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    <title>Last posts on indiens</title>
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    <updated>2008-09-05T06:44:41+02:00</updated>
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        <author>
            <name>Frasby</name>
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        <title>Quatre petits indiens ...</title>
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        <updated>2008-08-22T05:01:00+02:00</updated>
        <published>2008-08-22T05:01:00+02:00</published>
        <summary>   Art contemporain sauvage, juste à côté du mythique ELAC et de la non moins...</summary>
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           &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://certainsjours.hautetfort.com/media/00/02/882737513.jpg&quot; id=&quot;media-1232167&quot; alt=&quot;1135458204-CCC.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-1232167&quot; /&gt;Art contemporain sauvage, juste à côté du mythique ELAC et de la non moins mythique salle Mermillon, quatre petits indiens (géants) gardent la sortie du parking de la gare de Lyon-Perrache ...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Quatre petits indiens&quot; à ne pas confondre avec &quot;Dix petits Indiens&quot;, le film américain réalisé par RENE CLAIR en 1945, sur la trame du roman des &quot;Dix petits nègres&quot; d'AGATHA CHRISTIE.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni avec les &quot;Dix petits indiens&quot;, film&amp;nbsp; réalisé par GEORGE POLLOCK en 1965, toujours inspiré d'AGATHA CHRISTIE; (le terme &quot;indiens&quot; remplaçant celui de &quot;nègres&quot; pour le politiquement correct&quot;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni avec le film britannique &quot;Ten little indians&quot; d'ALAN BIRKINSHAW datant de 1989 (autre titre &quot;Death safari&quot;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour ce jour (certain;-), les dix indiens qui nous intéressent ( et qui sont en réalité quatre ) restent sans doute les moins connus puisqu'il s'agit du groupe rock de la grande époque de &quot;Boucherie production&quot; : &quot;DIX PETITS INDIENS&quot;. Abondamment graffés sur les murs de Pigalle à Bastille en passant par Belleville dans les années 90 et qui firent les grands délices de nos soirées parisiennes. Quelques trop rares traces subsistent dont ce superbe clip&amp;nbsp; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=uvBKaU-TYRo&amp;amp;feature=related&quot;&gt;CLICK CLICK&lt;/a&gt; à revoir ou à découvrir, (ne me demandez pas si la désynchronisation du clip est volontaire ou malencontreuse, je n'en sais rien). Mais tout ce que je sais, c'est qu'il faut nous méfier des indiens qui dorment à plusieurs sur les écrans et les murs, ils peuvent à tout instant se réveiller. Nous serions ici les premiers à nous en réjouir...&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>ferocias</name>
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        <title>Romans pour la jeunesse</title>
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        <updated>2008-08-01T15:54:00+02:00</updated>
        <published>2008-08-01T15:54:00+02:00</published>
        <summary>  Vous ne savez qui est Léonce Prache? Eh bien, il va falloir chercher un peu...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Vous ne savez qui est Léonce Prache? Eh bien, il va falloir chercher un peu sur le ouebe ;-)&lt;br /&gt; Pour ce qui nous intéresse, deux romans parus dans la collection &lt;em&gt;Romans pour la jeunesse&lt;/em&gt; des Editions Rouff en 1948 retiendront notre attention:&lt;br /&gt; le numéro 20: Enlevés par les Indiens&lt;br /&gt; le numéro 30: Les Emigrants de la Pampa&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et en image, cela donne:&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1168089&quot; src=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/media/01/00/1112701123.jpg&quot; alt=&quot;prache enlevé par les indiens.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1168089&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1168092&quot; src=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/media/01/02/1246688271.jpg&quot; alt=&quot;prache les émigrants de la pampa.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1168092&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Si vous possédez ces fascicules et que vous souhaitez les céder, je suis intéressé.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; 
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        <author>
            <name>Paul Arrieu</name>
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        <title>La Fayette ch 7 - 9</title>
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        <updated>2008-07-30T10:39:24+02:00</updated>
        <published>2008-07-30T10:39:24+02:00</published>
        <summary>    L'AVENTURE AMÉRICAINE DE LA FAYETTE, CH 7 - 9     &amp;nbsp;   &amp;nbsp;     7 -...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/">
           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;L'AVENTURE AMÉRICAINE DE LA FAYETTE, CH 7 - 9&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot;&gt;&lt;b&gt;7 - Kayewla,&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot;&gt;&lt;b&gt;le cavalier redoutable&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Bien qu'il souffrit de sa jambe blessée, La Fayette ne tenait pas en place. Mains au dos, il arpentait à grands pas sa chambre, claudiquant et maugréant.&lt;br /&gt; Assis à une table, le nez penché dans la lueur que répandait une chandelle, La Colombe écrivait.&lt;br /&gt; Gimat, debout près de la cheminée où brûlait un grand feu, hasardait parfois une réflexion qui relançait la colère de son chef.&lt;br /&gt; - Monsieur le marquis, disait-il, ce que l’on ne peut pas reprocher au général Philip Schuyler, c'est de vous avoir mal accueilli. Il vous a reçu comme un héros, comme une gloire nationale ...&lt;br /&gt; - Oui, certainement!... Il a sacrifié les plus beaux chapons d'Albany et emprunté aux meilleures caves de la ville! Cette pièce où nous sommes est confortable, ce feu réjouissant, ce lit douillet. . . Mais demain, Gimat, demain, comment remplirons-nous notre mission?&lt;br /&gt; Et se tournant vers son autre aide de camp, il ajouta :&lt;br /&gt; - Mille deux cents hommes, voilà ce que peut m'offrir Schuyler, voilà les renforts promis par le Congrès ! Appeler ça des renforts ! Vous avez bien noté La Colombe, 1200 hommes !&lt;br /&gt; - C'est un nombre que l'on ne peut pas oublier, répondit le jeune officier, promu au rang de chroniqueur. Toutefois, je n'en suis pas encore là... J'essaie de résumer nos quatorze jours de calvaire pour parcourir près de 250 lieues. Je voudrais n'oublier ni un essieu brisé, ni un traîneau renversé, ni quelques amputations pour gelure et gangrène...&lt;br /&gt; - A votre place, lança Gimat, je soulignerais que, en comparaison, la traversée des forêts de la Caroline a été une promenade, malgré les moustiques ...&lt;br /&gt; - Des effectifs insuffisants, dit La Fayette de plus en plus rageur, et aucune intendance! Le dénuement! Ni vivres, ni munitions! Aucun ravitaillement possible! A cause du blocus que pratiquent les Anglais, les habitants d'Albany ont à peine de quoi ne pas mourir de faim, et juste ce qu'il leur faut de poudre pour maintenir les Indiens dans leurs montagnes...&lt;br /&gt; - L’hiver est bien au rendez-vous, ricana Gimat, les eaux des Grands Lacs sont prises par les glaces et les navires bloqués dans des ports de fortune. Mais à Albany, nous ne trouverions même pas assez de paille pour les faire flamber!&lt;br /&gt; - Mes amis, reprit La Fayette d'une voix grave, il faut regarder la vérité en face : nous sommes victimes d'une machination. Les amis du général Gates n'ont pas renoncé à leurs ambitions; ils ont voulu m'éloigner de Washington; ils ont influencé le Congrès ...&lt;br /&gt; - Rien n'est simple dans cette guerre, soupira La Colombe sans lever la plume. Ne voit-on pas une partie de la population, fidèle à l'Angleterre, souhaiter la défaite des Insurgents? ...&lt;br /&gt; - Peu importe! coupa la Fayette. Notre cause est la bonne, et Washington le seul grand homme capable de la faire triompher!&lt;br /&gt; - Nous devrions retourner auprès de lui ... suggéra Gimat.&lt;br /&gt; - Messieurs, j'en conviens, reprit La Fayette, il nous faut renoncer au rêve canadien. Nous ne pourrons pas même assurer notre mission, qui était d'anéantir la flotte ennemie des Grands Lacs. Mais il n'est pas question de battre en retraite! Demain, nous visiterons les forts que Schuyler veut nous montrer. Dans quelques jours, notre vieil ami Kalb nous aura rejoints . Il est de bon conseil. Nous aviserons alors de la conduite à tenir.&lt;br /&gt; Avant de se retirer, les aides de camp proposèrent à La Fayette de lui envoyer un médecin, car sa jambe, qui avait beaucoup souffert du froid au cours du voyage, semblait le tourmenter de plus en plus.&lt;br /&gt; Mais le jeune commandant de la pauvre &quot;armée du nord&quot; refusa.&lt;br /&gt; - Tout va très bien, messieurs, leur dit-il, tout va très bien pour ce qui est de ma jambe.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;*&amp;nbsp; &amp;nbsp;*&lt;br /&gt; *&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le lendemain, une colonne de belle allure s'enfonça dans la forêt, au nord-est d'Albany. Quelques éclaireurs précédaient le gros de la troupe. Le général Schuyler et La Fayette chevauchaient botte à botte, à la tête d'une solide escorte, constituée de soldats en grande tenue. Pour honorer son hôte, et peut-être aussi pour lui faire oublier sa déception de la veille, le responsable militaire de cette région proche des Grands Lacs avait exigé que chacun revêtit son plus bel uniforme et présentât ses meilleures armes . Sensible à cette marque d'attention, car il aimait la gloire et tout ce qui l'accompagne, le marquis n'en songeait pas moins, avec mélancolie :&lt;br /&gt; “Ce n'est pas quatre ou cinq dizaines d'hommes comme ceux-là qu'il me faudrait, mais quatre ou cinq mille!...&quot;&lt;br /&gt; Après une heure de marche, les troncs givrés des arbres devinrent plus clairsemés, et bientôt, la petite expédition s'engagea dans un chemin qui s'élevait au&amp;nbsp; flanc&amp;nbsp; d'une colline abrupte. Au sommet s'étendait une sorte de plateau dont on ne pouvait guère estimer la dimension, car les flocons de neige, qui tourbillonnaient dans le vent, brouillaient l'horizon.&lt;br /&gt; Une petite route caillouteuse, difficile pour les pieds des chevaux, conduisait au fort. Bientôt apparurent les fossés, les remparts de terre, les bastions qui gardaient l'entrée.&lt;br /&gt; La poterne s'ouvrit . Les visiteurs étaient attendus. Ils furent accueillis au son des fifres et des tambours.&lt;br /&gt; Cependant, ni la chaleur de cette réception, ni le drapeau, ni même la présence d'un canon sur un terre-plein ne parvenaient à masquer la pauvreté fragile de ce camp, constitué de quelques tentes délabrées.&lt;br /&gt; Une cinquantaine de miliciens se regroupèrent à l'appel de leur chef. La Fayette les passa en revue, et constata qu'ils étaient aussi dénués d'habits et d'armes convenables que les volontaires de Valley Forge.&lt;br /&gt; Puis, du haut d'un parapet, le général Schuyler expliqua aux visiteurs tout l'intérêt que présentait la place forte.&lt;br /&gt; - Vous ne voyez pas la rivière Mohawk, dit-il, à cause de la neige... Elle est là pourtant, au pied de cette colline, coupée de rapides et de cascades, certes peu navigable, mais les sauvages cachés dans la forêt sont si habiles sur leurs canots d'écorce! ... Il est bon d'être maître de ce passage.&lt;br /&gt; - Je croyais que les Indiens étaient plutôt favorables aux Insurgents, dit La Fayette.&lt;br /&gt; Sans tenir compte de cette remarque, Schuyler poursuivit :&lt;br /&gt; - Cette vallée, c'est la grande voie de communication entre la côte atlantique et la région des Grands Lacs. Mieux vaut qu'elle soit fermée aux Anglais ...&lt;br /&gt; - Si j'avais pu remplir ma mission, les Anglais n'auraient plus jamais eu envie de s'aventurer par ici!&lt;br /&gt; - Ne revenons pas là-dessus, monsieur le marquis, voyez l'état de ce fort! ... A trois lieues vers l'ouest, nous en avons un autre, que j'ai dû abandonner, faute d'hommes ...&lt;br /&gt; - Allons le visiter!&lt;br /&gt; - Mais la nuit va nous surprendre, monsieur!&lt;br /&gt; Bien que sa jambe commençât à s'engourdir, La Fayette entraîna la petite troupe en direction d'une colline à peine perceptible dans la tourmente dont l'intensité augmentait.&lt;br /&gt; Les cavaliers approchaient du camp désert, ils en voyaient déjà les remparts, et la porte éventrée, grinçante, secouée par le vent, lorsqu'un roulement sourd se fit entendre. Une avalanche? Ils ne se posèrent pas longtemps la question. Trois chevaux lancés au grand galop fendirent l'escorte.&lt;br /&gt; - Rattrapez-les! cria La Fayette à Gimat et La Colombe.&lt;br /&gt; Quant à lui, il se jeta dans la pente qui séparait le chemin où il se trouvait du même chemin passant à cent pieds en contrebas.&lt;br /&gt; C’était de la folie! La monture glissa, tomba sur les genoux, put se relever sans blessure grâce à l'épaisseur de la neige, mais ce fut, hélas! pour poursuivre la descente sans le vouloir, la tête dirigée vers le haut, l'arrière train dans l'autre sens, son maître cramponné à la crinière.&lt;br /&gt; Un arbre les sauva. Le choc fut rude. L'arrêt bienvenu. La Fayette parvint à calmer la bête et à l'inciter à dévaler un dernier escarpement.&lt;br /&gt; Tout cela n'avait duré que quelques secondes. L'audacieux jeune homme avait récupéré son souffle lorsque les fuyards apparurent à la sortie de la longue boucle qu'ils avaient dû parcourir. Pour leur bloquer le passage, il fit se cabrer son cheval. Les trois hommes s'arrêtèrent. C'étaient des Indiens, deux fort jeunes, un plus âgé, tous trois vêtus&amp;nbsp; de&amp;nbsp; fourrure,&amp;nbsp; le carquois en&amp;nbsp; bandoulière dûment empanachés de plumes et le visage peint.&lt;br /&gt; - Pourquoi vous sauvez-vous quand vous nous voyez arriver, ne sommes-nous pas en paix? demanda La Fayette d'un ton sévère et en usant de son meilleur anglais.&lt;br /&gt; - Visage pâle, pourquoi emploies-tu cette langue qui n'est pas la tienne? répondit le vieil Indien en très bon français. N'as-tu pas reconnu en nous des Hurons? Ignores-tu les liens d'amitié qui nous lient?&lt;br /&gt; Médusé, La Fayette resta sans voix.&lt;br /&gt; Profitant du silence, l'un des deux autres prit la parole, mais il le fit dans un idiome incompréhensible.&lt;br /&gt; - Mon fils, reprit le plus âgé, voudrait savoir si tu as vraiment descendu cette pente avec ton cheval.&lt;br /&gt; La réponse affirmative de La Fayette entraîna un jaillissement de gloussements gutturaux qui semblaient correspondre à un concert de louanges.&lt;br /&gt; Pendant ce temps, les aides de camp, achevant leur poursuite, vinrent se ranger aux côtés de leur chef.&lt;br /&gt; - Que faisiez-vous dans ce fort abandonné? demanda La Fayette. Qui êtes-vous ?&lt;br /&gt; - Jeune homme, tu m'interroges? s'étonna le vieux Huron, souriant de mille rides. Si tu étais un simple coureur de bois, je ne me permettrais pas, moi, de te poser des questions indiscrètes!&lt;br /&gt; - Essayez de me comprendre! ...&lt;br /&gt; - Tu as vu mon visage, tu as vu mes plumes, tu as vu mes flèches, et tu ne m'as pas reconnu! Moi, je vois ton uniforme, je t'écoute parler, je connais ceux qui t'accompagnent,&amp;nbsp; je sais qui tu es.&lt;br /&gt; - Alors vous n'ignorez pas que j'aimerais rencontrer les Indiens pour discuter avec eux d'une noble cause ...&lt;br /&gt; - Les Indiens! quels Indiens? ... Le peuple huron peut-être? Il a disparu ... Regarde-moi! Les derniers représentants des Hurons errent dans ces collines,&amp;nbsp; sans cesse&amp;nbsp; aux aguets, toujours fuyant, pour survivre...&lt;br /&gt; - Ne parliez-vous pas vous-même de notre bonne amitié. J'ai lu des livres, vous savez, sur Champlain, sur Montcalm, sur la longue alliance des Hurons et des Français ...&lt;br /&gt; - Marquis, -car tu es &lt;i&gt;Le marquis&lt;/i&gt;, n'est-il pas vrai? venu de France, et dont la réputation a pénétré jusqu'au fond de nos forêts - marquis, j'aimerais m'entretenir avec toi, mais sous un wigwan, en fumant un calumet. Parles-en au général Schuyler, il organisera facilement cette rencontre. Bonsoir.&lt;br /&gt; Un claquement de langue, le cheval du vieil Indien s'ouvrit un passage entre les montures de La Colombe et de La Fayette. Les cavaliers plus jeunes suivirent leur aîné et le trio disparut dans un tourbillon de neige.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; &amp;nbsp;*&lt;br /&gt; *&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'assemblée générale eut lieu quelques jours plus tard, à proximité de Johnstown, au bord de la rivière Mohawk.&lt;br /&gt; La Fayette et son ami Kalb s'y rendirent en traîneau.&lt;br /&gt; Leur arrivée fut acclamée par cinq cents hommes, femmes et enfants, &quot;bariolés de couleurs et de plumes.&quot;&lt;br /&gt; Un grand feu brûlait au milieu d'une place circulaire, limitée par de longues maisons de bois, couvertes d'écorce de bouleau. Lorsque les chefs, sortis de la plus grande de ces bâtisses, marchèrent à la rencontre des arrivants, ce fut le signal d'une danse guerrière, accompagnée de cris, autour des hautes flammes.&lt;br /&gt; Les jeunes hommes qui se donnaient en spectacle n'étaient vêtus,malgré le froid, que d'une cape, d'un pagne et de hautes guêtres . Ces habits, faits de cuir souple et de perles, très beaux, découvraient des corps musculeux, marqués de tatouages. Les crânes étaient rasés, à l'exception d'une touffe de cheveux dressée en houppe et rehaussée d'une aigrette.&lt;br /&gt; - Je me demande s'ils sont armés de la sorte chaque fois qu’ils font la ronde? dit La Fayette.&lt;br /&gt; La remarque portait sur la corne de poudre qui leur battait les flancs, sur la longue carabine qu'ils agitaient d'une main, sur le tomahawk au manche orné de scalps qu'ils brandissaient de l'autre.&lt;br /&gt; - N'ayez aucune crainte! lui répondit Bill William, un trappeur que Schuyler avait choisi pour accompagner les officiers . Écoutez plutôt leur chant. Ils célèbrent le &lt;i&gt;Grand Père&lt;/i&gt;, c'est le major général Kalb, et ... et. vous entendez : Kayewla !&amp;nbsp; Kayewla !&lt;br /&gt; - Kayewla ?&amp;nbsp; fit La Fayette, étonné .&lt;br /&gt; - Cela veut dire le &lt;i&gt;Cavalier Redoutable&lt;/i&gt;, c'est vous.&lt;br /&gt; - Comment, moi ?&lt;br /&gt; - Votre façon de descendre les collines, et peut-être aussi de galoper sur les berges de la Brandywine, vous a valu ce surnom.&lt;br /&gt; Cependant, ledit Kayewla commençait à trouver le temps long, et Bill et Kalb et ses aides de camp durent user de tout leur pouvoir de persuasion pour le dissuader de hâter le déroulement des cérémonies.&lt;br /&gt; Après la danse, il y eut l'échange des cadeaux, du rhum offert par les Blancs, des carniers d'apparat offerts par les Peaux-Rouges, puis ce fut le festin, composé de viandes grillées et de gâteaux au miel.&lt;br /&gt; Les chefs invitèrent enfin leurs visiteurs à les suivre dans la plus vaste des maisons, au milieu de laquelle brûlait un autre feu. Un calumet, un tonnelet, des bouteilles, des calebasses attendaient les négociateurs. On s'installa, on fit circuler la pipe fumante, on but une première rasade.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/media/00/02/1130077859.jpg&quot; id=&quot;media-1138839&quot; alt=&quot;La Fayette 11.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt&quot; name=&quot;media-1138839&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Quand l'Indien le plus ancien prit la parole, il s'exprima dans sa langue maternelle, bien qu'il parlât l'anglais.&lt;br /&gt; - &lt;i&gt;Nuage d'argent&lt;/i&gt;,&amp;nbsp; le grand chef iroquois,&amp;nbsp; donne la parole à &lt;i&gt;Castor Prudent&lt;/i&gt;, le Huron que vous connaissez, traduisit Bill.&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/media/02/00/83616883.jpg&quot; id=&quot;media-1137702&quot; alt=&quot;La Fayette 12.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1137702&quot; /&gt; Le Huron choisit la même langue que l'Iroquois. Son discours fut très long, la traduction du trappeur fort succincte.&lt;br /&gt; - Castor Prudent, dit Bill, évoque la puissance Huronne, du temps où ses ancêtres contrôlaient le marché de la fourrure autour des Grands Lacs. Il rappelle que les Iroquois ont chassé son peuple de ses terres, qu'ils l'ont massacré, anéanti ... Mais il remercie le Grand Esprit qui leur a inspiré 1'idée d'adopter les derniers survivants ...&lt;br /&gt; - Les guerres iroquoises furent des guerres justes, déclara &lt;i&gt;Nuage d'argent&lt;/i&gt;. Le peuple iroquois est un grand peuple, constitué de six valeureuses tribus : les Onéidas, dont je suis le chef, les Mohawks, les Onondagas, les Cayugas, les Sénécas, les Tuscaroras ...&lt;br /&gt; Chaque fois qu'il introduisait un nouveau nom, le vieux chef&amp;nbsp; ne manquait pas de l'assortir d'épithètes louangeuses.&lt;br /&gt; - Heureusement qu'il n'a pas à nous présenter cinquante peuplades, sinon on y passait la nuit, souffla La Colombe, en passant le calumet à La Fayette.&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Grande Oreille&lt;/i&gt;, chef des Onondagas, rappela que les Hurons.&amp;nbsp; avaient pris le parti des Français .&lt;br /&gt; - Les Iroquois le parti des Anglais, ajouta &lt;i&gt;Poney debout&lt;/i&gt;, chef des Tuscaroras.&lt;br /&gt; - Les Anglais ont finalement vaincu les Français... dit &lt;i&gt;Nuage d'argent&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt; Kayewla, le cavalier redoutable, les interrompit :&lt;br /&gt; - Messieurs, dit-il, mes frères, Iroquois et Hurons, grands chefs guerriers, je suis venu vers vous, non pour parler du passé, mais du présent et de l'avenir.&lt;br /&gt; Il répéta sa tirade en anglais, ce qui épargna à Bill la peine de traduire.&lt;br /&gt; Ce bilinguisme impressionna l'auditoire.&lt;br /&gt; - Les temps ont changé, enchaîna Kalb dans les deux langues. Les Français sont aujourd'hui les alliés des Anglais d'Amérique. Les ennemis sont les Anglais qui continuent de venir de 1'autre côté du lac salé (l'océan atlantique)...&lt;br /&gt; - Nous avons un traité, s'écria &lt;i&gt;Nuage d'Argent,&lt;/i&gt; signé avec les Anglais des deux bords, à l'époque où ils étaient d'accord entre eux, un traité qui nous reconnaît la possession des terres de l'Ouest!&lt;br /&gt; - Nous ne songeons pas à remettre en cause ce traité, dit la Fayette, mais nous vous demandons de nous aider dans notre combat pour la liberté.&lt;br /&gt; - Les Hurons seront avec vous, promit Castor Prudent.&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Nuage d'argent&lt;/i&gt; but une large rasade de rhum, ferma les yeux et s’abîma dans une profonde réflexion. Vint ensuite une harangue en langue iroquoise dont Bill rapporta l'essentiel :&lt;br /&gt; - Pour les Peaux-Rouges comme pour les Visages Pâles, le jeu des alliances est chose subtile. Ainsi, le chef des Sénécas est absent ce soir. Pourquoi? Parce que la tribu des Sénécas est sur le sentier de la guerre, au service des Anglais d'au-delà du lac salé. Cela contrarie fort &lt;i&gt;Nuage d'argent&lt;/i&gt;, partisan de la neutralité. En compensation, il accepte que les valeureux guerriers volontaires des autres tribus iroquoises s 'engagent dans le camp des Français et des Anglais d'Amérique.&lt;br /&gt; - Hurrah! s'écria La Fayette, en tendant sa calebasse, pour proposer un toast.&lt;br /&gt; Le traité fut scellé dans un flot de rhum.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; &amp;nbsp;*&lt;br /&gt; *&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le général Philip Schuyler félicita chaudement le marquis pour le succès de sa démarche auprès des Indiens. Dans les jours qui suivirent, il mit à sa disposition toutes les forces dont il disposait.&lt;br /&gt; La Fayette commença par restaurer le fort désaffecté d'où les Hurons s'étaient enfuis à son approche. Les fossés furent curés, les remparts relevés. Un édifice à demi effondré, constitué de troncs de pins et d'un toit d'écorce, fut reconstruit sur son tertre. Des miliciens nouveaux se pressèrent à la poterne pour occuper cette place forte réhabilitée.&lt;br /&gt; Ensuite, le jeune émule de Vauban visita et remis en état d'autres forts, tant dans la vallée de la Mohawk que dans celle de l'Hudson.&lt;br /&gt; Le sage et expérimenté major général Kalb aidait, soutenait et encourageait son cadet, qu'il admirait beaucoup.&lt;br /&gt; Il jugea cependant nécessaire de lui recommander la prudence lorsque son jeune ami imagina une nouvelle entreprise de vaste envergure.&lt;br /&gt; Il s'agissait de redescendre vite vers le sud et d'obtenir du Congrès l'autorisation d'attaquer les Anglais dans leur plus solide bastion : New York.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot;&gt;&lt;b&gt;8&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L'alliance française&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;ler mai 1778.&lt;br /&gt; Assis à son bureau, le dos bien droit, la nuque raide, Washington examine une carte sur laquelle glisse son index.&lt;br /&gt; - J’ai voulu, dit-il, vous consulter le premier sur ce projet de campagne de printemps.&lt;br /&gt; La Fayette, debout près du siège du commandant en chef, s'incline à peine, embarrassé qu'il est de ses grands bras.&lt;br /&gt; - Nous n'allons pas engager une action d'envergure pour reprendre New York... sourit Washington.&lt;br /&gt; - J'y ai renoncé, j'ai parfaitement compris les réserves du Congrès !&amp;nbsp; s'exclame impétueusement le marquis.&lt;br /&gt; - J'approuve votre sagesse, mon ami, de même que j'ai admiré votre prudence à Albany.&lt;br /&gt; - Monsieur, monsieur... implore le jeune homme d'une voix douce, comme s'il disait &quot;mon père&quot;, - monsieur, me permettez-vous de m'exprimer franchement?&lt;br /&gt; - Je vous écoute, Gilbert?&lt;br /&gt; - Je crains que ma docilité nuise à ma réputation . L'Europe attend de moi de grandes choses ... Que pensera-t-on là-bas de ma modeste expédition aux frontières du Canada?&lt;br /&gt; Washington quitte son siège, et, mains au dos, un peu voûté, l'air sévère, il arpente son bureau.&lt;br /&gt; - Mon cher Gilbert, laissez-moi vous dire ce que j'en pense, moi. Vous ne vous êtes pas lancé à la recherche des navires anglais, et vous avez bien fait. Vos forces étaient insuffisantes, Gates vous avait tendu un piège. Dans de mauvaises conditions, vous avez conduit une opération dont le bilan est positif : accord avec les Indiens, réorganisation de la défense de toute une région. Bravo, votre gloire s'en trouve grandie...&lt;br /&gt; Le bonheur du jeune major général serait à son comble si celui qu'il admire du fond du cœur, qu'il aime comme un père adoptif voulait bien lui tendre physiquement la main, ou lui donner une tape amicale sur l'épaule.&lt;br /&gt; Mais le Virginien n’apprécie guère les familiarités, et, s'il se montre toujours d'une extrême gentillesse, il ne se départit jamais de son air imposant .&lt;br /&gt; - Voyons un peu cette carte, dit-il, approchez-vous, Gilbert... A défaut de marcher sur New York, nous allons mener la vie dure au général Howe, qui tient Philadelphie...&lt;br /&gt; En ce moment, on toque à la porte.&lt;br /&gt; - Qu'on ne me dérange pas! ordonne Washington.&lt;br /&gt; Le planton de service ne tient aucun compte de cette injonction.&lt;br /&gt; - Simon Deane! lance-t-il, en introduisant un visiteur.&lt;br /&gt; - Simon! Est-ce bien vous? Simon, le fils de Siléas Deane, précise Washington à l'adresse de La Fayette.&lt;br /&gt; - Je viens de France, dit Simon. Voici une lettre, écrite il y a douze semaines, que M. Franklin et mon père m'ont chargé de vous remettre aussitôt qu'arrivé...&lt;br /&gt; Washington s'est levé . Il prend connaissance du document. Son front se plisse, sa haute taille semble grandir encore, ses épaules deviennent plus larges car il aspire un bol d'air. Il est pâle. Ses yeux gris bleu brillent d'un étrange éclat.&lt;br /&gt; - Lisez, dit-il en tendant la lettre à La Fayette.&lt;br /&gt; Celui-ci la parcourt du regard.&lt;br /&gt; - Mais ... mais c'est un... c'est le ... bredouille-t-il.&lt;br /&gt; - Oui, Gilbert, oui, c'est le traité d’alliance avec la France que nous attendions!&lt;br /&gt; L'émotion est trop forte, le jeune homme n'y tient plus ... Il se précipite sur le général en chef, il le prend dans ses bras et l'embrasse sur les deux joues.&lt;br /&gt; Washington sourcille un peu, à peine. Un grand sourire éclaire son visage. Il n'ose pas trop se l'avouer, mais il éprouve beaucoup d'affection pour ce gentilhomme enthousiaste, venu de si loin à seule fin de défendre la cause qui lui est chère. Au fond, il l'aime comme un fils d'adoption.&lt;br /&gt; - Vous avez fait plus que personne pour amener ce grand événement, lui dit-il.&lt;br /&gt; Quel bel éloge! Et combien mérité!&lt;br /&gt; Le lendemain commencent des festivités qui dureront plusieurs jours.&lt;br /&gt; La Fayette, à la tête des volontaires français, passe en revue l'armée des États-Unis. Par dessus son uniforme d'officier américain, il porte la ceinture blanche de la maison de France.&lt;br /&gt; Banquets, feux d'artifice.&lt;br /&gt; Et partout flotte le drapeau étoilé aux treize bandes rouges et blanches.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;(Aujourd'hui, le nombre des étoiles du drapeau américain, correspondant au nombre des états, est passé de 13 à 50, mais le nombre des bandes, qui gardent le souvenir des 13 colonies ayant lutté pour leur indépendance, est resté inchangé.)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; *&lt;br /&gt; *&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le conseil de guerre du 8 mai chargea La Fayette d'une opération en direction de Philadelphie.&lt;br /&gt; Il s'agissait d'une mission de reconnaissance, également destinée à tenter de couper la ville des armées anglaises du Nord.&lt;br /&gt; A la tête de trois mille hommes,&amp;nbsp; le Français poussa&amp;nbsp; une pointe jusqu'à Barren Hill, aux abords de la capitale.&lt;br /&gt; Il avait respecté la consigne, qui était d'éviter tout engagement. Mais il s'était avancé imprudemment, et, la nuit venue, les Anglais, au nombre d'environ sept mille, décidèrent de le prendre à revers.&lt;br /&gt; Le jeune général avait installé ses quartiers au sommet de la colline, dans une ferme, où il soupait, lorsque des patriotes vinrent l'alerter: l'ennemi bloquait déjà deux des trois voies par lesquelles il aurait pu se replier, et se déplaçait pour occuper la troisième.&lt;br /&gt; - Gimat, ordonna La Fayette, prenez avec vous une centaine de nos braves, pas davantage, et déclenchez une attaque à 1'ouest, qui laisse croire à ces diables rouges que nous allons fuir de ce côté là ...&lt;br /&gt; Les autres officiers furent chargés de rassembler le gros de la troupe et de conduire la retraite par la route de l'est, qui longeait la rivière Schuylkill.&lt;br /&gt; La manœuvre réussit. Pendant que les Anglais mitraillaient à tout va ceux qui les provoquaient, les miliciens s'échappaient par la voie libre. Pour ne pas l'engorger, pour accélérer la fuite, certains d'entre eux se jetaient à l'eau et remontaient le courant. Mais ce vaste mouvement de repli ne prit jamais l'allure d'un sauve-qui-peut. Bien au contraire!&lt;br /&gt; A plusieurs reprises, les Américains livrèrent bataille.&lt;br /&gt; Les Iroquois recrutés par La Fayette firent merveille, leurs cris et les moulinets de leurs tomahawks terrorisant leurs adversaires. La vérité oblige à dire qu'ils cédèrent à leur tour à la panique lorsque les dragons anglais chargèrent au grand galop de leurs montures superbement harnachées.&lt;br /&gt; Les éclaireurs qui guidaient le retour vers Valley Forge étaient des volontaires originaires du pays. Ils connaissaient mieux que les assaillants&amp;nbsp; les sentiers des&amp;nbsp; champs et des bois qu'ils traversaient, de sorte que les nombreux échanges de mousqueterie tournèrent à l'avantage des Américains.&lt;br /&gt; Les Anglais subirent de lourdes pertes, et durent à leur tour battre en retraite quand Washington, qui observait à la lorgnette le déroulement des escarmouches, décida de marcher à la rencontre de La Fayette.&lt;br /&gt; La défaite évitée se transformait en victoire, et, dans son rapport au Congrès, le général en chef ne manqua pas de mettre en lumière les hautes qualités de son second.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le malheureux Gilbert n'avait pas le cœur, hélas! à goûter ce supplément de gloire. D'autres lettres étaient arrivées de Paris : l'une d'elles lui annonçait la mort de sa fille aînée, Henriette, au terme d'une longue maladie.&lt;br /&gt; Il écrivit à Adrienne :&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot;Que mon éloignement est affreux! ... Mon cœur est affligé de ma propre douleur et de la vôtre, que je n'ai pu partager...&lt;br /&gt; Si la malheureuse nouvelle que j'ai apprise m'était arrivée tout de suite, je serais parti sur-le-champ pour vous joindre., mais celle du traité, reçue le ler mai, m'a arrêté-...&quot;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Et maintenant qu'il est engagé dans cette campagne de la belle saison, comment pourrait-il s'en aller?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le général Clinton, qui avait remplacé le général Howe à la tête des troupes anglaises de Philadelphie, décida l'évacuation de la ville. Ayant eu connaissance du traité signé par Louis XVI, il craignait l'arrivée de la flotte française, et pensait que ses compatriotes avaient intérêt à regrouper leurs forces dans la région de New York.&lt;br /&gt; - Nous n'allons pas les laisser filer comme ça! s'exclama La Fayette, après qu'il eut appris le mouvement qui se préparait.&lt;br /&gt; - Je vous charge de rassembler nos meilleurs soldats, ordonna Washington. Vous en prendrez le commandement avec le général Lee.&lt;br /&gt; Une solide armée, constituée de 4000 continentaux, appuyés par 1200 miliciens, se lança à la poursuite des rouges, et bientôt commença un travail de harcèlement.&lt;br /&gt; Plusieurs jours durant, des affrontements se produisirent, mais la victoire ne semblait pas vouloir sourire aux valeureux combattants des États-Unis.&lt;br /&gt; L'insuccès tenait en grande partie au désordre qui régnait à l'état-major. Tout se passait comme si Lee n'avait pas voulu réussir dans l'entreprise à laquelle il participait .&amp;nbsp; La Fayette se désolait.&lt;br /&gt; Le 28 juin enfin, une action décisive fut engagée devant Monmouth, dans le New Jersey.&lt;br /&gt; Washington en personne dirigeait les manœuvres, le Français près de lui.&lt;br /&gt; Ils gagnèrent la bataille.&lt;br /&gt; Mais la nuit les surprit sur le terrain des opérations. Harassés de fatigue, ils s'allongèrent au pied d'un arbre, au milieu de leurs hommes.&lt;br /&gt; - Il faudra que je vous parle du général Lee, dit Gilbert.&lt;br /&gt; - Il voudrait pactiser avec les Anglais, je le sais, gronda le vieux chef. Le tribunal militaire jugera de son incompétence et de sa trahison.&lt;br /&gt; - Nous sommes quand même vainqueurs! ...&lt;br /&gt; - Grâce à Dieu, nous avons aujourd'hui fait un pas de plus dans la voie de l'indépendance.&lt;br /&gt; - Vive la liberté ... murmura La Fayette, les yeux fixés sur le ciel étoilé.&lt;br /&gt; Comme il frissonnait dans son manteau en lambeaux, Washington ôta le sien pour le partager avec son jeune ami.&lt;br /&gt; - Et maintenant, Gilbert, dormons.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;*&amp;nbsp; *&lt;br /&gt; *&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Douze vaisseaux de ligne se laissaient balancer mollement par la houle, superbes, terrifiants, avec leur mâts immenses, leurs centaines de canons, les uns alignés sur le pont du haut, les autres au-dessous, formant deux rangs de&amp;nbsp; bouches à feu.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Lorsque la chaloupe ne fut plus qu'à une encablure du vaisseau amiral le &lt;i&gt;Languedoc&lt;/i&gt;, La Fayette reconnut sur la dunette les officiers qui l'attendaient.&lt;br /&gt; Le comte Charles d’Estaing, chef de l'escadre, l’accueillit. Les deux hommes échangèrent une chaleureuse accolade.&lt;br /&gt; - Mon cher cousin...&lt;br /&gt; - Mon cher cousin...&lt;br /&gt; Un lien de parenté les unissait, mais le moment ne se prêtait guère à une évocation de leur généalogie.&lt;br /&gt; - Quel bonheur que ce spectacle de la renaissance de la flotte française ! s'exclama le jeune général.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il se tenait face au large, bras en croix, comme s'il avait voulu embrasser les douze grands navires immobiles et les quatre ou cinq légères frégates qui dansaient à l'horizon, toutes voiles dehors.&lt;br /&gt; - De jolis monstres des mers, et si dociles! expliqua d'Estaing. Une voilure plus divisée, les focs, tout cela permet une manœuvre plus facile ...&lt;br /&gt; La Fayette aurait pu lui demander pourquoi, dans ces conditions, il avait mis tant de temps à venir. Parti le 13 avril de Toulon, il n'était arrivé que le 8 juillet en vue des côtes américaines! Douze semaines de mer! Une occasion perdue d'affronter la flotte anglaise, forte seulement de neuf grands navires de guerre et qui avait eu le temps de fuir! Un délai qui avait permis à l'armée de Clinton d'évacuer Philadelphie, alors qu'elle aurait été écrasée avec l'appui de l'infanterie de marine française! Comme on l'avait attendu, ce renfort!&lt;br /&gt; Les mauvaises langues disaient que le retard de la flotte française n'avait rien d'étonnant, le vice-amiral d'Estaing, qui avait commencé sa carrière dans l'armée de terre, étant un piètre marin.&lt;br /&gt; Le chef d’escadre présenta le combattant de la liberté à ses officiers.&lt;br /&gt; - Tous mes hommes, dit-il, brûlent du désir d'agir, et leur ardeur est sur le point de se transformer en impatience.&lt;br /&gt; - Je suis venu pour que nous en parlions, répondit La Fayette.&lt;br /&gt; Les deux cousins passèrent à table.&lt;br /&gt; Ils évoquèrent d'abord leur Auvergne natale, et chacun son château, sa famille, ses chasses. Le maître coq du Languedoc, originaire de Saint-Flour, leur avait mitonné des tripous, des pieds de mouton et une potée, qu'ils arrosèrent de Saint-Pourçain.&lt;br /&gt; Puis ils revinrent au Nouveau Monde et à ses problèmes.&lt;br /&gt; - Nous risquons de nous échouer si nous nous engageons dans les passes de cette côte, dit l'amiral, c'est pourquoi je ne me suis pas aventuré dans l'embouchure de la Delaware.&lt;br /&gt; - Je comprends, je comprends ... dit La Fayette, en admirant par le hublot l'imposante silhouette du Tonnant, un aussi gros vaisseau que le Languedoc.&lt;br /&gt; - Toutefois, ajouta-t-il, mon ami George Washington, qui est un être admirable, à la fois humaniste et grand chef de guerre, me charge de vous proposer une opération combinée.&lt;br /&gt; - Où pense-t-il que notre escadre pourrait intervenir et jouer un rôle déterminant?&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; - Au nord de New York, à Newport, dans le Rhode Island.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; &amp;nbsp;*&lt;br /&gt; *&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sous&amp;nbsp; la conduite&amp;nbsp; des&amp;nbsp; généraux&amp;nbsp; Greene,&amp;nbsp; Sullivan&amp;nbsp; et&amp;nbsp; La Fayette, les troupes terrestres traversèrent le Connecticut et marchèrent sur l'objectif que l'escadre attaqua de son côté.&lt;br /&gt; Les assaillants remportèrent quelques succès. Le &lt;i&gt;Fantasque,&lt;/i&gt; que commandait le hardi Suffren, et le &lt;i&gt;Sagittaire&lt;/i&gt; franchirent les passes et détruisirent quatre frégates et deux corvettes. Les continentaux et les miliciens s'apprêtaient à parachever la victoire lorsque fut signalée l'approche d'une escadre anglaise de quatorze vaisseaux.&lt;br /&gt; Le vice-amiral d'Estaing donna l'ordre de faire face.&lt;br /&gt; Frémissement des montagnes de voiles blanches, immense mouvement des longues coques brunes : les monuments mobiles se mettent en bataille. La tactique, toute simple, consiste à se ranger en ligne, en observant les distances convenables, et à fondre sur l'ennemi, rangé de la même manière, pour le canonner. Mais l'avantage est à celui qui &quot;prend le vent&quot;, ce qui le lance à plus grande vitesse et lui permet de choisir son angle d'attaque.&lt;br /&gt; Ce jour-là, le 10 août 1778, le vent est favorable aux Français, si favorable même qu'en dépit de sa supériorité numérique, la flotte anglaise prend la fuite.&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; D'Estaing choisit de la poursuivre.&lt;br /&gt; Toutes voiles tendues, les forteresses s'éloignent, s'amenuisent, disparaissent à l'horizon.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Elles reviendront démantelées, mâts brisés, voiles en lambeaux. Et pourtant, le combat n'a pas eu lieu.&lt;br /&gt; Une tempête extraordinaire a saccagé et dispersé la flotte française.&lt;br /&gt; Elle a aussi noyé le camp de La Fayette.&lt;br /&gt; D'Estaing se voit contraint de conduire son escadre à Boston où les travaux de remise en état pourront être effectués . Les généraux américains considèrent ce départ comme une défection, et La Fayette doit se battre pour défendre son compatriote.&lt;br /&gt; Sur ces entrefaites, un représentant du Parlement anglais tente d'engager des négociations avec les Insurgents. Une note qu'il adresse au Congrès porte sur la France un jugement que notre marquis juge offensant.&lt;br /&gt; Aussi veut-il le provoquer en duel, à la face du monde.&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot;Je refuse d'approuver ce défi...&quot;&lt;/i&gt;&amp;nbsp; lui écrit Washington.&lt;br /&gt; Gentiment, il lui montre le caractère désuet de son &lt;i&gt;&quot;généreux esprit chevaleresque&quot;&lt;/i&gt;. Il ne veut pas que son jeune ami risque sa vie &lt;i&gt;&quot;lorsqu'elle doit être réservée pour tant de plus grandes occasions&quot;&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt; La Fayette renonce.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Est-ce en raison de ces déboires qu'il songe à quitter l'Amérique?&lt;br /&gt; Certes non .&lt;br /&gt; Mais il sait que la guerre va s'intensifier entre la France et l'Angleterre, et si les Français passent la Manche pour se battre contre les Anglais, il veut en être.&lt;br /&gt; Il obtient de Washington et du Congrès un congé, assorti de louangeuses marques de reconnaissance.&lt;br /&gt; Bientôt, il reverra Paris! Adrienne! Tous les siens!&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pas si vite! Une vie d'aventurier est toujours pleine d'aléas et de tribulations.&lt;br /&gt; Au début de novembre, il quitte Philadelphie pour Boston où il doit embarquer. Hélas! une sévère dysenterie le cloue au lit. Il ne peut partir que le 11 Janvier 1779.&lt;br /&gt; Il voyage sur &lt;i&gt;l'Alliance&lt;/i&gt;, dont l'équipage se mutine en haute mer, ce qui l’oblige à faire le coup de feu avec les officiers pour éviter que le navire soit livré dans un port anglais.&lt;br /&gt; Ce n’est qu’ensuite qu’il a le vent en poupe.&lt;br /&gt; Alors &lt;i&gt;l’Alliance&lt;/i&gt; vole sur les flots. Elle traverse l'Atlantique en moins de 4 semaines.&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Il arrive à bon port, à Brest, le 6 février.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;5&quot;&gt;&lt;b&gt;9&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Guillaume&amp;nbsp; inimitable&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le comte Louis-Philippe de Ségur et le vicomte Louis de Noailles se rendirent ensemble à l'hôtel de Noailles, afin de faire gentiment reproche au marquis Gilbert de La Fayette de ne pas leur avoir accordé une visite.&lt;br /&gt; - Je vous en prie, mes bons amis, s'esclaffa Gilbert, ne faites pas semblant d'ignorer que le roi m'a puni!&lt;br /&gt; - Le roi l’a condamné à huit jours d'arrêts dans cette maison, sourit Adrienne, en raison de sa désobéissance, souvenez-vous... qui lui avait valu une lettre de cachet ...&lt;br /&gt; - Il sera mieux ici qu'à la Bastille! plaisanta Ségur.&lt;br /&gt; - Surtout avec vous pour geôlière, ma soeur, dit Noailles.&lt;br /&gt; En ce moment, Gilbert embrassa son épouse sur la joue avec un sans-façon que ses visiteurs jugèrent américain.&lt;br /&gt; Le visage d'Adrienne rosit à peine. Ses yeux étincelaient.&lt;br /&gt; Elle rayonnait de bonheur.&lt;br /&gt; - Maintenant que nous vous tenons, reprit Noailles, vous allez tout nous dire du Nouveau Monde.&lt;br /&gt; - Vous d'abord, répliqua La Fayette, vous allez me donner des nouvelles de Versailles.&lt;br /&gt; Alors s'engagea une étonnante conversation.&lt;br /&gt; Le voyageur parlait de guerre, de forêts étouffantes, de grands lacs gelés, d'Iroquois, de diables rouges, de soldats héroïques, d'un chef sublime, d'un peuple épris de liberté.&lt;br /&gt; Les courtisans racontaient les chasses du roi, la naissance de Madame Royale (fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette), la vie de la reine à Trianon, son projet de cure contre la stérilité à Forges-les-Eaux, son intention d'abandonner les chapeaux ornés de plumes pour des &quot;chapeaux bergère&quot;. ses nouvelles dettes de jeu, son pari avec son beau-frère, le comte d'Artois, qu'elle avait mis au défi de construire en deux mois, pour la recevoir, un château dans son parc de Bagatelle.&lt;br /&gt; - Mais qui se préoccupe ici d'envahir l'Angleterre? s'étonna Gilbert.&lt;br /&gt; - Nous avons M. Franklin qui ne ménage pas sa peine, dit Noailles. Il rencontre souvent M. de Vergennes, notre ministre des affaires étrangères.&lt;br /&gt; - La France prépare un traité avec l'Espagne, dit Ségur. Si les deux pays tombent d'accord, un débarquement outre-Manche pourrait être sérieusement envisagé.&lt;br /&gt; - Malheureusement, reprit Noailles, notre bon roi Louis n'a pas la détermination de ce duc de Normandie, qui devint Guillaume ler le Conquérant.&lt;br /&gt; - Dommage, car nous serions prêts à le suivre, ajouta Ségur. Nous sommes toujours disposés à servir la cause pour laquelle vous vous battez, mon cher marquis.&lt;br /&gt; L'entrée d'Anastasie mit un terme à ces considérations politiques.&lt;br /&gt; Vêtue d'une belle robe blanche, décorée de dentelles, la charmante enfant courut vers le sofa, pour y grimper et s'y installer, entre son père et sa mère.&lt;br /&gt; - Elle m'a échappé! s'excusa Melle Marin, qui venait d'apparaître, le cheveu en bataille, dans l'encadrement d'une porte.&lt;br /&gt; - Cela ne fait rien, dit Adrienne, vous pouvez nous la laisser.&lt;br /&gt; Déjà elle jouait avec ce papa&amp;nbsp; qu'elle avait tant&amp;nbsp; attendu et qui savait si bien mimer les Indiens et des bêtes inconnues, en couvrant de baisers ses cheveux et ses bras.&lt;br /&gt; - Quel âge a-t-elle au juste? demanda Ségur, en quittant son siège.&lt;br /&gt; - Un peu plus de dix-huit mois, répondit la maman.&lt;br /&gt; - Elle est vraiment adorable, enchaîna Noailles, en se levant aussi.&lt;br /&gt; Sur ces mots, les deux amis s'esquivèrent, laissant à leur bonheur Gilbert, Adrienne et l'enfant.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; &amp;nbsp;*&lt;br /&gt; *&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Avec 1'aide du duc d'Ayen, son beau-père, La Fayette composa une supplique pour demander au roi de lui pardonner sa désobéissance.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et dans l'attente d'une réponse qui lui permettrait de retourner à la cour, il fréquenta les salons de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il fut de toutes les réceptions, aisément reconnaissable dans son bel uniforme de major général américain, qui lui donnait une assurance nouvelle. Il rencontra Condorcet, La Rochefoucauld. On l'accueillait avec enthousiasme, on ne se lassait pas du récit de ses aventures, on applaudissait le courage des Insurgents, partout l'Anglais était honni.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Un soir, au théâtre, l'auteur glissa dans le texte de sa pièce quelques vers pour célébrer la gloire du grand homme.&lt;br /&gt; La très belle, la célèbre Aglaé d'Hunolstein, qui naguère repoussait ses avances, lui faisait maintenant les yeux doux, et les médisants murmuraient qu'elle oubliait dans les bras du héros son amant le duc de Chartres.&lt;br /&gt; Louis XVI enfin se montra magnanime. Il permit à La Fayette de revenir à Versailles, et lui accorda le rare privilège de compter parmi ceux qui étaient autorisés à assister à son lever.&lt;br /&gt; La reine, qui pourtant ne l'aimait guère, ne voulut pas être en reste. Elle intervint en personne pour qu'il pût acquérir le régiment des dragons du roi. Il lui en coûta 80 000 livres, une dépense qui fit grimacer son régisseur Morizot, mais cette tractation lui donnait dans l'armée française le grade de colonel, ce qui était plus convenable que le rang de capitaine pour un major général de l'armée américaine.&lt;br /&gt; L'époux comblé, l'heureux père, le jeune marquis applaudi tant à la cour qu'à la ville n'en demeurait pas moins fidèle à lui-même. Il était bouillonnant d'idées. En attendant que fût possible le débarquement en Angleterre, il proposait de louer les services d'un fameux corsaire, Paul Jones, qui irait piller quelques ports anglais. Il songeait aussi à soulever l'Irlande, à l'image des États-Unis. Il n'avait pas renoncé à son plan d'invasion du Canada. Il harcelait de ses projets Franklin, les ministres Vergennes et Maurepas, son beau-père, tous les hommes de cour influents, et à travers eux, le roi.&lt;br /&gt; Il fit si bien que Louis XVI, qui n'aimait guère être bousculé, lui enjoignit de se rendre à Saintes, pour y prendre le commandement de son régiment.&lt;br /&gt; Cependant, les négociations se poursuivaient entre la France et l'Espagne. Le 12 avril, le traité d'Aranjuez fut signé. L'alliance des deux pays permettait d'attaquer l'Angleterre . Une armée de 40 000 hommes allait être réunie en Normandie.&lt;br /&gt; Dans une lettre à Vergennes, notre combattant de la liberté revendiqua l'honneur d'être le premier Français à prendre pied sur le sol anglais. Sa demande fut entendue : il reçut l'ordre de quitter la Saintonge et de se rendre au Havre, où il seconderait le comte de Vaux, commandant en chef de l'opération.&lt;br /&gt; Il prit la route sans perdre un instant mais, passant par Paris, il s'attarda une dizaine de jours auprès de sa femme et de sa fille, pour y récolter une moisson de baisers. Qu'on imagine ses élans de tendresse! Adrienne venait de lui apprendre qu'Anastasie aurait bientôt une petite soeur ou un petit frère.&lt;br /&gt; Le ler juillet, il rejoignit son nouveau poste et commença de rêver à l'épopée de Guillaume . De combien d’embarcations disposait ce conquérant ? Un millier, dit-on, mais c’étaient de simples barques... De combien d'hommes? Moins que Louis XVI...&lt;br /&gt; “Ce que Guillaume a réussi il y a 700 ans, ne peut-on le refaire? Qu'est- ce qu'on attend? &quot; rageait La Fayette.&lt;br /&gt; Son impatience fut distraite par la remise d'une épée d'honneur que le Congrès reconnaissant lui fit parvenir par l'intermédiaire de Franklin. Elle était ornée de médaillons représentant les combats auxquels il avait participé et portait la devise Cur non?&amp;nbsp; (Pourquoi pas).&lt;br /&gt; Là-bas, en Amérique, on ne l'oubliait pas. Que n'y était-il resté?&lt;br /&gt; L'amiral français d'Orvilliers lança enfin une attaque contre la flotte anglaise, mais celle-ci lui échappa et se réfugia dans Plymouth. Dans le même temps, une épidémie de scorbut décimait les équipages. Louis XVI hésitait, Vergennes se montrait timoré, Necker, le ministre des finances, ne songeait qu'à protéger son budget. Puis vint la mauvaise saison. A la mi-octobre, le projet de débarquement fut abandonné.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le jeune marquis n'avait pas attendu ce renoncement officiel pour échafauder un autre plan : la mise sur pied d'un important corps expéditionnaire, appuyé par une forte artillerie. Il se proposait, cela va de soi, de prendre la tête de cette armée, qui volerait au secours des Insurgents. Avec l'appui du vénérable comte de Maurepas, qu'il comptait pour un ami, il finirait bien par convaincre le roi.&lt;br /&gt; Les ministres lui demandèrent un mémoire; il s'empressa de le rédiger.&lt;br /&gt; Il ne rêvait plus que de partance. Il écrivit à celui qu'il considérait comme son père adoptif :&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot;Le moment où je mettrai à la voile pour votre pays sera un des plus désirés et des plus heureux de ma vie&quot;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce bonheur devait être précédé d'un autre, non moins grand . La veille de noël, Adrienne lui donna un enfant.&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Un garçon, pour lequel il choisit deux prénoms :&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; George - Washington.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; *&lt;br /&gt; *&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C’est un homme superbe, debout, sur fond de velours pourpre, en costume d'apparat, le bras droit impérial, la main gauche très belle, posée à l'angle d'une table. La taille est cambrée, la tête haute . La perruque abondante ruisselle en boucles jusqu'aux épaules ...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La Fayette colle son nez sur la toile pour déchiffrer le nom du peintre.&lt;br /&gt; - C'est un Louis Michel Van Loo, chevrote une voix derrière lui, - mais...&amp;nbsp; le sujet, le reconnaissez vous?&lt;br /&gt; - M. de Maurepas, quelle question! Vous n'avez pas changé!&lt;br /&gt; - Allons, marquis, franchement...&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;br /&gt; - Ce n'est pas gentil à vous, monsieur, de me taquiner de la sorte. Je n'ai pas l'esprit courtisan, vous savez ... Je ne trouve jamais le mot, le trait ... Vous avez quatre-vingts ans, je crois, et la trentaine sur cette toile...&lt;br /&gt; - Eh bien, dites-moi que le vieillard, en tant que vieillard, tient les promesses du jeune homme, et restons en là.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Souriant de toutes ses rides, M. de Maurepas prend La Fayette par le bras pour le conduire jusqu'à une confortable bergère et s'assoit en face de lui.&lt;br /&gt; - Je vous prie de m'excuser si je vous ai fait attendre, mais une attaque de goutte m'a tenu éveillé toute la nuit ...&lt;br /&gt; - Les gros orteils! s'exclame le jeune marquis. M. de la Rivière, mon bisaïeul s'en plaint souvent. Il souffre aussi d'autres articulations. Les médecins parlent d'arthritis et lui recommandent beaucoup d'exercice ...&lt;br /&gt; - Le roi m'a entretenu de vos projets, dit Maurepas.&lt;br /&gt; Il tend la jambe, comme pour mettre en valeur le galbe de son bas, et, portant beau en dépit de ses douleurs, poursuit :&lt;br /&gt; - Vergennes lui a soumis votre mémoire : 4000 hommes, dont 1000 grenadiers, 200 dragons, 100 hussards, 3 vaisseaux de ligne, un vaisseau de 50 canons, 3 frégates ...&lt;br /&gt; - C’est le prix à payer, gémit La Fayette, mais pour quelle noble cause!&lt;br /&gt; - Vous voulez parler de celle des Américains? Ah! ces Américains! Selon Montesquieu, ce sont des peuples d'Europe qui, ayant exterminé ceux de l'Amérique, ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher leurs terres.&lt;br /&gt; - Oh! ... s'écrie le jeune homme, indigné.&lt;br /&gt; - Quelle république veulent-ils?&lt;br /&gt; - Celle de la liberté, de l'égalité! ...&lt;br /&gt; Et avec plus d'éloquence que pour traiter de peinture ou de médecine, Gilbert plaide pour les Insurgents du Nouveau Monde et pour leur chef magnifique.&lt;br /&gt; - Quoi qu'il en soit, sourit Maurepas, vous avez gagné, M. le marquis. Le roi vous accorde votre corps expéditionnaire.&lt;br /&gt; -&amp;nbsp; Ah! monsieur le comte, cent fois merci!&lt;br /&gt; - Tout, vaisseaux, soldats, vous aurez tout ...&lt;br /&gt; Suivent quelques considérations sur les mérites de la monarchie, le meilleur des régimes, à condition qu'elle soit modérée.&lt;br /&gt; - Ce qu'elle est avec notre Louis XVI, poursuit Maurepas. Dans l'affaire qui nous intéresse, il a longtemps hésité. On souhaiterait parfois un monarque plus nerveux, un caractère plus hardi et plus impérieux...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&quot;Que signifient ces propos? Où veut-il en venir?&quot; se demande La Fayette.&lt;br /&gt; - Il lui arrive pourtant, continue le vieux ministre, dont le front se ride, dont les sourcils teints en noir se rejoignent au-dessus de son nez, - il lui arrive de trancher.&lt;br /&gt; - En l'occurence? ... murmure Gilbert, qui sent planer au-dessus de sa tête l'annonce d'un malheur.&lt;br /&gt; - Nous parlions d'âge tout à l'heure, reprend Maurepas. Quel âge avez-vous, monsieur le marquis?&lt;br /&gt; - Vingt-trois ans, monsieur le comte.&lt;br /&gt; - Le roi en a vingt-six. S'il a fait de moi un peu plus qu'un ministre d'Etat, disons... son conseiller favori, c'est en raison de mon expérience...&lt;br /&gt; &quot; Mon Dieu! songe La Fayette, quelle vieille baderne ne va-t-il pas m'imposer comme compagnon de route?&quot;&lt;br /&gt; La sanction se révèle pire que la menace.&lt;br /&gt; - Le roi a choisi M. de Rochambeau pour commander l'expédition.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;br /&gt; La Fayette demeure abasourdi.&lt;br /&gt; - Le comte de Rochambeau a 55 ans ... dit Maurepas. Il a fait la guerre de sept ans ... Grand colonel, nommé lieutenant général. . .&lt;br /&gt; La Fayette l'écoute à peine.&lt;br /&gt; - Son fils, le vicomte, officier, 30 ans, l'accompagnera ...&amp;nbsp;&lt;br /&gt; - Faites-moi grâce de vos épigrammes, monsieur le ministre!&lt;br /&gt; - Monsieur, il ne s'agit nullement d'épigramme! Demandez-moi plutôt de quelle noble mission le roi veut vous charger?&lt;br /&gt; - Je vous le demande...&lt;br /&gt; - Il vous envoie en Amérique, pour y annoncer l'arrivée de l'armée française. Il vous autorise à reprendre là-bas votre commandement américain. Lorsque Rochambeau vous aura rejoint, il ne sera pas votre supérieur, vous serez son égal...&lt;br /&gt; - Quand dois-je partir?&lt;br /&gt; Déjà la cruelle déception que vient d'éprouver le marquis se dissipe. Ce compromis n'est-il pas honorable? En vérité, son cœur bondit de joie à l'idée de reprendre la mer.&lt;br /&gt; - Dès maintenant, dit Maurepas, le gouvernement met à votre disposition la frégate &lt;i&gt;l'Hermione,&lt;/i&gt; commandée par le capitaine La Touche-Tréville.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;*&amp;nbsp; &amp;nbsp;*&lt;br /&gt; *&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le lendemain, La Fayette revêtit son bel uniforme bleu, blanc et or de major général de l'armée américaine.&lt;br /&gt; Cinq jours durant, il partagea son temps entre Versailles, où il rencontra le roi, la reine, les ministres, et Paris, où il embrassait sa femme et ses enfants avec cette fébrilité qui précède les grands départs.&lt;br /&gt; Le 6 mars au matin, il galopait sur la route de Rochefort.&lt;br /&gt; A dix heures, il fit halte à Etampes, pour écrire à Adrienne :&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot; Je m'arrête un instant ici, mon cher cœur, pour te dire combien je suis malheureux de te quitter, combien je t'aime...”&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Le lendemain, à Blois:&lt;br /&gt; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;i&gt;&quot;Je donnerais tout au monde pour vous revoir une minute... “&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; A Sainte-Maure, le jour suivant :&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot; Il m'en coûte tant de penser que chaque pas m'éloigne de celle qui fait mon bonheur...&quot;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Le 10 mars 1780,&amp;nbsp; de&amp;nbsp; Rochefort,&amp;nbsp; autre&amp;nbsp; lettre&amp;nbsp; avant&amp;nbsp; de &lt;i&gt;&quot;monter dans le canot&quot;&lt;/i&gt;, et le 13 mars, à bord de l'Hermione, à 9 heures du soir :&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot; Voici l'instant d'appareiller... Mon cher cœur, je sens dans ce moment que je t'aime encore plus que je ne pensais . Adieu, adieu. &quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;(à suivre)&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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            <name>Génération Science-fiction</name>
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        <title>Les Chroniques d'Alvin le Faiseur</title>
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        <updated>2008-06-29T13:45:00+02:00</updated>
        <published>2008-06-29T13:45:00+02:00</published>
        <summary>    Orson Scott Card     L'Atalante    &amp;nbsp;   &amp;nbsp;...</summary>
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           &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/media/01/00/1243893151.jpg&quot; id=&quot;media-1085285&quot; alt=&quot;atalante040-1998.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1085285&quot; /&gt;&lt;b&gt;Orson Scott Card&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;b&gt;L'Atalante&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Indiscutablement, les &lt;b&gt;Chroniques d'Alvin le Faiseur&lt;/b&gt; forment un cycle à part dans l'oeuvre abondante d'Orson Scott Card, comme en témoigne le choix du cadre ; cette Amérique uchronique -&amp;nbsp;et onirique&amp;nbsp;- ouvre en effet une voie nouvelle pour la création d'univers, et si de nombreux auteurs, de Poul Anderson à Richard-Bessière en passant par Randall Garrett, ont décrit des mondes -&amp;nbsp;en général parallèles&amp;nbsp;- où la &quot;magie&quot; possède une action effective, celui d'Alvin est certainement tout à la fois l'un des plus fascinants et des plus symboliques.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Pour cette série, Card a joué à fond de jeu de l'uchronie, on l'on ne peut que l'en féliciter. Les cartes qui ouvrent chaque volume parlent d'elles-mêmes, avec leurs États-Unis réduits à six états, que bordent au nord la Nouvelle-Angleterre et le Canada français et, au sud, les Colonies de la Couronne -&amp;nbsp;d'Angleterre&amp;nbsp;- et l'Appalachie, autre territoire indépendant. Mais c'est au lecteur d'imaginer quels événements historiques ont conduit à une telle situation au début du XIXe siècle, car l'auteur demeure très discret sur ce point, même s'il met en scène, dans le second volume, Napoléon Bonaparte et La Fayette. Quoi qu'il en soit, Card a su créer là un cadre fascinant, riche en possibilités, qui lui permet une très grande liberté quant aux éléments qu'il introduit dans son récit -&amp;nbsp;du clin d'oeil ironique aux idées les plus belles et audacieuses.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/media/00/01/450058913.jpg&quot; id=&quot;media-1085287&quot; alt=&quot;at-51.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right&quot; name=&quot;media-1085287&quot; /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Né septième fils vivant d'un septième fils -&amp;nbsp;de justesse, toutefois, car son frère Vigor meurt quelques secondes après sa naissance&amp;nbsp;-, Alvin est censé détenir les pouvoirs d'un &quot;Faiseur&quot;. Cela n'a pas que des avantages : il doit, entre autres, se méfier de l'eau -&amp;nbsp;qui tente d'ailleurs de le prendre avant même sa venue au monde&amp;nbsp;-, ce qui obligera son père et ses frères à construire des ponts sur les cours d'eau qu'ils traversent dans le premier volume, lors de leur voyage vers la Frontière. De plus, il possède un ennemi mortel, le mystérieux Défaiseur, qui ravage la Terre, la nature, au fur et à mesure de la progression de l'homme blanc vers l'Ouest.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L'apparition d'un mouvement messianique parmi les tribus indiennes va radicalement infléchir l'existence du jeune Alvin. Il vit un temps parmi les Indiens, apprend à courir comme eux, la nuit dans la forêt, les yeux fermés, plus vite que le vent... Mais le Défaiseur et la stupidité de l'homme blanc sont les plus forts et le grand rêve de Lolla-Wossiky, le Prophète rouge qui donne son titre au deuxième volume, finira dans le sang d'un terrible massacre. Alvin part alors comme apprenti forgeron loin de chez ses parents. Ce voyage lui donne l'occasion de rencontrer Peggy, la &quot;torche&quot; qui a vu son avenir lors de sa naissance, et d'apprendre l'existence des atomes, des molécules, etc. -&amp;nbsp;ce qui lui permettra vraisemblablement de mieux maîtriser son pouvoir dans d'éventuels tomes à venir.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce très bref résumé ne peut donner qu'une vague idée du foisonnement de cette -&amp;nbsp;pour le moment&amp;nbsp;- trilogie. Les aventures que vit Alvin s'inscrivent en effet dans un contexte bien plus vaste, au milieu d'autres lignes de narration composant une histoire plus globale. Ainsi, &lt;b&gt;Le septième fils&lt;/b&gt; constitue une honnête reconstitution -&amp;nbsp;à peine romancée&amp;nbsp;- de la vie et des croyances et superstitions des pionniers, tandis que &lt;b&gt;Le Prophète rouge&lt;/b&gt; traite de la question indienne et que &lt;b&gt;L'apprenti&lt;/b&gt; se penche sur l'esclavage. Parallèle ou non, l'Histoire suit grossièrement les mêmes ornières, et l'homme -&amp;nbsp;blanc&amp;nbsp;- reste l'homme -&amp;nbsp;blanc. Fidèle à l'humanisme qui est l'un des principaux traits de son &lt;a title=&quot;R01&quot; name=&quot;R01&quot; id=&quot;R01&quot;&gt;&lt;/a&gt;oeuvre (1), Card n'hésite pas à dénoncer certaines des bases sur lesquelles se sont construits les États-Unis - massacre de l'homme rouge et exploitation de l'homme noir. Mais ce n'est toutefois qu'un arrière-plan et le véritable thème de la série se trouve ailleurs, dans la nature exacte du Faiseur et de son adversaire -&amp;nbsp;le Défaiseur.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/media/02/02/778564639.jpg&quot; id=&quot;media-1085288&quot; alt=&quot;at-66.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1085288&quot; /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Comme il n'est pas question de procéder ici à une analyse détaillée, je me contenterai de soulever quelques idées et d'émettre quelques hypothèses quant à la véritable signification, à l'entre-les-mots des &lt;b&gt;Chroniques d'Alvin le Faiseur&lt;/b&gt;. Celles-ci demeurant pour l'instant inachevées -&amp;nbsp;on ne peut, en effet, considérer les dernières pages de &lt;b&gt;L'apprenti&lt;/b&gt; comme la fin d'une oeuvre aussi complexe&amp;nbsp;-, il est en effet difficile et délicat d'essayer de déterminer où leur auteur a voulu en venir et pourquoi il a conçu ce cycle tel qu'il est. Pour simplifier, disons que je choisirai de suivre la &quot;piste mormone&quot;, en relation avec la secte para-chrétienne à laquelle appartient Orson Scott Card et dont le fondateur, Joseph Smith, présente certaines ressemblances avec Alvin.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Smith n'est âgé que de quatorze ans lorsqu'en 1820, il reçoit la visite d'un envoyé divin qui lui révèle l'emplacement de tablettes d'or contenant la transcription d'un livre sacré, &lt;b&gt;le Livre de Mormon&lt;/b&gt;. Une fois &quot;découvert&quot;, celui-ci devient, avec &lt;b&gt;la Bible&lt;/b&gt; -&amp;nbsp;bien entendu&amp;nbsp;-, l'une des deux bases et sources d'inspiration de la secte. Les membres de celle-ci, tout d'abord installés dans la région de New York, ne tardent pas à se diriger vers l'Ouest, fuyant les persécutions qui semblent inévitablement les frapper -&amp;nbsp;que ce soit parce qu'on les prend pour des abolitionnistes ou parce qu'ils pratiquent la polygamie. Smith lui-même trouve la mort en 1844 dans l'attaque par la foule de la prison où il se trouve enfermé avec les autres chefs de la secte.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les Mormons décident alors de fuir en Utah, où ils fondent Salt Lake City. Mais la civilisation les rattrape et des heurts et des accrochages se produisent, tant avec les troupes fédérales qu'avec les convois de pionniers ; une centaine de personnes se rendant en Californie seront même massacrées par un groupe de Mormons -&amp;nbsp;un crime qui pèse, aujourd'hui encore, sur la mentalité collective de la secte. Puis, peu à peu, les relations se normalisent et l'Utah devient un état à part entière en 1896.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/media/02/00/1786499610.jpg&quot; id=&quot;media-1085289&quot; alt=&quot;at-70.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right&quot; name=&quot;media-1085289&quot; /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Joseph Smith et Alvin naissent approximativement à la même époque, et tous deux connaissent un genre de révélation au cours de leurs jeunes années. Mais tandis que Smith opère dans un contexte judéo-chrétien -&amp;nbsp;&lt;b&gt;le Livre de Mormon&lt;/b&gt; est censé être l'oeuvre d'une tribu issue du peuple hébreu&amp;nbsp;-, Alvin évolue plutôt dans le cadre d'un mysticisme primitif, où se mêlent les superstitions des pionniers et les croyances des Indiens. De plus, ce dernier possède d'authentiques pouvoirs -&amp;nbsp;d'ailleurs plus ou moins rationalisés dans &lt;b&gt;L'apprenti&lt;/b&gt;&amp;nbsp;-, ce qui ne paraît pas être le cas du fondateur de l'Eglise mormone. Enfin, dans &lt;b&gt;Le Prophète rouge&lt;/b&gt;, c'est Lolla-Wossiky/Tenskwa-Tawa qui endosse le rôle-titre, Alvin se contentant d'être un observateur émerveillé ; la scène de la tornade de cristal est en ce sens hautement symbolique -&amp;nbsp;le guide spirituel est l'Indien, et non l'enfant.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il y a bien projection de l'histoire de Joseph Smith, mais projection éclatée.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Quant aux tragiques événements qui se déroulent à Prophetville, avec le massacre de milliers de fidèles de Tenskwa-Tawa, ils renvoient tout à la fois aux persécutions dont furent victimes les Mormons à Nauvoo, dans l'Illinois - où ils avaient construit, sur des marécages, une ville qu'ils furent forcés d'abandonner -&amp;nbsp;et à l'extermination, évoquée ci-dessus, de tout un convoi de pionniers par ces mêmes Mormons.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Cela dit, le parallèle avec l'église mormone n'est qu'une piste parmi d'autres. Toute oeuvre un tant soit peu complexe possède un aspect pluriel, ne peut être réduite à une interprétation unique. Dans le cas des &lt;b&gt;Chroniques d'Alvin le Faiseur&lt;/b&gt;, le démarquage de la vie de Joseph Smith et de la secte qu'il a fondée viennent s'imbriquer dans un schéma plus vaste, qui plonge ses racines bien au-delà du vernis judéo-chrétien des Saints des Derniers Jours. Car ce que découvre Alvin dans le second volume, c'est que la terre est vivante, et que l'avancée de l'homme blanc la tue à petit feu, accroissant par là même la puissance du Défaiseur. Les Indiens vivent en harmonie avec la nature, que les colons venus d'Europe exploitent et détruisent sans vergogne.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/media/02/01/1823025469.jpg&quot; id=&quot;media-1085290&quot; alt=&quot;atalante66-1999.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1085290&quot; /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Cette thématique délicieusement primitiviste rend tout à fait crédible l'interprétation selon laquelle le Défaiseur serait une allégorie de la Révolution industrielle et du progrès technologique, Alvin devenant dès lors le dernier rempart contre le monde moderne qui, inexorablement, repousse la Frontière vers l'Ouest. Deux &lt;i&gt;Weltanschauung&lt;/i&gt; s'affrontent et si, dans notre univers, la victoire est allée à l'homme blanc, peut-être n'en sera-t-il pas de même dans l'uchronie décrite par Card... En effet, la découverte par Alvin de la théorie atomique, dans &lt;b&gt;L'apprenti&lt;/b&gt;, laisse présager qu'en comprenant mieux comment -&amp;nbsp;et sur quoi&amp;nbsp;- il agit lorsqu'il emploie ses pouvoirs, il réussira à renforcer ceux-ci et, sinon à vaincre le Défaiseur, du moins à l'empêcher de continuer sa progression vers l'Ouest.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L'introduction de cet aspect scientifique et science-fictif dans un univers de superstition et de magie ouvre encore de nouvelles portes, de nouvelles pistes pour l'interprétation globale du cycle, mais celles-ci ne sont qu'à peine esquissées et laissent de nombreuses questions en suspens. Orson Scott Card a-t-il l'intention de bâtir un genre de théorie mystico-scientifique ou demeurera-t-il au niveau de l'allégorie et du symbole&amp;nbsp;? Le destin d'Alvin rejoindra-t-il ou non celui de &lt;a title=&quot;R02&quot; name=&quot;R02&quot; id=&quot;R02&quot;&gt;&lt;/a&gt;Joseph Smith (2) ? Où Card veut-il exactement en venir lorsqu'il tisse ensemble des fils aussi différents que ceux évoqués ci-dessus&amp;nbsp;? Et pourquoi a-t-il interrompu sa série en 1989, après trois volumes, alors que le dernier d'entre eux appelait irrésistiblement une suite&amp;nbsp;? Son histoire, devenue trop complexe, était-elle en train de le dépasser&amp;nbsp;? Éprouvait le besoin de faire une pause&amp;nbsp;? Ou bien a-t-il renoncé définitivement&amp;nbsp;? Et, dans ce cas, pourquoi relancer et donner une dimension supplémentaire à l'énigme intellectuelle sur la fin du troisième volume, alors que rien dans ce qui précédait n'appelait une telle manoeuvre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/media/02/01/1606842694.jpg&quot; id=&quot;media-1085291&quot; alt=&quot;atalante70-1999.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right&quot; name=&quot;media-1085291&quot; /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Quelle que soit la réponse à ces interrogations, il me paraît en tout cas certain qu'Orson Scott Card a rarement été aussi sincère -&amp;nbsp;et inspiré&amp;nbsp;- qu'avec les &lt;b&gt;Chroniques d'Alvin le Faiseur&lt;/b&gt;. Réunissant, comme on l'a vu, des éléments disparates qu'il réorganise habilement, il a su créer un monde qui semble à la fois familier et d'une profonde étrangeté, un monde d'une grande beauté où ceux qui savent entrer en résonance avec la terre, avec la forêt, courent dans leur sommeil sur des lieues et des lieues, leurs pieds touchant à peine le sol.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Peut-être fallait-il cela, peut-être fallait-il que Card, mormon, réécrive l'Histoire américaine pour évoquer d'une façon détournée le crime jadis perpétré par les siens dans le désert de l'Utah. Car, comme le dit Tenskwa-Tawa, à la page 330 du &lt;b&gt;Prophète rouge&lt;/b&gt;, quand il s'adresse aux auteurs du massacre de Prophetville : &quot;&lt;i&gt;Si un étranger vient à passer et que vous ne lui dites pas toute l'histoire avant d'aller vous coucher, alors le sang reviendra sur vos mains et il restera jusqu'à ce que vous ayez parlé. Ce sera ainsi pour le restant de votre vie : tout homme et toute femme que vous rencontrerez devra entendre la vérité de vos lèvres, ou vos mains seront à nouveau souillées. Et si jamais, pour une raison ou pour une autre, vous tuez encore un être humain, alors vos mains et votre visage seront couverts de sang pour toujours, même dans la tombe.&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;br /&gt; &lt;b&gt;Roland C. Wagner&lt;/b&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;hr /&gt; &lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a title=&quot;01&quot; name=&quot;01&quot;&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; (1) Mais qui est, curieusement, absent de &lt;b&gt;La stratégie Ender&lt;/b&gt;, son livre le plus ambigu sur le plan idéologique.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; (2) &lt;a title=&quot;02&quot; name=&quot;02&quot;&gt;&lt;/a&gt;A priori, non, puisque &lt;b&gt;Le Prophète rouge&lt;/b&gt; épuise deux des principaux &quot;emprunts&quot; à l'histoire des Mormons&amp;nbsp;: l'arrivée d'un guide spirituel et le traumatisme d'un massacre injuste. Mais c'est en or qu'Alvin transforme un soc de charue dans &lt;b&gt;L'apprenti&lt;/b&gt; - cet or dont sont constituées les tablettes du &lt;b&gt;Livre de Mormon&lt;/b&gt; découvertes en 1827 dans l'État de New York.&lt;/p&gt; 
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        <title>Robert Holdstock, La Forêt d'émeraude</title>
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        <updated>2008-06-25T23:15:00+02:00</updated>
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        <summary>  En 1985, était projetté le film   La Forêt d'émeraude  . Bien avant Sting,...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En 1985, était projetté le film &lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Forêt d'émeraude&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. Bien avant Sting, le cinéaste John Boorman montrait les ravages occasionnés par la déforestation en &lt;a href=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/tag/amazonie&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#FF0000&quot;&gt;&lt;strong&gt;Amazonie&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/a&gt;. Les &quot;Invisibles&quot;, ces Indiens ayant un mode de vie ancestral, sont sur le point de disparaître...&amp;nbsp;&lt;br /&gt; La novélisation est confiée à Robert Holdstock, auteur de Fantasy qui obtint en 1985 le British Science Fiction Award et le World Fantasy Award pour le premier volume du cycle de &lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Forêt de Mythagos&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. Je sais que c'est de la fantasy mais bon tant pis j'en parle quand même ;-) .&lt;br /&gt; En 2003, &lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Forêt d'émeraude&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; fut rééditée chez Mnemos.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;4e de couverture: Bill Markham est venu superviser la construction d'un gigantesque barrage en &lt;a href=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/tag/amazonie&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#FF0000&quot;&gt;&lt;strong&gt;Amazonie&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/a&gt;, avec sa femme et ses deux enfants.&lt;br /&gt; Quelque temps après son arrivée, c'est le drame : au cours d'une promenade dans la forêt vierge, son jeune fils Tommy disparaît.&lt;br /&gt; Contre toute logique, Markham refuse de croire à sa mort et se lance, année après année, dans de longues recherches.&lt;br /&gt; Dix ans plus tard, il trouve une piste, fragile, mais réelle... Qui le jette tout droit dans les griffes d'une tribu cannibale.&lt;br /&gt; Sauvé grâce à l'intervention d'une jeune &lt;a href=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/tag/indien&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#FF0000&quot;&gt;&lt;strong&gt;Indien&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/a&gt; blond, il réalisera peu à peu que son fils Tommy est devenu cet &lt;a href=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/tag/indien&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#FF0000&quot;&gt;&lt;strong&gt;Indien&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/a&gt; qu'il ne comprend plus, irrémédiablement changé par la forêt d'émeraude.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1093382&quot; src=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/media/01/02/692960675.jpg&quot; alt=&quot;holdstock la foret d'emeraude.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1093382&quot; /&gt;&lt;/div&gt; 
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            <name>ferocias</name>
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        <title>Maurice Limat, L'Ile maudite</title>
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        <summary>  Un charmant fascicule signé Maurice Limat publié dans la collection Tabou...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Un charmant fascicule signé Maurice Limat publié dans la collection Tabou aux Editions Nicéa en 1944 nous montre Teddy Verano, un personnage récurrent de l'auteur, sur une île perdue, entouré (Teddy, pas l'île, hein ! l'île est entourée d'eau, c'est déjà pas mal ;) ) d'Indiens plus ou moins amicaux. Il y est aussi question d'or, de beaucoup d'or, d'un torrent d'or!&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1059256&quot; src=&quot;http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/media/00/02/1724651333.jpg&quot; alt=&quot;limat l'ile maudite001.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1059256&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong&gt;Maurice Limat, &lt;em&gt;L'Ile maudite&lt;/em&gt;, collection Tabou,&lt;br /&gt; Editions Nicéa, 1944&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Raymond ALCOVERE</name>
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        <title>Carnets Indiens, avec Nina Houzel, suite</title>
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        <updated>2008-06-03T00:02:00+02:00</updated>
        <published>2008-06-03T00:02:00+02:00</published>
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           &lt;pre&gt;      &lt;img name=&quot;media-1048229&quot; src=&quot;http://raymondalcovere.hautetfort.com/media/01/02/302633333.jpg&quot; alt=&quot;302633333.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1048229&quot; /&gt; &lt;img name=&quot;media-1048228&quot; src=&quot;http://raymondalcovere.hautetfort.com/media/01/00/1083307232.2.jpg&quot; alt=&quot;1083307232.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1048228&quot; /&gt;           &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;                   &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;                   &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;         &lt;img name=&quot;media-1048235&quot; src=&quot;http://raymondalcovere.hautetfort.com/media/01/02/187488159.jpg&quot; alt=&quot;187488159.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1048235&quot; /&gt;          &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;          &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://n-houzel-belliappa.blogspot.com/&quot;&gt;Photos de Nina Houzel &lt;/a&gt;   &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;    &lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;« Ici, la mousson vient de commencer, &lt;/font&gt;  &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;  &lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;les flamboyants sont encore en fleurs &lt;/font&gt;  &lt;/pre&gt; &lt;pre&gt;  &lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;et la saison des mangues bat son plein… »&lt;/font&gt;            &lt;/pre&gt; 
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        <title>Hutte de branchages contre outils de forage en diamant</title>
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        <updated>2008-06-01T17:17:00+02:00</updated>
        <published>2008-06-01T17:17:00+02:00</published>
        <summary>  Une tribu indienne fait parler d'elle en ce moment car elle empêche une...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://suis-jeleseulcommecela.hautetfort.com/">
           &lt;p&gt;Une tribu indienne fait parler d'elle en ce moment car elle empêche une compagnie pétrolière d'exploiter un gisement. Cela se passe au Pérou et l'information est rapportée par &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/05/31/au-perou-des-tribus-indiennes-refusent-l-exploitation-petroliere_1052146_3222.html#ens_id=1051614&quot; title=&quot;Edition du monde&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;l'édition électronique du monde&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Mise en cause par l'Association des Indiens de l'Amazonie péruvienne (Aidesep), la société française Perenco risque d'être privée, par la justice péruvienne, de l'exploitation d'une concession pétrolière acquise en janvier mais qui menacerait la survie de tribus indiennes isolées.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un peu un cas de pot de terre contre pot de fer. Les intérêts des plus &quot;riches&quot; l'emportant généralement sur la vie peinarde des plus heureux. Comme d'habitude, les commentaires des lecteurs du monde présentent quelques interventions très édifiantes. La plupart supportent bien sûr les indiens mais certains non : &quot;Ce sont les traficants de bois qu il faut poursuivre, cette tribu est sur de nouveaux territoires par leur faute. Les minorites partout dans le monde commencent a avoir des droits superieurs aux citoyens normaux. C'est mieux que le contraire je suppose mais il s'agirait tout de meme de trouver un meilleur equilibre. Le coup des virus c'est de la flute. Les vaccins existent. Et puis combien de temps faut t-il maintenir ces humains hors de la connaissance de l'univers, de la physique, science ? (Thomas R.)&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs interventions apportent des réponses à ce commentaire pour montrer en quoi il se trompe. On peut cependant se poser la question entre les intérêts du groupe et ceux d'un individu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;Est-il vraiment choquant de maintenir ce groupe hors de la connaissance de l'Univers, de la Physique et de la Science ? La réponse peut-elle être la même quand on raisonne au niveau de chaque individu pris individuellement ?&lt;/b&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Paul Arrieu</name>
            <uri>http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/about.html</uri>
        </author>
        <title>Nouvelle-France ch.3-4</title>
        <link rel="alternate" type="text/html" href="http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/archive/2008/05/19/nouvelle-france-ch-3-4.html" />
        <id>tag:gerardsoncarrieu5.hautetfort.com,2008-05-31:1623057</id>
        <updated>2008-05-31T11:36:00+02:00</updated>
        <published>2008-05-31T11:36:00+02:00</published>
        <summary>   Nouvelle-France Chapitres 3 - 4        3 - Les bons sauvages  de Jacques...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/">
           &lt;p&gt;&lt;b&gt;Nouvelle-France Chapitres 3 - 4&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;br /&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;b&gt;3 - Les bons sauvages&lt;br /&gt; de Jacques Cartier&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;br /&gt; &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;I - Premier voyage&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En 1534, François 1er choisit le Français Jacques Cartier pour diriger une nouvelle expédition maritime : il s’agit, une fois encore, d’aller à la recherche, au-delà de Terre-Neuve, d’un passage vers l’Asie.&lt;br /&gt; Parti de Saint-Malo le 20 avril, le navigateur atteint Terre-Neuve le 10 mai. Il contourne cette île, puis une autre, qui s’appelle aujourd’hui Anticosti.&lt;br /&gt; Quelques jours plus tard, il croit qu’il a découvert le détroit conduisant à l’océan Pacifique. En vérité, il se trouve dans une baie, à laquelle il donne le nom de baie des Chaleurs.&lt;br /&gt; Cette échancrure du littoral sépare la péninsule de Gaspé du Nouveau Brunswick.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;La croix de Gaspé&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La mission a échoué.&lt;br /&gt; Mais avant de regagner la France, Jacques Cartier dresse une croix de trente pied de haut sur la pointe qui marque l’entrée du port de Gaspé.&lt;br /&gt; Cette croix est ornée d’un écusson à trois fleurs de lys et d’un écriteau portant ces mots :&lt;br /&gt; “Vive le roi de France.”&lt;br /&gt; Nous sommes le 25 juillet 1534.&lt;br /&gt; C’est ainsi que le navigateur prend possession du Canada au nom de François 1er.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Les sauvages&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Nos explorateurs ont eu maintes fois l’occasion de rencontrer ceux qu’ils nomment &lt;i&gt;des sauvages&lt;/i&gt;. Ils ont apprivoisé ces hommes effarouchés. Ils ont échangé avec eux des vivres et des peaux contre des couteaux ou des chapeaux rouges. Parfois, lorsque les barques des indigènes serrent en trop grand nombre leurs navires, les marins font tonner leurs canons pour les disperser. Mais dans l’ensemble, les relations ont toujours été bonnes entre les nouveaux venus et les habitants des terres qu’ils ont découvertes.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; L’érection de la croix va-t-elle troubler cette harmonie? Voyons ce qu’en dit Jacques Cartier, dans la &lt;i&gt;Relation de son premier voyage.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Le piège&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Quand nous fûmes retournés sur nos navires, vint le capitaine&lt;/i&gt; (le chef des sauvages)&lt;i&gt;vêtu d’une vieille peau d’ours noire, dans une barque, avec trois de ses fils et son frère, lesquels n’approchèrent pas aussi près du bord qu’ils avaient coutume, et il nous fit une grande harangue, nous montrant ladite croix, et faisant le signe de la croix avec deux doigts; et puis il nous montrait la terre, tout autour de nous, comme s’il eût voulu dire que toute la terre était à lui, et que nous ne devions pas planter ladite croix sans sa permission. Et après qu’il eut fini sa harangue, nous lui montrâmes une hache, feignant de la lui donner en échange de sa peau. Il comprit, et peu à peu s’approcha du bord de notre navire, croyant avoir ladite hache. Et l’un de nos gens, étant dans notre bateau, mit la main sur la barque, et incontinent&lt;/i&gt; (aussitôt) &lt;i&gt;il en entra deux ou trois dans leur barque, et on les fit entrer&lt;/i&gt; (de force) &lt;i&gt;dans notre navire, de quoi ils furent bien étonnés.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Un marché&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Et étant entrés, ils furent assurés par le capitaine&lt;/i&gt; (Jacques Cartier)&lt;i&gt;qu’ils n’auraient aucun mal, en leur montrant grands signes d’amour; et on les fit boire et manger, et faire grande chère.Et puis nous leur montrâmes par signe que ladite croix avait été plantée pour servir de marque et de balise, pour entrer dans le havre&lt;/i&gt; (le port)&lt;i&gt;; et que nous y retournerions bientôt et leur apporterions des objets de fer et d’autres choses; et que nous voulions emmener deux de ses fils avec nous, et puis les rapporterions audit havre.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Prisonniers mais contents&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Et nous vêtîmes ses deux fils de deux chemises, et de livrées, et de bonnets rouges, chacun avec sa chaînette de laiton au cou. De quoi ils se contentèrent fort, et ils donnèrent leurs vieux haillons à ceux qui retournaient.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Tout est bien qui finit bien&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Et puis nous donnâmes à chacun des trois que nous renvoyâmes une hachette et deux couteaux, de quoi ils montrèrent grande joie. Et quand ils furent retournés à terre, ils dirent les nouvelles aux autres. Vers midi ce jour-là, six barques retournèrent à bord, où il y avait dans chacune cinq ou six hommes, lesquels venaient pour dire adieu aux deux que nous avions retenus; et ils leur apportèrent du poisson. Et ils nous firent signe qu’ils n’abattraient pas la croix, en nous faisant plusieurs harangues que nous ne comprenions pas.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ces indigènes sont des Hurons, qui ont quitté leur village pour venir pêcher des maquereaux dans la baie de Gaspé.&lt;br /&gt; Leur chef se nomme Donnacona.&lt;br /&gt; Ses deux fils, Domagaya et Taignoagny, débarqueront à Saint-Malo, en compagnie de Jacques Cartier,&lt;br /&gt; le 5 septembre 1534.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;II - Les Hurons à la Cour&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Afin de prouver la découverte des terres nouvelles, dont il a pris possession au nom du roi, Jacques Cartier conduit à la Cour les fils de Donnacona.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Préparatifs&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; Domagaya et Taignoagny aiment changer de vêtements. Amusés par les caprices de la mode, qui a touché la Bretagne, ils réclament des pourpoints étroits de taille, mais avec des manches énormes et richement brodées.&lt;br /&gt; Jour après jour, ils se font de mieux en mieux comprendre. Jacques Cartier leur a expliqué qu’il sont venus en France pour apprendre la langue française, afin de servir d’interprètes lors d’un prochain voyage. Sur ce point, ils donnent toute satisfaction au navigateur.&lt;br /&gt; - Je voudrais une de ces longues robes, avec des fentes pour les bras et qui s’appelle &lt;i&gt;chamarre&lt;/i&gt;, souhaite&amp;nbsp; &amp;nbsp;Domagaya, lorsqu’il est question de leur présentation à François 1er.&lt;br /&gt; - La mienne sera ornée et doublée de fourrure, exige Taignoagny.&lt;br /&gt; Ces frères n’ont pas même caractère. Domagaya&amp;nbsp; sait se montrer amical et chaleureux; il est le plus souple des deux. Intransigeant, Taignoagny a souvent un sourire qui laisse redouter une traîtrise.&lt;br /&gt; - Pour ce qui est du chapeau, note Jacques Cartier, tu n’auras, toi, aucune peine à choisir, mon cher Domagaya.&lt;br /&gt; Cette remarque est une allusion au sacrifice qu’il a fait de sa chevelure en queue de cheval au sommet de sa tête.&lt;br /&gt; Taignoagny a refusé de l’imiter.&lt;br /&gt; - Quant a moi, dit-il, je raserai mon crâne en rond, autour de ma touffe, que j’ornerai avec des plumes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Face au roi&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Taignoagny a tenu parole. Empanaché à la mode huronne, il fait une entrée remarquée dans la salle réservée aux audiences. Aussi bien est-ce lui qui retient l’attention amusée du prestigieux souverain.&lt;br /&gt; - Dites-moi, mon ami, lui demande François 1er, qu’est-ce qui vous a le plus étonné depuis que vous êtes en France ?&lt;br /&gt; - Les domestiques, répond Taignoagny.&lt;br /&gt; - Les domestiques?&lt;br /&gt; - Oui, les domestiques... et leurs maîtres, les riches et les mendiants, les nobles et ceux qui ne le sont pas... Il n’y a pas cela chez les Hurons.&lt;br /&gt; - Quoi d’autre? fait le roi.&lt;br /&gt; - Sire, intervient Jacques Cartier, Votre Majesté permet-elle à Domagaya de vous répondre?&lt;br /&gt; - Les palais et les cathédrales m’ont surtout impressionné, Sire le roi, dit Domagaya.&lt;br /&gt; - Parlez-moi de ce pays d’où vous venez, demande François 1er.&lt;br /&gt; - Le Canada, Votre Haute Altesse, répond Domagaya, le Canada se trouve sur la rive d’un fleuve grand comme la mer... Les baleines y abondent, Sire le roi...&lt;br /&gt; L’orateur évoque pêle-mêle les tribus, les maisons, les pirogues des uns et des autres, les armes, les vêtements, les tatouages. Mais il abuse des termes de politesse que Cartier lui a conseillé d’employer.&lt;br /&gt; Agacé, Taignoagny lui coupe la parole.&lt;br /&gt; - La cité dont notre père est le chef se nomme Stadacona, dit-il.&lt;br /&gt; - Nous n’avons pas eu le temps de remonter jusque-là, précise le navigateur.&lt;br /&gt; - En amont, un autre peuple vit à Hochelaga...&lt;br /&gt; François 1er, que cette énumération de bourgades ennuie, lisse nerveusement sa barbe. Jacques Cartier, devinant l’impatience de son maître, interrompt Taignoagny pour lui demander :&lt;br /&gt; - Ami, parle-nous plutôt du royaume de Saguenay.&lt;br /&gt; - Saguenay? C’est, à côté de Hochelaga, le pays de l’or, réplique le Huron.&lt;br /&gt; - De l’or? fait le roi.&lt;br /&gt; - Un mauvais minerai, qui ne vaut ni le fer, ni le cuivre, sourit Taignoagny.&lt;br /&gt; Depuis qu’il est en France, le fils de Donnacona sait le prix que ses hôtes donnent au métal jaune. Aussi n’est-ce pas sans malice qu’il poursuit :&lt;br /&gt; - Au royaume de Saguenay, les pépites tapissent le fond des rivières, les pépites par milliers scintillent sur les sables des berges... Nos frères des forêts n’ont qu’à se baisser pour en ramasser autant qu’ils veulent, Mais les bons harpons, les&amp;nbsp; meilleures flèches, les plus solides casse-tête ne sont pas en or... Nos frères pourraient remplir de pleines barques d’or... Qu’en feraient-ils? Cet or est à qui veut bien le ramasser...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Taignoagny fait tout ce qu’il peut pour attiser la convoitise de François 1er, Jacques Cartier n’ayant pas caché au jeune Indien que c’est le meilleur moyen pour obtenir du souverain l’affrètement d’une caravelle.&lt;br /&gt; Moins diplomate que Taignoagny, Domagaya ajoute :&lt;br /&gt; - Sire le roi, renvoyez-nous là-bas, laissez-nous rentrer chez nous,Votre Haute Majesté, et nous montrerons à votre capitaine le chemin du royaume de Saguenay.&lt;br /&gt; - Nous y réfléchirons, dit François 1er.&lt;br /&gt; “ C’est gagné!”, se dit le navigateur, fort satisfait du témoignage de ses compagnons de voyage.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Cap sur Gaspé... et au-delà&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les rois d’Espagne et du Portugal reçoivent du Nouveau Monde des monceaux d’or. Le roi de France serait-il incapable de faire aussi bien qu’eux?&lt;br /&gt; François 1er fait armer trois navires :&lt;br /&gt; - la &lt;i&gt;Grande Hermine&lt;/i&gt;, qui porte environ cent à cent vingt tonneaux ,&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;- la &lt;i&gt;Petite Hermine&lt;/i&gt;,&amp;nbsp; environ soixante tonneaux,&lt;br /&gt; - l'&lt;i&gt;Hémerillon&lt;/i&gt;, environ quarante tonneaux&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; Jacques Cartier, capitaine-général, naviguera sur la &lt;i&gt;Grande Hermine&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt; Il a pour mission de reconduire chez eux les Hurons, d’explorer leur pays, de rechercher encore un passage vers l’Asie.&lt;br /&gt; Sans oublier une visite au royaume de Saguenay, où le navigateur trouvera sans nul doute de quoi remplir les cales.&lt;br /&gt; La flottille appareille le 19 mai 1535&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;III -Deuxième voyage&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Au cours de sa première expédition au nord du Nouveau Monde, Jacques Cartier a reconnu le golfe du Saint-Laurent.&lt;br /&gt; Après une traversée de l’Atlantique que les vents contraires ont rendue difficile, il remonte maintenant le cours du fleuve majestueux.&lt;br /&gt; Le 8 septembre, il atteint enfin le Canada.&lt;br /&gt; Donnacona, le seigneur de ce royaume, demeure à Stadacona,&amp;nbsp; au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Charles. C’est en ce lieu où, trois quarts de siècle plus tard, s’élèvera la ville de Québec, que le navigateur trouve un bon port pour sa flottille.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;La joie des retrouvailles&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Douze barques s’approchent des navires.&lt;br /&gt; - Agouhanna! Agouhanna Donnacona! crient les premiers arrivés.&lt;br /&gt; - Qu’est-ce qu’ils disent? demande Cartier.&lt;br /&gt; Maintenant qu’ils dispose de deux interprètes, ses relations avec les indigènes vont changer.&lt;br /&gt; - Agouhanna&amp;nbsp; signifie seigneur, dit Taignoagny.&lt;br /&gt; - Ils annoncent l’arrivée de notre père, ajoute Domagaya.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’embarcation du vieux chef s’arrête à côté de l’&lt;i&gt;Hémerillon&lt;/i&gt;, elle accoste ensuite la &lt;i&gt;Petite Hermine&lt;/i&gt; : chaque fois, Donnacona adresse à l’équipage une harangue de bienvenue.&lt;br /&gt; Et maintenant, Domagaya et Taignoagny se penchent sur le garde-corps de la Grande Hermine, les bras tendus vers leur père, qui de son côté lève les bras vers eux.&lt;br /&gt; Une vive conversation s’engage.&lt;br /&gt; Le capitaine-général en demande la traduction.&lt;br /&gt; - Nous racontons comment nous avons été bien traités en France, répond Domagaya.&lt;br /&gt; - Voyez s’il est heureux, notre cher &lt;i&gt;Agouhanna&lt;/i&gt;, sourit Taignoagny.&lt;br /&gt; La joie du vieil homme est telle qu’il insiste pour que Jacques Cartier descende dans sa barque lorsque ses fils le rejoignent.&lt;br /&gt; Le navigateur accepte l’invitation, répond de bon coeur aux embrassades de Donnacona et fait apporter du pain et du vin qu’il partage avec le chef des Hurons et ses hommes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Une ombre au tableau&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le lendemain, les femmes et les enfants chantent et dansent, ayant de l’eau jusqu’aux genoux, tant ils sont heureux, lorsque le capitaine débarque, pour visiter Stadacona.&lt;br /&gt; Le visiteur récompense cet accueil plein de chaleur en distribuant des couteaux et de la verroterie.&lt;br /&gt; Donnacona est fier de présenter sa riche terre, plantée de très beaux arbres. Il s’exprime comme à l’accoutumée avec beaucoup de gestes, des flots de paroles, des embrassades et des sourires.&lt;br /&gt; L’humeur de ses fils revenus d’exil est plus morose, à ce point même que Cartier s’en inquiète.&lt;br /&gt; - Qu’est-ce qui vous chagrine? leur demande-t-il.&lt;br /&gt; - Notre père n’aime pas que vous portiez&amp;nbsp; vos bâtons de guerre, déclare Taignoagny, pointant du doigt les armes à feu des marins.&lt;br /&gt; - Mais c’est la coutume en France, vous le savez bien! Dites-le lui de ma part.&lt;br /&gt; De mauvaise grâce, Taignoagny adresse quelques mots à Donnacona, qui s’empresse de serrer entre ses bras les bras de son hôte, en signe d’allégresse et non de défiance ou de mécontentement.&lt;br /&gt; Le jeune Huron grimace, son frère reste bouche bée, les paroles qu’il voudrait prononcer bloquées au fond de sa gorge.&lt;br /&gt; “Je me demande, songe le navigateur, si ces interprètes sont des traducteurs fidèles. Mais quel intérêt ont-ils donc à mentir?”&lt;br /&gt; Un peu plus tard, ses soupçons se trouvent renforcés, lorsqu’il annonce au seigneur de Stadacona son intention de remonter le fleuve jusqu’à Hochelaga.&lt;br /&gt; - Mon père est très contrarié par ce que vous lui dites, déclare Taignoagny, et il m’interdit de vous&amp;nbsp; accompagner.&lt;br /&gt; - Comment cela! s’exclame Cartier. Mais tu m’avais promis d’être mon guide!...&lt;br /&gt; - Je n’irai pas!&lt;br /&gt; - Quoi qu’il en soit, j’ai reçu de François 1er l’ordre de pousser mon exploration aussi loin que possible...&lt;br /&gt; - Moi, je tiendrai parole, j’irai... dit Domagaya.&lt;br /&gt; Le courage qu’il lui faut pour contredire son frère fait trembler les plumes de ses cheveux&amp;nbsp; dont la touffe se reforme lentement.&lt;br /&gt; Durant tout cet échange, Donnacona ne semble nullement fâché. Il sourit benoîtement.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Finasseries&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Quelques jours plus tard, échange de cadeaux.&lt;br /&gt; Les Hurons offrent aux voyageurs une fille âgée de dix à douze ans et deux petits garçons, plus jeunes.&lt;br /&gt; - Ils sont pour vous à condition que vous n’alliez pas à Hochelaga, dit Taignoagny.&lt;br /&gt; - Alors reprenez-les, réplique Cartier.&lt;br /&gt; - Non, non... intervient Domagaya, nous vous les donnons par bon amour et en signe de confiance.&lt;br /&gt; De son côté, le capitaine fait présent à Donnacona d’un grand bassin d’airain, lisse, et d’un autre ouvragé, pour se laver les mains. Par-dessus le marché, il fait tirer douze coups de canon, à la demande du chef des indigènes, qui n’a jamais vu ni entendu fonctionner des pièces d’artillerie.&lt;br /&gt; L’exploration du fleuve vers l’amont semble oubliée.&lt;br /&gt; Le jour suivant, les voyageurs vaquent à leur occupations sur les navires lorsqu’ils voient apparaître au fil de l’eau une étrange barque. Trois diables sont aux pagaies, vêtus de peaux de chiens. Leurs visages sont peints en noir, et des cornes aussi longues que le bras surmontent leurs têtes. Ils longent les bateaux sans lever les yeux vers les équipages.&lt;br /&gt; En ce moment, les Hurons sortent du bois. La barque infernale se dirige vers l’endroit de la berge qu’ils occupent. Lorsqu’elle heurte la terre, les diables se laissent choir au fond, comme morts. Alors Donnacona, ses fils et ses hommes s’emparent des corps et disparaissent sous les arbres. Une longue complainte, mêlant les noms de “Jésus”, “Maria”, “Jacques Cartier” parvient aux oreilles des navigateurs.&lt;br /&gt; Puis Taignoagny reparaît sur la rive. Les mains en porte-voix, il crie, en direction des navires :&lt;br /&gt; - Mauvaises nouvelles! Notre dieu Cudouagny nous a envoyé les messagers que vous avez vus passer pour nous annoncer qu’il y aura tant de neige et de glace que vous mourrez tous si vous allez à Hochelaga.&lt;br /&gt; Les marins éclatent de rire.&lt;br /&gt; - Capitaine, hurle à son tour Domagaya, les mains en porte-voix, capitaine, si vous voulez que nous allions avec vous, il faut que vous nous donniez un otage qui restera à terre avec notre père.&lt;br /&gt; Donnacona est à côté de ses fils. Il les laisse parler, le visage éclairé par un doux sourire.&lt;br /&gt; Que comprend-il à ce qu’ils disent?&lt;br /&gt; Comment Taignoagny a-t-il persuadé son frère de se ranger à son côté?&lt;br /&gt; - Que craignez-vous? réplique Jacques Cartier. N’aimez-vous pas les hommes qui vivent en amont? Avez-vous peur que notre flotte mette sa puissance au service d’une tribu ennemie?&lt;br /&gt; - Nous vous avons fait une proposition... lancent d’une seule voix les deux interprètes.&lt;br /&gt; - Ma réponse est non! Si vous n’êtes pas décidés à venir avec moi de bon coeur, eh bien, restez!... Mais vous ne m’empêcherez pas d’aller à Hochelaga.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Au pied du mont Royal&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le 19 septembre, le capitaine, les gentilshommes de sa suite et cinquante marins quittent Stadacona, à bord de l’Hémerillon et de deux barques. Dix jours plus tard, le lourd galion est arrêté par de forts courants et des hauts fonds qui rendent difficile la navigation. Jacques Cartier, ses compagnons et vingt-huit rameurs poursuivent le voyage sur leurs embarcations les plus légères, jusqu’à Hochelaga, où ils arrivent le 2 octobre.&lt;br /&gt; La ville est ronde, protégée par une triple palissade. A l’intérieur de ces fortifications, il y a environ cinquante maisons de bois, couvertes de grandes écorces, chacune étant compartimentée pour héberger plusieurs familles.&lt;br /&gt; Près de là s’élève un massif de collines. A la plus haute, les Français donnent le nom de &lt;i&gt;mont Royal&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt; C’est sur ce site que naîtra Montréal.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les explorateurs ont été accueillis avec toutes les marques de la plus vive sympathie. Mais quel dommage que leurs interprètes ne les aient pas accompagnés!&lt;br /&gt; A grand renfort de gestes, ils parviennent cependant à obtenir deux renseignements précieux.&lt;br /&gt; Le premier, c’est qu’il est impossible de remonter plus avant le Saint-Laurent, en raison de rapides infranchissables.&lt;br /&gt; Le second à trait à certaine rivière coulant non loin de là...&lt;br /&gt; Qu’on en suive le cours, et l’on arrive au royaume du Saguenay!&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Un rude hiver&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les marins qui n’ont pas participé à l’expédition à Hochelaga ont bien travaillé : sur la berge, en face des navires au mouillage, ils ont construit un fort, clos avec de grosses pièces de bois plantées debout. Une redoutable artillerie renforce l’enceinte.&lt;br /&gt; Ce bastion sera bien utile car il faut hiverner, la mauvaise saison rendant impossible la navigation sur le grand fleuve. Mais cette forteresse sera d’autant plus nécessaire que les équipages vont se trouver très affaiblis par la maladie. Le scorbut, qui n’épargne pas les indigènes, décime les navigateurs.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;“&lt;i&gt;Les jambes devenaient grosses et enflées, parfois parsemées de gouttes de sang,&lt;/i&gt; note Jacques Cartier&lt;i&gt;. Puis la maladie montait aux hanches, cuisses, épaules, aux bras et au cou. Et à tous la bouche devenait si infecte et pourrie par les gencives que toute la chair en&amp;nbsp; tombait,&amp;nbsp; jusqu’à la racine des&amp;nbsp; dents, lesquelles&lt;br /&gt; tombaient presque toutes...&amp;nbsp; A la mi- février,&amp;nbsp; sur cent-dix hommes que nous étions, il n’y en avait pas dix de sains”.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C’est le meilleur des indigènes, le brave Domagaya, qui sauvera les équipages. Lui-même, touché par le mal, a guéri. Il donne au capitaine la recette d’un remède miracle, à base d’écorce de sapin du Canada.&lt;br /&gt; Les Français auront cependant vingt-cinq morts à déplorer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Nouveaux assauts de finesse&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Malgré cette bienheureuse intervention du fils de Donnacona, la méfiance règne entre les indigènes et les voyageurs, depuis que ces derniers sont revenus d’Hochelaga.&lt;br /&gt; Au coeur de l’hiver, alors que la flottille est bloquée par les glaces et que le fort est enfoui sous les neiges, les hommes de Stadacona, feignant d’aller à la chasse aux cerfs, disparaissent pendant deux mois. Quand ils reviennent, un grand nombre d’Indiens inconnus les accompagnent.&lt;br /&gt; - Demain, fait savoir le seigneur du Canada au capitaine, je vous rendrai visite, à bord de la &lt;i&gt;Grande Hermine,&lt;/i&gt; pour vous apporter de la viande.&lt;br /&gt; Mais il se garde bien de se rendre sur le navire. Il prétend être malade et invite Jacques Cartier en sa demeure de Stadacona.&lt;br /&gt; Le navigateur ne tombe pas dans le piège.&lt;br /&gt; Les deux chefs échangent quelques cadeaux par l’intermédiaire de correspondants.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;L’enlèvement&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le troisième jour de mai, Jacques Cartier a fait planter dans le fort une croix, de la hauteur d’environ trente-cinq pieds. Elle est destinée, avec son écusson des armes de France et sa dédicace à François 1er, à renforcer la signification de celle de Gaspé,.&lt;br /&gt; Ce même jour, Donnacona, ses fils et sa suite se présentent devant le fort. De l’intérieur, le capitaine les invite à se rendre à bord de la &lt;i&gt;Grande Hermine&lt;/i&gt;. Mais il sait, par Domagaya, que Taignoagny a recommandé à son père de n’en rien faire.&lt;br /&gt; - Nous verrons cela plus tard, sourit Taignoagny.&lt;br /&gt; Le capitaine franchit alors la porte qui ferme l’enceinte. Comme une volée d’oiseaux, les femmes, que Taignoagny à mises en garde, s’enfuies, effarouchées. Le vieux chef, qui reste entouré d’un grand nombre d’hommes, accepte de suivre Cartier dans l’enclos.&lt;br /&gt; _ Agouhanna! Agouhanna! ... hurle son fils, méfiant, pour lui demander de revenir en arrière.&lt;br /&gt; Trop tard. Les hommes que le capitaine a mis en embuscade se saisissent de Donnacona, de ses deux fils et de quelques notables qui l’accompagnent. Les autres sont refoulés hors du fort et la porte se referme.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Promesses&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Durant toute la nuit, les Indiens privés de leur chef restent rassemblés sur la berge, hurlant comme des loups.&lt;br /&gt; - Agouhanna! Agouhanna!&lt;br /&gt; Le lendemain matin, Jacques Cartier demande aux interprètes de traduire fidèlement ce qu’il veut faire savoir au chef de la tribu.&lt;br /&gt; - Seigneur Donnacona, commence le navigateur, je vous propose de vous emmener en France pour vous présenter à mon maître, le roi François 1er.&lt;br /&gt; - Je n’ai rien à lui dire! siffle entre ses dents Taignoagny, sans même prendre l’avis de son père.&lt;br /&gt; - Seigneur Donnacona, reprend Cartier, imperturbable, vous connaissez le royaume de Saguenay...&lt;br /&gt; - J’y suis allé maintes fois... répond Donnacona.&lt;br /&gt; - Vous savez que l’or y abonde...&lt;br /&gt; - L’or et les diamants...&lt;br /&gt; - Vous le direz à François 1er.&lt;br /&gt; Souriant, Domagaya permet aux deux hommes de se comprendre.&lt;br /&gt; - J’ai déjà exposé tout cela à votre roi! s’exclame le perfide Taignoagny.&lt;br /&gt; - Oui, jeune homme, oui... Mais votre parole ne vaut pas celle de votre père, qui est &lt;i&gt;seigneur du Canada&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Jacques Cartier promet que Donnacona et les siens reviendront dans dix ou douze lunes, les bras chargés de cadeaux. Le vieux chef accepte. Et pour finir, c’est de leur plein gré que &lt;i&gt;l'Agouhanna&lt;/i&gt; et ses fidèles embarquent pour la France.&lt;br /&gt; Ils arrivent à Saint-Malo le 16 juillet 1536&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Triste destinée&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La guerre ayant repris entre Charles Quint et François 1er, celui-ci en oublie provisoirement sa belle province de la Nouvelle-France.&lt;br /&gt; Les lunes passent. Les Hurons de Stadacona ont vu le Roi. Ils vivent maintenant en Bretagne. Ils ont demandé à être baptisés. Ils sont au nombre de dix.&lt;br /&gt; Les années passent. Ils ont le mal du pays.&lt;br /&gt; En 1540, lorsque François 1er envisage d’organiser une nouvelle expédition, ils sont tous morts, à l’exception d’une fillette d’une dizaine d’années.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Le voyage de Roberval&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;- Les Terres Nouvelles ne sont point à ceux qui les découvrent mais à ceux qui les occupent, déclare en substance le Roi.&lt;br /&gt; En application de ce principe, Jacques Cartier participe à un nouveau voyage,&amp;nbsp; mais sous les ordres de&amp;nbsp; Jean François de la Roche, chevalier, seigneur de Roberval.&lt;br /&gt; On embarque des soldats, des laboureurs, des moutons et des vaches, pour une tentative de colonisation, qui échouera.&lt;br /&gt; De cette campagne, Jacques Cartier rapporte des pierres scintillantes et des échantillons de minerai. Hélas! un examen minutieux montre qu’il ne s’agit ni d’or ni de diamants.&lt;br /&gt; Il va falloir attendre plusieurs décennies avant que le Canada attire à nouveau les Français.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://gerardsoncarrieu5.hautetfort.com/media/01/00/1452959012.2.jpg&quot; id=&quot;media-1124979&quot; alt=&quot;cartier.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt&quot; name=&quot;media-1124979&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;4 - Les interprètes de&lt;br /&gt; Champlain&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En 1603, Samuel Champlain a fait un premier voyage au Canada. Depuis cette date, il y est retourné trois fois, pour de longs séjours. En 1608, il a fondé Québec, dans le site du village indien de Stadacona.&lt;br /&gt; Aujourd’hui, il va rendre compte à son vieil ami, Pierre du Gua, sieur de Monts, lieutenant-général pour la Nouvelle-France, de sa dernière expédition.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;b&gt;Des caractères différents&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De Monts reçoit Champlain dans son cabinet réservé aux cartes et aux souvenirs de ses lointaines navigations.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;après avoir embrassé Champlain.&lt;/font&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Comme vous voilà élégant, mon cher Samuel! Ce col de dentelles, ce pourpoint à longues basques, ces bottes, ce manteau jeté à la diable sur l’épaule : on jurerait d’un mousquetaire!&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;avec un sourire complice.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; J’ai dû en effet remplacer mes haillons... Mais ce n’est certainement pas à vous, Monsieur, que j’apprendrai en quel état nous sommes, quand nous revenons de chez nos sauvages...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;offrant un fauteuil à son visiteur.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Et quelle bonne mine vous avez! L’air de Québec vous réussit...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;prenant place dans le fauteuil.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Je suis heureux de voir que vous même semblez en parfaite santé, prêt peut-être pour un nouveau voyage?&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Comment?... Vous plaisantez, Samuel! Je me sens si vieux...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Nous avons, vous et moi, le même âge, Monsieur! La solide quarantaine!... Il y a sept ans à peine, nous avons découvert ensemble l’Acadie, où vous avez créé Port-Royal, et c’est bien grâce à vous que la France a pu développer le commerce des fourrures...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt; &lt;i&gt;avec un sourire, tapotant d’un doigt la carte étalée sur la table qui le sépare de son visiteur.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Trêve de flatterie, mon ami... Si belle soit-elle, quittons l’Acadie, remontons le Saint-Laurent... Voici votre Québec... Où en êtes-vous de cette forteresse que vous appelez &lt;i&gt;abitation&lt;/i&gt; ?&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; C’est une demeure comptant trois corps de logis à deux étages... Renforcée, il est vrai, par une galerie au second étage, avec des fossés de quinze pieds de large et six de profond, et plusieurs pointes d’éperons où nous mettons nos pièces de canon...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;, &lt;i&gt;souriant.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Je vois, je vois... Avec leurs flèches et leurs casse-têtes, les Iroquois ne sauraient vous atteindre...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;, &lt;i&gt;avec&amp;nbsp; gravité.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Monsieur, les Iroquois nous menacent, en effet, depuis cette incursion que j’avais faite au-delà d’Hochelaga, jusqu’à ce grand lac de l’intérieur... &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;i&gt;(aujourd'hui, lac Champlain)&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; En vérité, mon cher Samuel, les Iroquois nous sont hostiles depuis que nous avons pris parti pour les Algonquins et les Hurons, qui sont leurs ennemis, vous le savez mieux que personne! ...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Si je n’étais pas intervenu, les Iroquois auraient exterminé les Hurons!...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Je&amp;nbsp; ne&amp;nbsp; vous&amp;nbsp; reproche&amp;nbsp; rien, Samuel!&amp;nbsp; Je&amp;nbsp; constate seulement que ces guerres, entre tribus indiennes, nous empêchent d’ouvrir de nouveaux postes de traite pour le commerce des fourrures, et qu’elles découragent les colons que nous voudrions installer là-bas...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Précisément, Monsieur, c’est de ces questions que je voudrais vous entretenir.&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Je vous écoute.&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Je souhaite, Monsieur, enseigner aux indigènes la connaissance de Dieu... Nous prêcherons l’Évangile. Et mon voeu le plus cher serait qu’avec la langue française, ces hommes acquièrent un coeur et un courage français...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Au fait, mon ami, au fait.&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Eh bien, selon moi, nous devons faire, de notre côté, un effort, pour apprendre leurs langues, pour mieux comprendre leurs croyances...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Fort bien.&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Dans cette perspective, je me suis arrangé pour placer en pension des élèves chez les Algonquins, chez les Hurons, et même chez les Iroquois... Oui, des élèves... Ils deviendront nos interprètes...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Fort bien.&lt;br /&gt; &lt;b&gt;CHAMPLAIN&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Cette expérience,&amp;nbsp; j’ai l’intention de la développer, mais elle coûtera cher, il me faut des crédits, et c’est pourquoi, Monsieur le lieutenant-général pour la Nouvelle-France, vous qui avez le monopole des fourrures...&lt;br /&gt; &lt;b&gt;DE MONTS&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Des crédits, des crédits!... Mon cher ami, ce n’est pas à moi qu’il faut les demander... Je vous l’ai dit, je suis vieux... Je n’ai plus le goût des voyages... Avec moi, le commerce des fourrures périclite... Je suis découragé... Voyez-vous, c’est Henri IV qui avait fait de moi un vice-amiral et qui m’avait confié la mise en valeur du Canada... Henri IV n’est plus... J’ai fait mon temps, je ne me remettrai jamais de la mort de notre bon roi...&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;Champlain déplore autant que de Monts l’horrible assassinat d’Henri IV. Mais il pense qu’on ne saurait mieux servir la mémoire du grand homme qu’en poursuivant l’oeuvre en