des intellectuels, qui reproduit la discipline externe du capitalisme. À la place, il faut instaurer une discipline interne, que Sorel qualifiera de &quot;morale&quot;. Enfin, en 1903, Sorel, selon l'opinion de Pastori, rejoint une fois pour toutes Proudhon, quittant les terrains dangereux du marxisme orthodoxe. Il écrit alors son&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/classiques/sorel_georges/intro_eco_moderne/intro_eco_moderne.html&quot;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&amp;nbsp;à l'économie moderne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sur 2 points surtout, Sorel est proudhonien : il faut conserver la propriété privée, qui est une garantie sérieuse de la liberté des citoyens. Cette propriété sociale est réelle face à la forme bourgeoise de &quot;propriété abstraite&quot; où le propriétaire du moyen de production n'est pas le producteur. 2nd point : restaurer l'idéal qui animait l'antiquité romaine d'une &quot;compénétration harmonieuse des intérêts individuels, familiaux et sociaux&quot;. Sorel propose aussi un ordre juridique bien loin de tout &quot;rationalisme politique&quot;. Il réclame l'apparition de nouvelles &quot;autorités sociales&quot;. Enfin, il donne à l’État un rôle de médiateur et une fonction d'initiative.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le mythe : outil spirituel de mobilisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sorel développe d'autre part une théorie des mythes sociaux. Le mythe est la synthèse nécessaire entre la raison et &quot;ce qui n'est pas rationnel&quot;. Le mythe est une traduction symbolique du réel, qui autorise et favorise une mobilisation totale des masses. En ce sens, le mythe est le contraire du rationalisme intellectuel, par ex. celui des marxistes. Sans contester cette &quot;raison des choses&quot; dont parlait Proudhon et les &quot;pesanteurs objectives&quot; qui en découlent, Sorel retient le mythe comme outil spirituel de mobilisation. L'ordre social et ses dépendances idéologiques (comme le droit) sont fondés sur une conception commune du monde, une vision du social et du politique qui ne se réduisent pas à un pur discours rationnel. L'ordre est le résultat conjoint de cet ensemble d'images (le mythe) et d'une volonté populaire (la mobilisation).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cette position sera à nouveau l'objet d'une révision provoquée par la &quot;révolution dreyfusienne&quot; de 1905-1908. Pour Pastori, il y a un retour à une conception &quot;dichotomique&quot;&amp;nbsp;: Sorel est partagé entre la relation continue raison/irrationnel et la rupture révolutionnaire comme explosion totale et irrationnelle. On trouve ce partage dans ses écrits réunis sous le titre de Réflexions sur la violence. Sorel distingue la grève générale syndicaliste (création d'un nouvel ordre) et la grève générale politique (nous préférons dire : politico-partitocratique), c-à-d. exploitée et dirigée par les politicards sociaux-parlementaires. La révolution est un élan créateur, que la grève informe et qui consiste en une critique totale de l'ordre existant. La figure du héros révolutionnaire se dégage&amp;nbsp;: le syndicaliste est le guerrier vertueux de cette révolution, mû par des valeurs de sacrifice, du désir de surpassement. Sorel analyse certaines institutions traditionnelles comme exemplaires d'une structure révolutionnaire : ainsi l'Église catholique, à la fois acteur séculier et dont les membres sont voués à un absolu. Idéalisme transcendant et action directe et permanente sur l'histoire sont les 2 qualités d'un parti de la révolution. En 1910, Sorel écrit de l’Église qu'elle est une élite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;C'est aussi l'époque où Sorel réfléchit sur les questions du droit romain et des institutions historiques qui composèrent l'ordre social antique. À savoir et principalement le patriarcat. Il distingue 3 sources de l'esprit juridique : la guerre, la famille, la propriété. La guerre est une des dimensions de la dialectique des relations sociales. Et la révolution doit utiliser à son profit cette pluralité des relations sociales, non point au nom d'un finalisme catastrophique (révolution finale du marxisme orthodoxe), mais pour le rétablissement de cette &quot;justice supplétive&quot;, fondement de l'ordre juridique. Sorel exclut de tout compromis le domaine des relations avec la partie de la bourgeoisie qui &quot;réduit tout à l’utile économique&quot;. D'où une certaine fascination pour la révolution bolchévique, qui n'est pas le résidu d'un quelconque attachement idéologique au marxisme, mais une reconnaissance de la révolution totale en actes. Peut-être est-ce aussi un désir de bien démarquer sa pensée de ce social-réformisme qu'il exécrait par dessus tout (Sorel parle du &quot;socialisme hyper-juridique de nos docteurs en haute politique réformiste&quot;, in Introduction à l'économie moderne, cité par Marc Rives : À propos de Sorel et Proudhon in Cahiers G. Sorel n°1, 1983).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;*** II. Socialisme et violence ***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sorel est un grand penseur non pas tant pour ses œuvres que par l'originalité de ses réflexions et la &quot;marginalité&quot; de ses positions. Qui fut Sorel ? Un traditionaliste, un marxiste, un dreyfusard, un champion du syndicalisme révolutionnaire, un nationalisme volontariste ou un léniniste de cœur et d'esprit ? Certains hommes sont rétifs à toute classification. Les étiquettes ne parviennent pas à les maintenir dans une case et les maîtres en rangement ont des difficultés insurmontables à &quot;normaliser&quot; ce type d'hommes. Certains chercheurs se sont pourtant essayés à mieux cerner Sorel. Citons pour mémoire : Georges Sorel, Der revolutionäre Konservatismus de Michael Freund (Klostermann, 1972) ; Notre maître G. Sorel de Pierre Andreu (1982) ; enfin : Georges Sorel : het einde van een mythe, J. de Kadt (1938).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour Claude Polin, la question est claire : un homme qui fut tout à tour un admirateur de Marx, Péguy, Lénine et Le Play, Proudhon, Nietzsche, Renan, James, Maurras et Bergson, Hegel et Mussolini, etc. fut-il &quot;brouillon&quot; ? Sa réponse est tout aussi directe : il s'agit là d'un chaos apparent qui cache une logique hors des sentiers battus par la pensée universitaire. Sorel est l'homme des intuitions. Il est en même temps celui du refus total des systèmes de pensée, que beaucoup de ses contemporains voulaient imposer comme &quot;horizons indépassables de leur temps&quot; (exemples du comtisme et du marxisme). Cette liberté de pensée, ce désir de ne pas enfermer sa réflexion sur le monde et la société dans un cadre idéologique figé et mécanique, Sorel l’a exprimé dans un de ces ouvrages les plus forts : Réflexions sur la violence (1906).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dans son ouvrage sur la &quot;droite révolutionnaire&quot;, suivi de Ni droite, ni gauche, l'historien Z. Sternhell intitule un de ses chapitres : &quot;La révolution des moralistes&quot;. Sorel est donné dans ce chapitre comme l'un des représentants les plus remarquables de ce courant &quot;moraliste&quot;. Face au révisionnisme libéral de Bernstein et de Jaurès, attachés aux valeurs libérales traditionnelles (à propos de ces valeurs, Lafargue parlait de &quot;grues métaphysiques&quot;, cité par Sternhell p.81), les &quot;moralistes&quot; sont les hommes du refus de tout compromis déshonorant : compromis avec les valeurs de la société bourgeoise, compromis avec le matérialisme sous toutes ses formes, c-à-d. : marxiste, bourgeois (on retrouve ce même sentiment dans d'autres groupements européens de notre époqu e: Congrès de Hoppenheim (1928), Congrès du Parti Ouvrier Belge (manifeste du 3 juillet 1940), où De Man évoque une révolution spirituelle et éthique devant les congressistes). Ce &quot;socialisme éthique&quot;, on le retrouve à l'origine de ce mythe de la violence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Violence, prolétariat et grève générale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il est tout d'abord utile de ne pas confondre la &quot;violence&quot; sorélienne avec les formes physiques d'agressivité que nos sociétés modernes nous exposent. La notion de violence chez Sorel se conjugue avec 2 autres notions toutes aussi essentielles : celle de &quot;prolétariat&quot; (le monopoleur de cette violence) et celle de &quot;grève générale&quot;, qui est l'arme de la révolution. Il y a en effet une liaison intime entre la grève générale et l'exercice de la violence. La grève générale est l'expression privilégiée et unique dans l'histoire contemporaine de la violence du prolétariat. C'est, écrit Sorel, un &quot;acte de guerre&quot;, semblable à celui d'une armée en campagne. La grève générale est un acte de guerre, ce qui implique qu'elle en possède les mêmes caractéristiques. Notamment qu'elle se produit sans haine et sans esprit de vengeance. Sorel écrit : &quot;En guerre, on ne tue pas les vaincus&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'emploi effectif et actualisé de la violence physique n'est pas consubstantiel à la violence de la grève générale. Cette violence est une sorte de &quot;démonstration militaire&quot; de la force prolétarienne. La mort d'autrui n'est qu'un accident de la violence, ce n'est pas son essence. Sorel oppose la violence militaire bourgeoise et la violence guerrière prolétarienne limitée (les travaux des historiens démographes démontrent tout au contraire le caractère beaucoup plus sacrificateur et sanglant des guerres non-conventionnelles, dites &quot;guerres atomiques&quot;, par rapport aux guerres traditionnelles). La violence de Sorel est donc une attitude, une attitude de détermination face à l'adversaire. La violence est une idée qui favorise la mobilisation et l'action qui en découle. Sorel écrit aussi : &quot;Nous avons à agir&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cette optique explique aussi le mépris sorélien de la classe des intellectuels, incapables de toute action offensive, ignorant du terrain des luttes. A contrario, on peut remarquer que ces mêmes intellectuels, qui refusent le contact de la réalité avec le réel, sont des dirigeants sanguinaires. Leur &quot;violence&quot; d'intellectuels au pouvoir (Sorel pense peut-être à la révolution de 1791 et à la répression de 1870) est erratique, cruelle, terroriste. La violence qu'ils exercent est pathologique. Elle traduit leur impuissance à réunir les masses autour de leurs valeurs. La violence sorélienne est tout à l'opposé de cette violence - on pense à la violence des jacobins de 1791, à la violence léniniste de la NEP contre les paysans d'Ukraine, etc. - parce qu'elle a pleine conscience de sa dignité, de sa générosité. Sorel se réfère à une violence guerrière qui, comme chez Clausewitz, est la marque d'une volonté. La violence est une manifestation de détermination, de fermeté dans ses objectifs et son idéal.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cette idée de &quot;violence créatrice&quot; débouche sur un mythe historique chez Sorel : la grève générale. La violence volontariste est une idée qui doit se poser comme acte historique. L'idée anime une volonté et le mythe médiatise le rapport entre le réel (la grève générale) et l'idée. Le mythe, écrit Sorel, est la réalisation d'espoirs en actions, non pas au service d'une doctrine, parce que les doctrines et les systèmes sont des spéculations intellectuelles hors du champ de faction et de l'intérêt des prolétaires. La violence est la doctrine en actes, elle est volonté pure et non représentation pensée. L'idée de la grève générale est &quot;une organisation d'images&quot;, un instinct collectif et un sentiment général qui manifeste la guerre du socialisme moderne contre la société bourgeoise. Et Sorel revient à cette notion d'intuition, qui n'est pas réductible à un classement clair, précis, bref mécanique, d'idées alignées et normalisées. La violence est, chez Sorel, proche de l'idée bergsonienne. Polin écrit : &quot;Dans la violence, le mythe devient ce qu'il est&quot;. La notion de confusion entre le devenir et l'intuition joue le même rôle chez nos 2 auteurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le syndicalisme révolutionnaire s'oppose au social-réformisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La violence est enfin la matrice d'un socialisme prolétarien. Le socialisme de Sorel né de cette violence n'est pas un social-réformisme. Sorel fait confiance au syndicalisme révolutionnaire pour bâtir ce socialisme. Le syndicat est ce faisceau des forces vives du prolétariat. Le socialisme de Sorel refuse le socialisme du rêve ou de l'éloquence parlementaire, celui des partis et des intellectuels qui les mènent à des songeries creuses. Citons encore Sorel : &quot;Le syndicat : tout l'avenir du socialisme réside dans le développement autonome des syndicats ouvriers&quot; (&lt;/strong&gt;&lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/classiques/sorel_georges/materiaux_proletariat/materiaux.html&quot;&gt;&lt;strong&gt;Matériaux pour une théorie du prolétariat&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;). Et Polin note avec justesse que le syndicat est dans l'idée sorélienne le &quot;Cogito du prolétariat&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sorel considère le syndicat comme la cheville de la révolution. Les groupements naturels du prolétariat sont les syndicats. Ils sont le creuset de sa volonté manifestée de libération. Le syndicat, qui exclut les intellectuels et les parlementaires, est une communauté de combat authentique. Sorel dit d'ailleurs aux marxistes que le vrai marxiste est celui qui comprend que le marxisme est inutile aux masses ouvrières. Le syndicat agit par lui-même, pour ceux qui sont ses membres. Il ne suit pas les programmes des partis et des professionnels de la pensée. Ces derniers, que Sorel appelle &quot;les docteurs de la petite science&quot;, eurent à l'égard de ce jugement une réaction corporatiste dont Sorel se moqua. Sorel renvoie dos à dos les intellectuels des partis bourgeois et les intellectuels qui se prétendent prolétaires. Il dénonce leur nature proprement parasitaire. L'utopie de leurs discours est réactionnaire. L'intellectuel bloque le mouvement révolutionnaire et aliène la pensée des travailleurs. La révolution est pensée en actes. La révolution des intellectuels est pure image.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mais il ne faut pas pour autant confondre &quot;action violente&quot; et &quot;action pour action&quot;. Sorel, précise Polin, n'est pas un penseur nihiliste. L'agitation n'est pas la révolution. La violence ne se limite pas à une série de secousses. La violence engendre des actions que Sorel nomme &quot;actions épiques&quot;. L'épopée révolutionnaire n'est pas négativiste, elle est une néguentropie sociale. La violence est la forme la plus haute de l'action, parce qu'elle a pour finalité de CRÉER. En ce sens, elle est responsabilisation des acteurs, noblesse des combattants, dépassement de soi-même. Elle éveille &quot;le sentiment du sublime&quot;, et &quot;fait apparaître au premier rang l'orgueil de l'homme libre&quot; (Réflexions…). On peut rapprocher cet aspect créateur, proprement faustien de la violence, des valeurs nouvelles du &quot;philosophe au marteau&quot; de Sils-Maria.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La violence est un moyen de créer, elle n'est pas une fin en soi. Cette créativité l'investit d'une valeur sans pareil. Et elle est au service du socialisme puisque celui-ci veut, selon le mot fameux de Marx, transformer le monde et non plus seulement le comprendre. Le socialisme est une idée neuve pense Sorel. Il a cette jeunesse qui refuse les programmes et les idées claires et distinctes. Enserré dans un discours, il perd toute vitalité. Il devient vieux, identique à ses adversaires. Le socialisme est une idée en actes, c'est un produit spontané. Il est évident que ce socialisme-là n'a que peu de rapport avec les partis sociaux-démocrates actuellement existants dans les &quot;démocraties occidentales&quot;. Le seul commun dénominateur est ce nom de &quot;socialisme&quot;. Quant au reste...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un socialisme étranger au monde des sophistes, des économistes et des calculateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nous avons rappelé l'hypothèse de Sternhell selon laquelle Sorel est un penseur de la &quot;Révolution moraliste&quot;. Polin le rappelle, Sorel est un &quot;pessimiste par tempérament&quot;. Ainsi pour lui, le progrès traduit avant tout une notion bourgeoise. Il est contre Hegel et pense que &quot;la nature humaine cherche toujours à s'échapper vers la décadence&quot;. L'homme est soumis à la loi éternelle du combat. Il doit éviter les obstacles que lui oppose la nature et sa nature elle-même (veulerie, lâcheté, médiocrité, etc.). Le grand danger de l'entropie guette l'homme. Sorel écrit : &quot;Il est vraisemblable que les collectivités soient attirées vers un magma assez compliqué et dont la base serait le désordre&quot;. La violence révèle alors cette énergie créatrice qui combat l'entropie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sorel est un philosophe de l'énergie. L'homme, pense Sorel, se satisfait d'un sentiment de lutte. Dans cette optique, l'effort est plus que positif, recherché comme une fin en soi. La violence donne à l'homme une énergie salvatrice qui le retient d'être médiocre (Polin compare l'énergie sorélienne exprimée par la violence au thumos stoïcien). L'homme, par la violence émergée de son individualité créatrice, rejoint ultimement la morale. La violence est la forme permanente de la morale. La morale est donc une lutte contre l'entropie appauvrissante. On peut encore se référer à Nietzsche. La nouvelle table de morale du philosophe allemand est proche des valeurs de lutte et de dépassement que Sorel réclame des ouvriers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Morale égale chez Sorel à sacrifice de soi, abnégation, héroïsme, désintéressement, effort. L'ouvrier est le guerrier romain, le conquérant du XXe siècle ; il doit posséder les qualités morales qui l'ennoblissent et lui assurent sa supériorité face à la bourgeoisie. Sorel parle avec sympathie de cette race d'hommes &quot;qui considère la vie comme une lutte et non comme un plaisir&quot;. Ses maîtres-mots sont : énergie personnelle, énergie créatrice, énergie agissante. Ce type d'homme est élève du guerrier grec. Il refuse le monde des intellectuels qui l'affaiblit. Comme E. Burke, il est étranger au monde des sophistes, des économistes et des calculateurs. Et Sorel va plus loin quand il écrit : &quot;Le sublime est mort dans la bourgeoisie&quot; et ce sublime est l'apanage de la violence dans l'histoire. C'est la source de la morale révolutionnaire. Le syndicat renoue avec un monde de la morale, donc du sublime et de l'héroïsme. C'est un lieu, une école de moralisation collective. Le syndicat est autonome et sa morale est une conception du monde totale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mais Sorel est un apôtre de la violence parce qu'il croit dans la figure nouvelle du Travailleur. Sorel identifie pour nous le travail. Il récuse la dichotomie guerre/travail d'Auguste Comte. Le travail est une œuvre créatrice qui ne se plie pas au fond aux calculs sordides des capitalistes. Le travail est désintéressé. Comme la violence. La grève générale est aussi un acte libre de toute recherche de profits matériels. De même, Polin ressent la notion du travail comme une lutte à part entière. Le travail est, dans l'intuition de Sorel, un acte prométhéen. Le travail n'est pas seulement action de transformation sur les choses, il rétro-agit sur soi-même et la collectivité tout entière. La violence ennoblit la conscience du travail ; en d'autres termes, elle donne forme à l'œuvre de création et de transformation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le travail, qui n'est pas un simple &quot;facteur de production&quot; comme le prétendent les penseurs (?) et les économistes de l'école libérale, ni une source de profit pour le travailleur et de plus-values pour les entrepreneurs comme le croient les marxistes stricto sensu, est une forme sublimée de création. Il est bien évident que la violence sorélienne est une qualité qui est propre au monde des producteurs ; la réduction de la violence à une domination de l'homme par l'homme est le contraire de cette violence prolétarienne de Sorel. Sorel ajoute même qu'au cœur du travail lui-même, on trouve la violence comme moteur intime. Les notions sont ainsi reliées entre elles : Travail, Violence, Morale. Et le socialisme est ensuite le résultat de cette &quot;vertu qui naît&quot; (Réflexions...). Le travail est une lutte, où le producteur est soulevé par une violence absolue, et dont découle l’acte créateur historiquement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;La violence, antidote aux bassesses d'âme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour Sorel, il est évident que cette émergence du socialisme de la violence se fera au détriment du vieux monde bourgeois. Si la violence est une notion positive parce que créatrice, il faut qu'elle s'attende à des oppositions farouches. Sorel se propose de délimiter le territoire du conflit et de situer l'ennemi en face. La civilisation, c'est l'ennemi n°1 du socialisme naissant, ennemi qui s'appuie sur 2 autres instances du vieux monde : la démocratie et l'État. Les troupes qui défendent ces citadelles sont variées et quelquefois ennemies en apparence : c'est le camp de la bourgeoisie (libéraux, radicaux, partisans du capitalisme pur et dur, droite conservatrice) et des pseudo-socialistes (les membres responsables des partis réformistes, la &quot;gauche&quot; démocratique, les progressistes de toutes tendances).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Derrière ces abstractions (démocratie, civilisation, État), Sorel combat inlassablement les mêmes valeurs communes aux idéologies de la médiocrité. Il y a chez Sorel le sens de la guerre culturelle, du combat des valeurs. Il ne croit pas aux étiquettes que le discours bourgeois aime attribuer aux acteurs de son jeu. Les mots dans le jeu politique ne sont souvent que des apparences. Sorel cherche à fouiller les racines des discours. Être &quot;socialiste&quot; ne signifie rien si on n'est pas conscient d'une conception du monde en rupture avec la société marchande. Paresse, bassesse, hypocrisie, incompétence, veulerie, sont des traits communs aux partis officiels.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La violence sorélienne est en effet très consciente de l'enjeu réel et historique de la lutte. Les non-valeurs, qui asservissent les producteurs et lui ôtent toute liberté, sont concentrées dans la conception économique de l'homme, que les maurrassiens ont appelé &quot;l'économisme&quot;. Les principes de cet économisme sont au nombre de 2 : la croyance au progrès matériel, la réduction de l'homme à des valeurs matérialistes. L'homme bénéficie en même temps que le confort matériel d’un &quot;confort&quot; intellectuel. L’homme est un énorme estomac, destiné à la soumission sociale et politique. La société de consommation est alors le plus grand camp de normalisation intellectuelle. On peut penser que la violence sorélienne aurait été en en état de rupture avec le monde occidental, et tout ce que ce monde charrie derrière lui. De la même façon, il aurait du mal à se reconnaître dans certaines critiques progressistes de la société de consommation, dont le fondement réside dans une exigence encore plus grande de confort. La philosophie du bonheur est anti-sorélienne et Marcuse serait considéré par Sorel comme un cas typique d'utopisme bourgeois. L'homme qui réclame la fin du travail, qui refuse la lutte, qui conteste la guerre sociale, cet homme que nos philosophes des années 70 appellent de tous leurs vœux, n'a que de très lointains rapports avec le producteur à la mentalité guerrière des Réflexions sur la violence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les illusions du progrès&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Quant au &quot;progrès&quot;, Sorel a senti le besoin de lui consacrer un ouvrage entier tant il lui a semblé que ce concept était un fleuron de la mentalité bourgeoise. Il s'agit des Illusions du progrès. L'illusion suprême d'un paradis terrestre retrouvé à la fin des temps provoque chez Sorel une réaction épidermique. Le pessimisme sorélien est la conclusion d'un constat : l'homme ne change pas fondamentalement. Sorel approuve les actes de progrès matériels mais il s'agit chez lui d'une admiration pour la &quot;créativité&quot; dont ces actes sont les manifestations. De la même façon, il croit au prolétariat non pas comme Marx croyait à la &quot;classe élue de l'histoire&quot; mais parce qu'il constate que la bourgeoisie n'a plus l'énergie de mener la lutte éternelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'histoire est pour Sorel une succession d'énergies manifestées dans des groupes restreints. Le capitaine d'industrie est une figure positive. Ce n'est plus qu'une idée à son époque. En outre, les valeurs marchandes sont des valeurs de dégénérescence. Partir en guerre contre la société moderne (entendez marchande) est un point commun de Sorel et de Maurras. La haine du bourgeois, écrit Polin, est un point de rencontre entre l'Action Française et Sorel. C'est une classe sans volonté, sans honneur, sans dignité. Le régime démocratique lui convient parce qu'il conserve, non parce qu'il est source de création. Sorel parle durement de la bourgeoisie puisqu'il constate chez elle &quot;une dégradation du sentiment de l'honneur&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cette démocratie, Sorel la vitupère, il écrit : &quot;&amp;nbsp;(la démocratie) est le charlatanisme de chefs ambitieux et avides&quot; (Réflexions…). Peu importe que cette démocratie soit conservatrice ou populaire, elle conserve et favorise la même décadence. Les socialistes démocrates sont des &quot;politiciens épiciers, démagogues, charlatans, industriels de l’intellect&quot;. En outre, non contents de maintenir le peuple sous un régime oppressif (où sont les libertés des ouvriers travaillant 16 heures/jour, 6 jours/7&amp;nbsp;?). La démocratie établit le règne de l’argent. C’est une tyrannie, une tyrannie ploutocratique, dirigée par des hommes d’argent, qui veulent préserver leurs intérêts propres. Sorel écrit : &quot;Il est probable que leurs intérêts sont les seuls mobiles de leurs actions&quot;. Quant aux responsables de l'Internationale Ouvrière, Sorel les dénonce comme des apprentis dictateurs. Leur objectif est l'instauration d'une &quot;dictature démagogique&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sorel ne veut pas d'un socialisme d'État. Il manifeste dans sa critique de l'État des tendances anarchisantes, fort peu compatibles avec la dictature d'État du prolétariat désirée par les marxistes. L'État (même socialiste) est un &quot;État postiche&quot;, porteur d'une &quot;merveilleuse servitude&quot;. L'État démocratique s'achève dans l'histoire avec les massacres de septembre. Et ce que C. Polin appelle, comme Sorel, &quot;le cortège idéologique&quot; de la démocratie (droits de l'homme, humanitarisme, charité, pacifisme, etc.) ne change rien au caractère oppressif de ce régime. Sorel est l’auteur d'une phrase célèbre sur la démocratie : &quot;La démocratie est la dictature de l'incapacité&quot; (Réflexions…). Deux mots nous frappent : la dictature, l'incapacité.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La critique anti-démocratique de Sorel ne doit pas être confondue avec l'idéologie réactionnaire du courant autoritaire ni avec le discours conservateur de l'Ordre-pour-l'Ordre. D'ailleurs, on voit bien chez Sorel un rejet des 2 camps : le camp de la bourgeoisie, où la lâcheté domine, et celui du social-réformisme mené par la corruption. Sorel croit en la lutte des classes. Ce qui le rend irréductible aux étiquettes conservatrices et social-démocrates. La violence qui manifeste cette lutte des classes est aussi un facteur d'énergie en action. Comme Pareto, il croit que la lutte des classes accouche de nouvelles élites sur les cadavres des classes déchues. La paix sociale est pour Sorel l'état d'entropie sociale absolu. Pourtant, Sorel ne peut être marxiste parce qu'il n'adhère pas à la vision finaliste du monde de Marx. La lutte est une activité normale de l'humanité. Elle n'a pas de sens, si ce n'est celui de faire circuler les élites dans l'histoire. En résumé, la violence est porteuse d'un projet de création en devenir infini, porteuse d'une conception morale de la vie, source d'une organisation des producteurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;*** III. Conclusions ***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dans son introduction aux Réflexions, Sorel écrit : &quot;Je ne suis ni professeur, ni vulgarisateur, ni aspirant chef de parti ; je suis un autodidacte qui présente à quelques personnes les cahiers qui ont servi pour sa propre instruction&quot;. Les Réflexions constituent donc un ensemble de constatations pratiques. Sorel le répète : il ne veut pas faire une œuvre universitaire. C'est plutôt une pédagogie à l'usage des syndicalistes libres, qui sont prêts à recevoir un message révolutionnaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La violence sorélienne est la dimension purement morale et créatrice du socialisme de Sorel. Le message de Sorel est que le socialisme n'est pas un programme politique, ni non plus un parti politique. Le socialisme est une révolution morale ; en d’autres termes, le socialisme est d'abord un bouleversement des mentalités. On pourrait parler à la limite de &quot;révolution spirituelle&quot;. Et la violence informe ce brutal changement dans les âmes. Le socialisme sans la violence n’est pas le socialisme. Seule l'utilisation de la violence assure une révolution positive. Sorel ne reconnaît pas dans les événements de la Révolution française une violence créatrice. Il rejette tout ce qui vise à détruire pour le plaisir de détruire. La violence donne au socialisme la marque de sa noblesse. Elle constitue une valeur essentielle de l’organisation progressive et indépendante des producteurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il est certain que, pour nous, le socialisme n’est pas un discours rigide. Nous ne voulons pas reconnaître dans la social-démocratie un régime ou une idéologie socialiste. Le socialisme n’est pas un ersatz bâtard du libéralisme occidental. Les régimes occidentaux qui se réclament aujourd'hui du socialisme sont, à l'exception peut-être de l'Autriche en matière de politique internationale, des compromis honteux, ou &quot;heureux&quot;, de social-libéralisme (à ce sujet, lire dans Le Monde Diplomatique de février 1984, l'article intitulé &quot;Un socialisme français aux couleurs du libéralisme&quot;). Sorel avait pressenti cette involution vers un discours mixte, où socialisme et libéralisme feraient &quot;bon ménage&quot;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le socialisme de Sorel n'est pas un compromis. Il se présente comme une révolution culturelle. Son objectif n'est pas de gérer le capitalisme par un nouveau partage du pouvoir (quelles différences entre un technocrate de gauche et de droite ?) mais de poser les vraies valeurs de la révolution. La violence est un garant de la fidélité aux 